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 Deux environnements...

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMer 7 Déc 2022 - 9:33

Psetep
37me au 40me rxup

Après être certains d’avoir éliminé tous les droxopneps (les détecteurs de vies amenés par Jpakù et d’autres pilotes étaient formels et vu la qualité du matériel, on pouvait avoir confiance), les membres de l’équipage durent remettre leur bâtiment en état, tout du moins, dans la mesure du possible, certains éléments comme l’ordinateur, étaient irréparables pour le moment, mais d’autres pouvaient être bricolés tant bien que mal, deux rxups durant, et étalonnés grâce aux instruments des engins venus au secours du Psetep. Au 40me rxup, tout ou presque fut à peu près réparé, en modifiant la trajectoire une ou deux fois, il faudrait bien a maximum trois rxups avant d’atteindre l’orbite de Xrynn, la planète abritant la base de Xroub : unique relais et unique présence elviskalienne dans cette région de la galaxie.

Xroub
395 Hyhs

— Ici Xroub, veuillez vous annoncer, merci.
— Ici le Psetep, nous demandons l’accès au couloir pour la direction de Spita.
— Veuillez attendre, s’il vous plaît, la voie est quelque peu encombrée.
— Pouvez-vous faire parvenir un message?
— Assurément.
— Avisez les cosmonautes partis à la recherche du Psetep que celui-ci a été retrouvé, avisez aussi Xywptul que le Psetep aura une trentaine de rxups de retard, mais qu’il arrivera.
— Qu’est-ce qui vous est arrivé ?
— Une erreur de trajectoire due à quelques bestioles irritées.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyJeu 8 Déc 2022 - 21:32

Psetep, 42me rxup et suivants.

Dans le cargo, ce fut la fête générale, le retour vers la Mère Patrie s’effectuait dans la joie. L’ordinateur put enfin être réparé, partiellement du moins, et ses erreurs étaient corrigées par le personnel navigant pour qui le “couloir” n’avait aucun secret. Plus tard , on commença à avoir des informations de Kpep, et enfin de Xywptul. Là bas, on avait fait dans le grandiose ! Plusieurs navettes pour transporter le minerai restant vers les centres métallurgiques d’Elviska et un vaisseau d’apparat pour mener les gens du Psetep et leurs sauveteurs vers le triomphe.
Station orbitale
de la Confédération Interplanétaire Elviskalienne,
68 Hvenr*

Ce qui les attendait était effectivement une cérémonie de triomphe : tous furent salués au son de l’Hymne de la Confédération Elviskalienne, lequel fut répété à l’intention particulière de deux individus. D’abord Knet, l’adjoint de Xidz pour ses cent ans de navigation galactique dont trente-deux à bord du Psetep et pour le rôle qu’il joua dans cette odyssée qui, sans lui, aurait viré au tragique et enfin Jpakù, aiguilleur galactique à Xywptul, pour avoir été le premier à trouver le cargo (“C’aurait pu être n’importe qui d’entre nous, j’ai eu de la chance, c’est tout”), aidé l’équipage à se débarrasser des droxopnep et à ramener un chargement précieux aux abords d’Elviska ; dans trois saisons au plus, il entrerait à Krzvon par la grande porte. Une oraison funèbre fut prononcée en l’honneur de ceux qui avaient laissé leur vie dans cette aventure, bien involontaire il faut bien le dire. Ktupt, le pauvre programmeur injustement soupçonné fut décoré de l’Ordre de la Confédération à titre posthume. La planète Elviska avait du minerai droxtien pour plusieurs années malgré les défections, mais après ? Il était bien évident que les événements récents ne pouvaient avoir pour conséquence que la “décolonisation” de Droxt par les Elviskaliens qui devraient trouver ailleurs un minerai aux propriétés similaires. Certaines questions étaient restées sans réponse, par exemple “Pourquoi les droxopnep avaient-ils détourné le Psetep plutôt que de débarquer sur Elviska ? Pourquoi ont-ils attendu tout ce temps ? Que représentait le minerai pour eux ?”.
En guise d’épilogue :
Planète Droxt
sans date

Tous les Elviskaliens étaient partis, du moins, les survivants. Les droxopnep avaient investi les lieux abandonnés par leurs occupants de naguère. Ces mines, particulièrement, pleines d’une nourriture abondante et riche qui leur avait été volée pendant des centaines d’années, leur appartiendraient de nouveau... Pour toujours.
*Le calendrier de la station est celui de la planète autour de laquelle est est en orbite : Elviska.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMer 14 Déc 2022 - 18:21

Une idée qui a bien failli faire son chemin, mais qui est tombée à l'eau on sait pas trop pourquoi (serait-ce être mauvaise langue que de prétendre que c'est à cause du changement de majorité au Malyr ?), c'est de décentraliser le gouvernement de cette province et le placer à Alwerazhe, Sfaaraies restant la capitale du Sarimat. En attendant, le gouvernement malyrois reste à Sfaaraies, faute de mieux. C'est quand même là qu'il y a le plus de place, encore que des Nopraliens* avaient suggéré que Laṅruke serait une capitale tout-à-fait acceptable, à deux pas des Santes, du Kanolthe, et de surcroît plutôt bien desservie par les trains (un atout... capital, pour des Aneuviens).



*Le Nopral est une région situé au sud-ouest du Malyr, au nord du Nopral santois (c. : Værsant) et du Lòvland de l'est (c. Lòva), comté faisant partie de l'Ypproland, région kanolthienne dont la capitale est Birem. Le Lòvland est une aire géographique à cheval sur deux provinces : le Kanolthe au nord et les Santes au sud. La Sante du Lòvland du sud a Nevstad pour capitale. La ville la plus peuplée de cette aire géographique est Birem (88 kHab).

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyLun 2 Jan 2023 - 22:29

Venu du fil du mundeze :

Velonzio Nœudefée a écrit:
Ben non, exactement comme le plan ou sommaire d'un texte
1
1.1
1.1.1
1.1.1.1
1.1.1.1.1
etc.
Mfumu a écrit:
Je verrais bien rallier ça avec l'utilisation d'un petit mot qui voudra dire "province ou région ou territoire". En cas de précision on détail comme tu le fais, sinon on utilise le p'tit mot.
Ça me fait par conséquent un peu penser aux codes postaux aneuviens :

Quatre chiffres :

Premier chiffres (de 1 à 8 ), la province, presque par ordre alphabétique (ou peu s'en faut°) :
1 : Alfazie
2 : Æstmor
3 : Kanolthe
4 : Malyr
5 : Pande
6 : Roenyls
7 : Santes
8 : Lakùr.

9 : administration fédérale & commune de Kesna.

2me chiffre : Subdivision administrative de premier ordre (région) ou de deuxième ordre (comté, au Kanolthe)

3me chiffre : district (au Malyr et au Roenyls).

3me et 4me chiffre (autres provinces) : commune ou bureau postal (sauf si le premier chiffre est un 9).

Un 0 en deuxième chiffre correspond à la capitale de la province, sauf si le premier chiffre est un 9, auquel cas, le 0 correspond au Gouvernement fédéral.

4100 : Lenov
3000 : Malbœrg
6710 : Alvarne
9610 : ANB ; direction du matériel roulant.
9900 : Armée (État major)
5000 : Sordalkÿ
8200 : Lakorn
7423 : Emyn.

°Lakùr est devenu province fédérée en dernier, bien après les autres. Les codes postaux ont changé à ce moment là. La cité de Lakib, qui était codée 4400 auparavant est devenue 8000. Kesna (capitale fédérale) a aussi changé de code postal, codée auparavant 7062, elle est devenue 9062, histoire de pas trop bousculer les habitudes. Les instances de l'État et du gouvernement, codées auparavant 80** sont devenues 90**, avec les mêmes chiffres de queue. Au fait, à propos d'ordre alphabétique, revenons un peu dans la réalité, j'aimerais bien savoir pourquoi la Martinique (972) passe avant la Guyane (973).

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MessageSujet: Elvira   Deux environnements... - Page 26 EmptyMar 3 Jan 2023 - 21:13

Pour ceux qui ne connaissent pas cette nouvelle en deux parties, inspirée de "la Belle au bois dormant"  (Charles Perrault), déjà diffusée dans Wikiægis), je vais en sortir ici une version à épisodes, comme j'ai fait l'année dernière pour "Où est passé le Psetep ?". On y va ?


L'Aile ouest



Le souverain du royaume des Toolemnare avait deux soucis majeurs : comment faire cesser les provocations incessantes de son voisin Kantalarryn et comment se débarrasser définitivement de la sorcière Malvyna qui terrorisait régulièrement les habitants. Heureusement, il avait eu récemment une consolation de poids : son épouse avait donné naissance à une fille, Elvira, et tout était préparé pour un baptême grandiose et la réception qui suivrait devrait faire oublier les aléas du moment. S M Edgar II n’avait rien négligé et avait dépêché une bonne demi-douzaine de fées qui pourrait — selon lui — attribuer à son héritière tous les dons possibles et imaginables : Elvira n’aurait rien à craindre.


Château royal
5/5/1657
21:00
Il y avait bien plus de mille convives au dîner : toute la cour, bien sûr, mais également des bourgeois et quelques artisans qui avaient servi le roi de manières diverses n’avaient pas été oubliés. Six fées étaient déjà là, on en attendait même une septième. Tout-à-l’heure, l’évêque n’avait pas ménagé sa peine, on allait dignement lui repasser les couverts ! Ils étaient venus, ils étaient (presque) tous là : le festin pouvait commencer lorsqu’il y eut un imprévu. On annonça que quelqu’un était entré en force dans les appartements royaux après avoir neutralisé deux gardes, le couple royal pâlit en même temps, leurs rares instants de bonheur allaient-ils être gâchés par des intrus venus on ne sait d’où, envoyés par Kantalarryn pour faire du scandale ? Le roi se ravisa : non ce ne pouvaient pas être des sbires de Kantalarryn, les gardes en seraient venus à bout, par conséquent, ce ne pouvait être que Malvyna, laquelle se planta devant le monarque :
Z’escuserez mon retard, j’ai eu un empêchement !
— Vous n’étiez pas invitée, que je sache !
— Tiens donc ! Et pourquoi donc ?
— Je n’invite pas les sorcières !
— Ah bon ? et celles là alors ? (désignant les autres fées, lesquelles trouvaient que le Roi se débattait assez mal avec le vocabulaire de la magie)
— Celles là, comme vous dites si élégamment, ne pressurent pas les paysans et les bourgeois comme vous le faites : combien de fois j’ai eu connaissance de bétail mort-né ou de moissons entières pourries en vingt-quatre heures après votre passage, combien d’incendies ou d’éboulement d’ateliers en ville parce que leurs propriétaires ne voulaient pas ou ne pouvaient pas payer votre "impôt parallèle" ?
— Je veux manger ! et ici !
— Il n’y a plus de place ici. Si vous voulez manger, allez dans une auberge !
— J’ai appris qu’il manquait une de vos invitées (elle regarda de nouveau les fées), je la remplacerai donc.
— Certainement pas !
— Oh si, vous ne pouvez pas m’en empêcher : votre nouvelle venue a tellement besoin de soins et ce ne sont pas celles-là avec leurs mièvreries qui vont vous rendre service. Je serai davantage à la hauteur, Si vous ne me faites pas manger avec les honneurs qui me sont dus, je serai aussi à la hauteur, croyez-moi.

Le roi verdit : soit il laissait Malvyna s’asseoir à la place vacante et il perdait la face vis à vis des autres convives, soit il l’envoyait manger dans une autre salle et il faisait courir un risque énorme à sa fille. Le teint de la reine, lui, faisait concurrence avec la porcelaine des assiettes ; on se demandait si elle n’allait pas tourner de l’œil. Certains courtisans parmi les plus joueurs allaient même jusqu’à parier !
— Dereina doit venir d’un instant à l’autre, sa place est ici. Vous, allez à côté, il y a d’autres couverts de libres.
— Vous l’aurez voulu.
Dans la salle à manger royale, l’ambiance du dîner fut tout à coup beaucoup moins festive. Quelques courtisans essayèrent bien de détendre l’atmosphère, mais le cœur n’y était pas. Les convives des autres salles (mise à part celle qu’avait choisie Malvyna), eux faisaient grand bruit et ne se doutaient pas du drame qui se préparait. Malvyna avait pris place sans ménagement entre deux entrepreneurs avec qui elle avait eu "affaire", lesquels durent se serrer s’ils voulaient éviter qu’elle ne leur jette quelque sort (« Pousse-toi d’là, gros porc, c’est ma place, tu vois pas qu’tu gênes ? »). Ils n’étaient pas près d’oublier la réception donnée par leur monarque pour le baptême de la nouvelle princesse (« Donne-moi ta part, tu vivras sur tes réserves, t’es assez gros comme ça ! »).
Le roi demanda à l’une des fées :
— Vous êtes sûre qu’elle va venir, votre consœur ?
— Certaine : elle a été retardée sur le trajet, mais elle va venir.
— Comment pouvez-vous le savoir ?
— Une sorte de message disons... un peu comme une transmission de pensée à longue distance : un truc de fée, quoi.
— Et elle est forte ?
— Au niveau des pouvoirs, elle vaut Malvyna : Elle ne pourra pas annihiler ses sorts mais elle pourra en atténuer les conséquences.
— C’est déjà ça ! Espérons qu’elle ne viendra pas trop tard.
— Ne vous en faites pas Majesté, à cet instant, elle n’est plus qu’à quatre lieues et demie du château.
— Ah ? Et comment vous...
— Encore un truc de fée.
Dereina arriva en trombe au château, sachant déjà plus ou moins ce qui se tramait (encore un truc...) et se présenta devant le roi qui l’accueillit avec soulagement.
— Veuillez me pardonner, Majesté, mais le carrosse de 18h221 a cassé une roue, j’ai même dû aider le cocher à la réparer, c’est dire si la route n’est pas fameuse entre Splan et le château.
— L’essentiel est que vous soyez là, vous nous sauvez !
— Vous avez eu une visite inopportune ? Malvyna ?
— On ne peut rien vous cacher.
— Rassurez-vous : on va limiter la casse.
Les fées se réunirent afin de conclure à un plan : Il était convenu qu’elles ne devaient passer qu’une fois au-dessus du berceau, le tout, c’était d’éviter à tout prix que Malvyna passe en premier ou en dernier. Le face-à-face Dereina-Malvyna fut glacial.
— Tt, je pensais bien que vous ne viendriez pas.
— Je sais, vous avez fait ce qu’il fallait pour, mais j’ai de la ressource, plus que vous ne le croyez.
— On verra ça, du reste, je passe en dernier, pour parachever l’œuvre de vos petites camarades.
— Non, pas en dernier, mais en avant-dernier, et n’essayez pas de m’entourlouper, normalement, vous ne devriez pas passer du tout, vous passerez avant moi, c’est à prendre ou à laisser.
— D’accord, en avant dernier, en tout cas, vos petites copines n’ont pas intérêt à oublier quoi que ce soit, parce que moi, je ne la raterai pas, votre petite protégée !
— Je n’en doute pas une seconde. Vous êtes tellement bilieuse que votre sang est vert.
Une des autres fées intervint :
— Gaspille pas ton énergie, Dereina, on va en avoir besoin.
— Tu as raison, il y a plus sérieux à faire.
Vingt minutes plus tard, le passage des fées au-dessus du berceau put commencer ; pratiquement tout y passa : la première fée prodigua à la jeune monarque l’intelligence, l’esprit d’initiative, la perspicacité. La seconde lui donna la bonté et l’urbanité, la troisième la beauté et l’élégance etc... Il ne manquait rien... presque rien : une petite brèche dans laquelle s’engouffra Malvyna quand ce fut son tour de passer : « Tu seras d’une maladresse, ma pauv’ petite au point de te percer la main et d’en crrrrever, ha ! ha ! ha ! ». Satisfaite du sale tour qu’elle venait de jouer à son ennemi de toujours, elle quitta la pièce, indifférente du murmure de réprobation qu’elle suscita. Le roi prit une mine consternée, les courtisans qui avaient parié que la reine s’évanouirait gagnèrent leur pari. Dereina s’adressa au monarque :
— C’aurait pu être pire.
— J’admire votre optimisme, mais qu’allez-vous faire?
Dereina se pencha à son tour au-dessus d’Elvira et lui dit : « Ce que l’autre t’a dit est vrai, je ne peux rien faire contre : évite les objets pointus, tu risquerais de te percer la main... oh non, ça ne sera pas mortel mais tu seras plongée dans une sorte de sommeil qui durera... cent ans ».
Le roi intervint :
— Cent ans ? Vous ne pouvez pas faire moins ?
— Vous voulez que l’autre revienne à la charge ? C’est cent ans minimum ; en dessous, il y a rupture² et Malvyna peut en remettre une couche sans que je puisse intervenir. Je crois que j’ai fait au mieux non ?

À suivre.

   1 Clin d’œil à Blaise Pascal, concepteur de la première entreprise de transports publics à Paris (France) : “Les Carrosses à cinq sols”.
   2 En "infligeant" un sommeil de cent ans, Dereina ne rompt pas le contrat de Malvyna et cette dernière (qui est sortie mais n’est pas si loin) croit encore à la validité de son verdict ; une durée plus courte pourrait faire revenir Malvyna sur ses pas et cette dernière infligerait à Elvira un nouveau sort sans que Dereina puisse passer derrière pour en atténuer les conséquences. Le lecteur s’étonnera peut-être du peu de curiosité de Malvyna sachant qu’une consœur passe derrière elle, en fait Malvyna surestime ses pouvoirs, ce qui explique ce comportement illogique. Sa dernière altercation avec le roi est, en soi, un exemple.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMer 4 Jan 2023 - 9:49

Château royal 1670
Ne pas pouvoir sortir du château, être obligée de manger avec des couverts pour jeunes enfants, ne toucher à rien qui puisse blesser, même légèrement, ce n’était pas une vie ; à quoi servaient tous ces dons dont on lui avait parlé et dont elle était pourvue, paraît-il, si elle ne pouvait pas se servir tout du moins des plus enrichissants. Ah bien sûr, les miroirs lui renvoyaient l’image d’une belle fille potelée1, avec un visage rond, des yeux verts en amande, un nez légèrement retroussé et des lèvres pulpeuses, le tout encadré par une chevelure longue et ondulée d’un noir profond ; les invités au château étaient charmés par sa gentillesse et sa simplicité, sa voix suave aurait fait fondre un mur de pierre. Elle n’en était pas moins dans une prison dorée et elle s’y ennuyait ferme ; ses loisirs n’étaient pas variés : depuis l’âge de six ans elle avait entrepris de lire tout le contenu de la bibliothèque du château... et elle en avait treize. Elle avait encore le temps de lire, bien sûr, elle avait calculé qu’en lisant deux livres par semaine en moyenne, elle aurait fini la bibliothèque à l’âge de... quinze ans et demi, peut-être seize, et après ? Recommencer du début ? Même pas : elle avait une mémoire remarquable. Bah ! Elle aviserait bien à ce moment là. C’est vers ces années 70 que le roi pondit quelque arrêté stupide interdisant à la population l’usage d’objets effilés au cas où son Elvira chérie aurait l’idée de jouer la fille de l’air ; mais la fée Dereina mise au courant raisonna le souverain :
— Vous avez perdu la tête, Majesté ! Vous voulez ruiner le pays ou quoi ?
— Oh vous, vous ne risquez pas de perdre une fille qui, parce qu’elle en aura eu marre de tourner en rond dans le château ira se percer la main, par curiosité...
— Mais enfin ! si le pays est à genoux parce que les artisans, les paysans ou les couturières ne peuvent plus travailler, Kantalarryn n’en fera qu’une bouchée ! Que deviendra votre fille alors ? Une domestique ? Une fille à soldats ?
— Je vous en prie !
— Réfléchissez, Majesté, il y va de l’avenir du royaume, de votre avenir, de celui de votre fille.
— J’y réfléchirai, c’est promis.
Deux jours plus tard, l’interdit était levé : on avait frôlé la catastrophe. En fait c’est Elvira elle-même qui, mise au courant par hasard du problème, convainquit et rassura son père : Il y avait encore des choses à faire au château.

Château royal 10/6/1674

Le château était divisé en cinq parties. La partie centrale abritait les communs : au rez-de-chaussée se trouvait le hall d’entrée dans lequel se trouvait un vaste escalier conduisant à une mezzanine, aux étages supérieurs se trouvaient entre autres : les cuisines, quelques salles à manger, les chambres des domestiques, la bibliothèque, la salle de garde etc... L’aile nord était occupée par les appartements royaux, la cour occupait les étages supérieurs de l’aile, les écuries et la forge en occupaient le rez-de-chaussée ; la chapelle et la crypte occupaient l’aile sud. L’aile ouest était inoccupée depuis des années ; l’édifice datait déjà (année probable de la pose de la première pierre : 1614, et encore, rien de sûr, Elvira continuait, faute de mieux, de se documenter) et la porte principale y donnant accès avait été murée depuis une trentaine d’années. Cela dit la visite du reste du château restait intéressante. D’ailleurs la jeune princesse entreprit de le faire visiter (à l’exception bien sûr, de certains lieux privés), d’une part, elle tromperait son ennui et d’autre part, ça mettrait un peut d’oseille dans les potages du royaume. Ce dernier point assouplit le roi qui n’était pas très chaud vis à vis d’une telle initiative : en tout visiteur inconnu, il croyait y voir un séide de Kantalarryn, bref, l’âge ne l’arrangeait pas. Les gens venaient de toutes parts et l’on affirme même que certains avaient fait plus de cent lieues à cheval pour admirer... les tapisseries, les statues et les tableaux ou celle qui expliquait ce qu’ils représentaient ? En attendant, le succès de cette entreprise était indéniable. Le château, Elvira le connaissait par cœur, d’ailleurs, elle ne connaissait que ça, mais il lui manquait quelque chose, et ce quelque chose, c’était l’aile ouest. Que pouvait-il y avoir ? Pourquoi la porte principale avait-elle été murée ? Y avait-il d’autres accès ? Oui sûrement : elle avait lu un chapitre là dessus dans un livre retraçant l’histoire de l’édifice, le tout était de savoir dans quel état ils étaient. La princesse ne devait compter que sur elle, n’attendant le soutien de personne, et surtout pas de ses parents qui serait bien capable de lui en interdire l’accès : « Il vaut mieux y aller sans rien demander plutôt que de désobéir à une interdiction, après tout, je ne sors pas ». et c’est ainsi que, munie du plan de l’aile ouest du château, d’une torche à résine et de sa volonté, l’unique héritière du royaume des Toolemnare entreprit une visite qui vaudrait toutes les escapades possibles et imaginables.
En furetant du côté des caves, Elvira trouva une porte donnant accès à l’aile ouest : toutes les portes situées en étage avaient été murées ce qui en accroissait encore le mystère ; seulement cette porte avait une serrure verrouillée... et rouillée... et les travaux manuels n’étaient pas son fort ! Il fallait bien faire quelque chose, elle faillit perdre courage : elle devait trouver quelqu’un : un garde qui lui apporterait de l’aide en toute discrétion... Un peu de charme et hop, le tour est joué ? Non, ce n’était pas dans sa nature, elle avait beau être belle à donner le vertige... on ne se refait pas ! Il était déjà treize heures et elle n’avait pas bougé depuis la matinée, c’était fichu pour aujourd’hui, elle revint vers sa chambre, faisant bien attention de ne croiser personne, se refit une petite toilette et arriva avec un léger retard pour le déjeuner. Elle passa tout l’après-midi à réfléchir, à chercher une solution, pendant qu’elle guidait quelques visiteurs. Par les étages, c’était impossible. Par les caves, il fallait faire sauter la serrure. Il restait les toits, mais là, pour la discrétion, ce n’était pas gagné ; et puis elle n’était peut-être pas plus agile qu’adroite... en plus de ça il faudrait œuvrer la nuit, il y aurait le risque que, de loin, un garde la prenne pour un espion de Kantalarryn (pas question de sauter sur les toits en robe). Elle retourna le problème dans tous les sens, mais c’était incontournable : elle devait être secondée pour commencer ce saut dans l’inconnu ; une fois dans la place, elle aviserait. Vers 17h elle rendit visite au forgeron :
— Vous êtres libre là ?
— Je suis votre serviteur.
— J’aurais besoin de vous : une serrure à faire céder.
— Une serrure ? (Le forgeron commença à faire la moue : effraction dans un domicile royal, ça va chercher loin : sa place d’une part, sans oublier les condamnations toutes plus effroyables les unes que les autres !)
— Oui : une vieille serrure toute rouillée, une vieille porte inutilisée depuis des années : si vous avez peur, je vous signe un papier, vous serez dégagé de toute responsabilité.
— Bon, dans ce cas... c’est où ?
— Dans les sous-sols, suivez-moi.
* * *
« Voilà : c’est cette serrure ». Le forgeron (qui était aussi un peu serrurier à ses heures) convint que cette serrure n’avait pas l’éclat du neuf, que c’était un modèle qui ne se faisait plus depuis des années mais qu’il pourrait l’ouvrir naturellement avec un outil adéquat... Il dit aussi après l’avoir mieux observée, qu’elle avait dû quand même servir assez récemment : l’intérieur paraissait moins rouillé que l’extérieur. Il prit un rossignol qu’il détenait toujours dans une de ses poches, le tourna un quart de tour à droite, l’enfonça jusqu’à entendre un déclic, un demi-tour à gauche et la porte s’entrouvrit. Elvira remercia le forgeron et réfléchit à toute vitesse :
— Hé ! Maître ! Vous pouvez me dire approximativement à quand remonte la...
— Une décade environ. » et il retourna vers son atelier.
« Une décade... voyons... je l’ai vu faire et il a l’air de savoir ce qu’il dit : il n’aurait pas dit une décade pour dix ans, mais bien pour dix jours, ce qui est tout à fait en rapport avec la facilité avec laquelle il avait ouvert cette vieille porte. Quelqu’un d’autre connaît cette porte et s’en sert régulièrement, quelqu’un qui peut-être habite l’aile ouest et fait un petit tour du reste du château de temps à autre ; demain j’irai lui rendre visite ».
Château royal
11/6/1674
6:50

À la vue de sa fille, aux premières heures de la matinée, le roi eut de la peine à cacher son étonnement.
— Parbleu ! Voila notre princesse levée à l’heure des valets et en tenue de gentilhomme ! Qu’est-ce donc ?
— Je vais explorer les caves » (Elvira trouva plus prudent de ne pas parler tout de suite de l’aile Ouest, et, comme elle passait effectivement par les caves, ce n’était qu’un demi mensonge).
— Les caves ? Mais il n’y a rien à y voir.
— Sait-on jamais...
— Enfin ! Tu déraisonnes !
— Ah non, père ! Ça suffit ! Je n’ai pour tout univers que les murs de ce château, j’y suis enfermée vingt-quatre heures sur vingt-quatre et ça fait dix-sept ans que ça dure, tu ne vas pas rogner encore le peu d’espace dont je dispose ! J’ai demandé un encas à la gouvernante, je ne déjeunerai pas avec vous ce midi. Contrairement à beaucoup d’habitants de notre royaume, je n’ai que ce château où je puisse me déplacer, eh bien je compte bien connaître tout le château !
« Tout le château ! » Qu’avait-elle voulu dire par là ? Quand, à l’âge de huit ans, elle avait demandé à son père si quelqu’un habitait l’aile ouest, celui-ci avait répondu : « personne, l’aile Ouest est abandonnée depuis longtemps, trop de frais... » et on passa rapidement à autre chose. Et la veille, il y avait eu la révélation du forgeron-serrurier sur cette fameuse serrure. Son père s’était trompé, ou plutôt, il avait menti car lui savait la vérité : au premier sous-sol de l’aile Ouest, dans quelque pièce éclairée par un soupirail, se trouvait le repaire de Malvyna.

À suivre.

1 En cette époque, le mot “beauté” s’écrivait en lettres rondes ; il suffit de voir les tableaux et les sculptures du XVIIe siècle pour s’en rendre compte !

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyVen 6 Jan 2023 - 9:14

Château, aile Ouest 9:20

Si dehors, il faisait déjà jour, les longs couloirs arpentés par Elvira, une torche à la main étaient encore dans une quasi obscurité, seuls quelques filets de lumières passaient par les volets des pièces qu’elle visitait, pièces qui n’avaient à priori pas grand intérêt mais la princesse ne voulait négliger aucun détail, regardant derrière les rares tableaux restant accrochés aux murs, fouillant les tiroirs des bureaux et des secrétaires, soulevant la moindre latte de parquet saillante sans avoir la moindre idée de ce qu’elle cherchait, mais le désir de savoir la guidait : si la curiosité est un "défaut" féminin, ce n’était pas Elvira qui allait faire mentir le dicton. Elle ramassait çà et là quelques manuscrits qu’elle se promettait de comprendre, à tête reposée, dans sa chambre, ce soir. Elle marchait, cherchait, remarchait, recherchait... et c’est au détour du huitième (ou neuvième ?) couloir qu’elle vit la salle des escaliers : un énorme hall haut de six étages au moins éclairé en grand par un puits de lumière et sillonné par un réseau d’escaliers en pierre allant dans tous les sens, se croisant à divers niveaux : un véritable entrelacs d’escaliers. Quel architecte avait bien été assez fou pour imaginer un tel assemblage. Elvira n’avait sur elle ni craie ni bobine de fil ; elle se dit qu’elle aurait dû être plus prévoyante ; il faut dire que le plan dont elle disposait n’était qu’en deux dimensions — étage par étage — et ne pouvait pas laisser supposer une telle complication. Pas question de gaspiller sa nourriture : elle en aurait besoin, pas question de semer des manuscrits : elle était venue là plutôt pour en récolter. Elle se dit alors qu’elle pourrait bien faire appel à sa mémoire, une mémoire non pas sélective mais universelle, aussi bien pour les noms de personnes, de lieux etc... que pour les événements et leur environnement. Elle descendit de deux étages sans palier intermédiaire, puis en remonta un, reprit le balcon intérieur, puis un couloir autour duquel elle examina quelques autres pièces... il n’était pas loin de midi, l’heure de manger un morceau.

Château, appartements royaux 13:00

Pendant qu’Elvira prolongeait sa pause déjeuner, les autres membres de la maisonnée commençaient à s’inquiéter. Pourtant, le roi avait été prévenu ; mais il ne faut pas quatre heures pour visiter des caves sans intérêt, c’est alors qu’il se souvint de la dernière phrase prononcée par sa fille : « Je compte bien connaître tout le château ». C’est alors qu’il comprit que les caves n’étaient qu’un point de passage et qu’en ce moment même l’unique bénéficiaire de tout son amour paternel se trouvait quelque part en plein cœur de l’aile Ouest : elle allait, sans le savoir droit vers sa perte ! Cette partie du château est un vrai labyrinthe, certains s’y sont perdus et ne sont jamais revenus. La première idée du souverain fut de mander des gardes pour partir à sa recherche, mais une telle entreprise alerterait Malvyna : c’était trop risqué. Il pensa aussi y aller seul mais un roi a aussi ses faiblesses : celle d’Edgar II, c’était un sens de l’orientation à peu près nul, raison pour laquelle il partait en campagne toujours bien escorté. Sa troisième idée fut d’appeler Dereina à la rescousse. Seulement, le temps qu’un messager aille chez elle et qu’ils fassent le trajet du retour, il serait vingt heures passées et il fallut espérer qu’Elvira fût revenue sans dommages. Au milieu de son angoisse, un fait le rassura cependant. Le jour de son baptême, les six premières fées avaient été efficaces et n’avaient pas ménagé leurs efforts, il tenta de se remémorer les dons prodigués à sa fille et se dit, d’un ton décidé : « Elle s’en sortira ». À part la reine, qui ne partageait pas le même optimisme et dont on se demandait si elle allait avaler entièrement sa serviette de table, les autres personnes présentes — courtisans et domestiques — partagèrent l’avis du roi : oui elle s’en sortirait... à moins qu’elle ne tombât par hasard sur Malvyna.

Château, aile Ouest 18:00

Dehors, la nuit était tombée et Elvira avait quitté la salle des escaliers, sa torche toujours à la main, elle empruntait encore de nouveaux couloirs quand elle crut entendre comme un léger bruit. Elle continua à avancer tout droit, tourna à gauche et vit quelqu’un : une femme entre deux âges qui était entrain de filer la laine.
— Hhh-hhm, bonjour madame, je ne... dérange pas, euh... si je puis me permettre.
— Entrez donc, pensez... on ne rencontre pas grand monde, par ici.
— Eh bien, il faut dire que, depuis que je visite cette partie du château, vous êtes la première personne que je rencontre, je ne pense pas vous avoir vu auparavant.
— Votre mémoire vous ferait-elle défaut, mademoiselle Elvira ?
— Vos savez mon nom ?
— Vous ne me connaissez pas mais moi si, disons que, je vous connais depuis assez longtemps. J’habite cette pièce depuis... une trentaine d’années environ, et je m’y trouve bien, je dérange personne et personne ne me dérange ; que demander de plus ?
— Pè... le roi est au courant ?
— Quelle question ! bien sûr ! Alors je m’occupe, je file la laine comme file le temps. Et vous, vous faites quoi pour passer le temps dans le château ?
— Je lis... entre autres.
— Ça ne doit pas être bien amusant pour une jeune fille de ne pas pouvoir sortir.
— Comment savez-vous que...
— Si vous pouviez vous promener où bon vous semble, vous n’auriez pas eu l’idée saugrenue de venir jusqu’ici, je me trompe ?
— C’est vrai.
Elvira se dit quand même que cette femme qui ne quittait prétendument jamais l’aile Ouest du château était au courant de beaucoup de choses : elle connaissait son prénom, sa condition quasi carcérale... ce ne pouvait pas être une simple coïncidence...
— Puisque vous êtes là, mademoiselle, puis-je vous demander un service ?
— Bien sûr, lequel ?
— Vous allez m’aider : vous allez me tenir ça.
— Eh... c’est que je suis horriblement maladroite, j’aurais peur de me...
— Allons, c’est pas bien sorcier. Allez, attrapez-moi ça... »
Malvyna feignit un faut mouvement et la quenouille vint se planter dans la paume de la main gauche d’Elvira...
— AÏE !!!
— Ah! Empotée comme ça, ça dépasse tout ce que j’avais pu prévoir ! Tenez, venez par ici, j’ai un onguent qui va vous soulager...
— Ne me touchez pas ! » Elvira avait enfin réalisé à qui elle avait affaire : tout lui revenait maintenant. Qu’est-ce que l’autre en face aurait pu prévoir ? qu’Elvira serait maladroite ? et comment elle l’aurait su ? Et voila maintenant que l’inconnue lui propose un onguent arrivé là providentiellement ? Un anticoagulant oui ! « Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vais retourner chez moi et je le saurai ! En tous cas vous êtes une ennemie, une ennemie qu’il va falloir mettre hors d’état de nuire !
— C’est ça, retourne dans ta chambre, fillette !
Elvira reprit sa torche et se sauva à toute jambe, malheureusement ladite torche n’éclairait plus grand chose et l’aile Ouest allait bientôt de nouveau devenir le royaume des ténèbres... le royaume de Malvyna : « Oui fillette, ici, c’est chez moi ; toi, tu peux directement aller à la crypte, ça s’ra plus direct ! » se dit-elle.
Sa torche ne lui servant plus à rien, Elvira la jeta et courut dans les couloirs obscurs, se fiant à sa mémoire et à son sens de l’orientation. Sa main gauche lui faisait horriblement mal. Dès que la princesse touchait un mur ou une rampe d’escalier, elle avait des élancements qui lui remontaient dans tout le bras. Puis peu à peu, la douleur se calma, laissant place à une envie de dormir de plus en plus forte ; mais il fallait lutter, il fallait atteindre les appartements royaux. Elvira n’avait aucune idée de l’heure qu’il pouvait être mais elle se doutait bien qu’on commençait à l’attendre. Elle atteignit la fameuse porte, puis les caves, puis trouva un univers plus familier. Elle vit dans une sorte de brouillard ses parents, deux domestiques et une personne qu’elle ne connaissait pas, puis plus rien. Elle s’écroula sur le parquet de la salle à manger. Pas de chance : ce soir là, le chef cuisinier s’était surpassé. Elvira et Dereina, sans se connaître avaient des goûts culinaires communs... la fée mangerait la part de la princesse.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptySam 7 Jan 2023 - 13:19

Château
appartements royaux
20:50

En fait, la fée Dereina était venue pour toute autre chose (elle arrivait de la commune frontalière de Matagyn* afin de négocier auprès du roi, un permis de construire pour agrandir l’école de magie) et n’avait pas vraiment le cœur à manger, les autres convives non plus, du reste. On n’entendait que le bruit des couverts : on aurait dit un dîner de funérailles. Après le repas, le monarque et la fée s’isolèrent dans un petit bureau afin d’établir une discipline à suivre pour les temps à venir.
— En vérité, Dereina, tout ceci est un peu ma faute.
— Comment ça ?
— Ça remonte à loin : À l’époque où j’étais encore un jeune prince arrogant et imbu, un prince enfermé dans ses certitudes comme Elvira dans son château, plus encore parce que moi je n’avais aucune envie d’en sortir. Ma famille avait eu un différend avec celle de Malvyna ; ne me demandez pas lequel, je ne m’en souviens plus. Eh bien dès que j’eus un tant soit peu de pouvoir, au lieu d’essayer de traiter l’affaire à l’amiable comme certains me l’avaient conseillé, je m’appuyai de tout mon poids sur la loi, en conséquence, le père de Malvyna fut incarcéré. Depuis, sa fille me voue une haine incommensurable, et comme elle avait été une excellente élève à l’école des fées (vous devez en savoir quelque chose) elle avait exigé, sous peine de quelque sort, d’occuper la plus grande aile du château : l’aile Ouest. Un jour, Elvira — âgée de huit ans environ — me demanda si quelqu’un y habitait, j’ai préféré éluder la question. Mais si je comprends la rancœur de Malvyna à mon égard, je n’admets pas qu’elle s’en prenne à mes sujets et à ma fille, qui n’y sont pour rien.
— Je savais plus ou moins les grandes lignes de ce que vous venez de me dire, et je suis contente que vous m’en ayez parlé sans que je vous le demande. Ne vous en faites pas pour Malvyna, Elle avait beau être une excellente élève, par ailleurs, même dans notre école elle avait une réputation d’intrigante. Je vous ai promis que je vous aiderais en cas de coup dur et je tiens toujours mes promesses. Ne vous inquiétez pas pour votre fille, elle n’est pas morte : elle dort ou plutôt elle vit en extrême ralenti. Telle qu’elle est, elle en a pour cent ans environ.
— Autrement dit...
— Autrement dit, oui ; comme vous dites. Mais sait-on jamais? Dans un premier temps, on va mettre Elvira dans la chambre froide, ensuite, on mure discrètement la dernière porte donnant accès à l’aile Ouest et enfin vous me faites confiance et tout le monde va se coucher.
Château,
12/6/1674
1:30

Dereina avait son petit plan à elle : elle avait appelé mentalement une par une toutes ses consœurs à la rescousse (pas en même temps parce qu’alors Malvyna aurait pu intercepter le message). Pour ce qu’elle allait faire, il fallait du monde : en effet, elle avait entrepris de faire dormir tout le royaume pour une durée de cent ans, ainsi, d’une part Elvira retrouverait des têtes familières à son réveil et d’autre part, le pouvoir ne serait pas vacant pendant cette période. Par ailleurs La princesse fut convoyée de la chambre froide vers sa chambre à elle puis les fées firent à ce que tout le royaume fût maintenu pendant toute cette période dans une température hivernale. Ensuite il fallait protéger tout ce petit monde plongé dans les bras de Morphée (contre les troupes de Kantalarryn, par exemple) : créer des barrières infranchissables comme par exemple transformer un simple petit bois en forêt vierge. La troisième partie du travail serait à faire un siècle plus tard : trouver quelqu’un de confiance et le convaincre afin qu’il réveille un royaume dont la population est endormie depuis une centaine d’années, mais on n’en était pas encore là.

Palais royal de Nakol (Roenyls)
17/6/1774
puis Toolemnare, le surlendemain

Le roi Akkar lut la lettre d'ultimatum au moins trois fois mais n'en crut toujours pas ses yeux : si la rançon de 500000 dukkas-or n’était pas remise dans les cinq jours à la forteresse de Strælgarde, Kaṅtalabùtt ferait exécuter les soixante-dix otages qui y étaient maintenus en captivité. C’était une guerre de bandits : des hommes de mains enlevaient des innocents dans les campagnes, on réclamait une rançon faramineuse qui étranglait l’économie du pays visé puis on faisait la guerre “proprement” dite ; mais Kaṅtalabùtt n’était pas étouffé par les scrupules. Là, il voulait frapper un grand coup : il savait qu’il fallait plus de trois jours pour aller de Nakol à sa forteresse, du moins, en contournant le “royaume perdu”. Le “royaume perdu” était un territoire totalement hermétique, il avait bien essayé d’y pénétrer mais plusieurs de ses hommes se retrouvèrent dans un coma profond, il essaya de faire brûler la végétation ; le feu ne prenait pas. Même en plein été, il y faisait un froid vif et le sol était gelé. Kaṅtalabùtt n’avait même pas attendu le délai pour massacrer les otages tant il était sûr que l’émissaire n’arriverait pas à temps. Le fils d’Akkar, Akirons se porta volontaire et emmena douze hommes avec lui. Son idée était de traverser le royaume perdu coûte que coûte. Il ne faisait guère d’illusions sur ses chances, pas plus que sur celles des otages, mais avec l’aide de Dieu, il dévoilerait à tous les royaumes de la région la félonie de Kaṅtalabùtt. L’accès de cette terre inhospitalière ne fut chose aisée que jusqu’au petit village de Dawjatt, après, les complications commenceraient. On ne trouverait rien sur place, pas plus de nourriture pour les hommes que pour les chevaux. Au bout d’une douzaine de lieues en pleine forêt, ils aboutirent à une clairière, puis plus rien : le chemin s’arrêtait là. Et plus question de revenir en arrière, la végétation avait envahi la route derrière eux. Leur entreprise paraissait sans issue et Akirons se demanda s’il avait bien fait de passer par là. Au bout d’une heure à attendre par un froid intense, ils entendirent un bruissement de feuillage et virent apparaître une femme vêtue d’une robe longue et coiffée d’un chapeau pointu. Ils engagèrent la conversation.
— Pardon madame, pourriez-vous nous faire sortir de là?
— Vous savez que vous n’êtes pas chez vous, peut-être devriez-vous vous présenter.
— Akirons, fils du roi Akkar et mes hommes, nous sommes navrés de traverser votre domaine mais nous sommes en mission vitale : nous devons porter une rançon à Kaṅtalabùtt pour libérer des compatriotes, notre temps nous est compté. Aidez-nous, nous vous en prions.
— Dylevja, fille de Djolna et petite-fille de Dereina. Avec mes consœurs, j’ai aussi besoin de vous pour réveiller les habitants de ce royaume en léthargie.
— Ça nous prendrait combien de temps ?
— Pas plus de deux jours.
— Désolés, dans deux jours, nous devons absolument être à Strælgarde sinon on peut craindre le pire.
— Écoutez, Altesse, cela ne vous plairait pas de réveiller une belle princesse endormie depuis cent ans ?
— C’est quoi cette farce ?
— J’ai l’air de plaisanter ? Trouvez-vous normal que je sois là à vous parler alors qu’il gèle à pierre fendre et que tout ce qui vit est endormi à plus de trente lieues à la ronde ?
— Bon d’accord, nous allons vous aider, mais à notre retour, parce que si nous ne sommes pas à Strælgarde après-demain, les prisonniers de Kaṅtalabùtt risquent fort de ne plus se réveiller du tout. Après tout, votre princesse a attendu cent ans, elle pourra bien attendre une petite semaine de plus, non ?
— Je vais vous ouvrir la route, vous n’avez qu’à avancer droit devant vous. À quinze lieues d’ici, vous aurez du ravitaillement. Je compte sur vous, revenez vite ; vous savez, si vous réveillez ce royaume, ça vous fera un allié contre Kaṅtalabùtt.
Forteresse de Strælgarde
21/6/1774

— Bon, alors, vous avez bien tout retenu, on doit ressortir coûte que coûte avec les otages.
— S’ils ne sont pas déjà trucidés.
— Non, je ne pense pas qu’il serait capable d’une chose pareille, nous sommes même un peu en avance.
— Quelqu’un qui fonde sa politique sur des enlèvements d’innocents est capable de tout.
Akirons et sa suite furent reçus assez rudement par le gouverneur :
— Vous avez l’argent ?
— Oui
— Alors donnez.
— Pas question, nous devons le donner à Kaṅtalabùtt en mains propres.
— Sa Majesté Kaṅtalabùtt, si cela ne vous écorche pas ! Le roi n’est pas ici, il est en son palais, à Hocklenge. C’est moi qui le représente ici. Donnez l’argent et filez, les otages serons libérés dans deux jours.
— Ce n’est pas ce qu’il était convenu, j’ai sur moi le pli de votre... roi. Les otages doivent être libérés dès le paiement de la rançon.
— Faites voir.
Le gouverneur approcha le pli d’une torche et celui-ci flamba instantanément.
— Oh ! Qu’est-ce que je suis maladroit.
— Traître !
— Holà ! Mesurez vos paroles. Les conditions ont changé, voilà tout.
— C’est une félonie ! Jamais nous n’accepterons...
— Vous n’êtes pas en positions de refuser quoi que ce soit.
— Nous voulons voir les otages.
— Hors de question !
— Alors pas d’argent.
— Alors tant pis pour les otages !
— Nous voulons la preuve qu’ils sont encore vivants !
— Vous n’avez pas confiance ?
— Pas vraiment, non.
— Ils sont au sous-sol.
— Eh bien nous allons leur rendre visite.
— Un seul va leur rendre visite !
— Leo, vas-y.
— Oui Altesse.
Leo partit accompagné de deux gardes, une minute plus tard on entendit un cri terrible. Le gouverneur prit son air le plus navré et dit, plein de candeur : « Oh, il a dû rater une marche ». Cette manifestation de culot monstrueux fut pour les hommes d’Akirons un signal : le signal du combat. En quelques instants le gouverneur et les six gardes présents furent passés par le fer, puis les hommes d’Akirons se répandirent dans toute la forteresse et tuèrent tout homme armé qui se trouvait sur leur chemin, ensuite, ils gagnèrent les sous-sols et ils virent, au travers des barreaux de plusieurs cellules... les corps des otages qu’ils étaient venus libérer. Alors pris d’une rage folle, ils entreprirent de mettre méthodiquement la forteresse à sac et d’y mettre le feu, mais ils se ravisèrent : des renforts allaient peut-être arriver. De plus, il fallait penser au chemin du retour ; de toute façon, ils avaient laissé de beaux dégâts ! Ils n’étaient plus que huit et il fallait sortir tout un royaume de l’inconscience. Ils quittèrent donc Strælgarde presque comme ils étaient venus : avec l’argent, sans les otages et un peu moins nombreux.
*Emprunté à Mataquin (Ch. Perrault).

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Dernière édition par Anoev le Jeu 12 Jan 2023 - 13:18, édité 6 fois (Raison : Un chapitre oublié)
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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyDim 8 Jan 2023 - 22:20

Splan 24/6/1774
14:30

Akirons et ses hommes retrouvèrent Dylevja aux portes du royaume endormi et pouvaient, avec les fées, se mettre au travail. En un jour et demi, les sujets d’Edgar II, se réveillèrent les uns après les autres, bâillant, s’étirant ou se frottant les yeux. Il ne restait plus à réveiller que les occupants du château. En cent ans, la mode avait bien changé et les compagnons d’Akirons avaient l’impression, chaque fois qu’ils entraient dans une maison, d’être à une représentation théâtrale.
— Vous êtes moins nombreux qu’à l’aller ; votre mission a-t-elle...
— Fiasco total ! Kaṅtalabùtt avait déjà fait massacrer les otages !
— Ce tyran est vraiment monstrueux : aucune droiture, aucune chevalerie. Ses exempts sont d’anciens forbans reconvertis dans des activités de basse police, À côté de lui, même ses prédécesseurs avaient des manières honnêtes. Celui qui le renversera sera méritant. Bon il ne reste plus que le château, maintenant.
— Allons au château !
— Vous êtes empressé ; vous voulez la voir, hein ?
— Vous m’en avez fait tant d’éloges.
— Elle s’appelle Elvira, vous verrez comme elle est belle !


Château royal des Toolemnare
18:00

Depuis une heure déjà, l’air s’était quelque peu réchauffé ; Akirons et ses hommes n’étaient plus frigorifiés, ils s’éparpillèrent dans l’édifice, réveillant çà et là, un cuisinier, une courtisane, le roi Edgar II. Akirons fut conduit par Dylevja jusqu’à la chambre de la princesse : « Maintenant, je vous laisse. » la fée partit, laissant le prince en tête à tête avec la porte de la chambre. Celui-ci respira un grand coup, ouvrit la porte et fut figé par l’admiration. La fée ne lui avait pas menti : la dormeuse était vraiment belle. Il resta comme ça dix bonnes minutes sans rien faire, juste à l’admirer. Il fallait pourtant la réveiller. Il s’approcha, lui toucha l’épaule et la remua doucement.
— Réveillez-vous... euh... Altesse... euh...
— Aaaaaooooh !!! (bâillement) ben j’ai bien dorm... qui êtes-vous ?
— Un prince d’un pays limitrophe du vôtre.
— Pas celui de Kaṅ...
— Non, rassurez-vous, je viens de Nakol.
— Comment vous appelez-vous ?
— Akirons, fils d’Akkar, prince du Roenyls.
— Connais pas… Quelle heure peut-il être ?
— Oh, dans les six heures, je présume.
— SIX HEURES ? Mais...
— Dix-huit heures, je voulais dire, nous sommes le soir...
— J’ai dormi tout ce temps ! J’ai presque fait deux fois le tour du cadran, vous vous rendez compte !
— (Si tu savais !) Nous pourrions peut-être rejoindre les autres, non ?
— Bonne idée, aidez-moi donc à me changer.
Elvira avait dormi cent années durant dans la tenue qu’elle avait prise pour aller visiter l’aile Ouest, les vêtements étaient bons pour la blanchisseuse. La princesse se fit également un brin de toilette et Akirons ne put s’empêcher d’être impressionné : ces courbes... cette beauté... Peut être avec un peu de chance, pourrait-il passer la nuit au château... Ils descendirent vers le petit salon où se trouvaient déjà, le roi, une partie de la cour, quelques domestiques et les compagnons d’Akirons. Edgar II eut de la peine à rassembler ses esprits et se demanda si, en fait, il ne rêvait pas encore. Sa fille était là debout devant lui, alors que la veille (?), Dereina lui avait dit qu’elle en aurait pour cent ans à dormir ; ensuite la présence de cette fée qui ressemblait à Dereina comme une... parente. Akirons et ses hommes trouvèrent l’abasourdissement de ces gens croyant avoir dormi presque vingt-quatre heures plutôt amusant alors qu’ils avaient dormi cent ans à quelques jours près. Dylevja, elle, semblait un peu blasée. Il fallait bien, à un moment donné, mettre toutes ces personnes tirées de leur sommeil, en face de la réalité ; et notamment leur donner la date exacte, mais quelle serait leurs réactions ?
— Sire, que vous a dit Dereina quant à l’état de votre fille ?
— Elle m’a dit qu’elle serait inconsciente pendant cent ans.
— Et c’est vrai : elle a bien dormi pendant cent ans (brouhaha créé par la surprise). Dereina est ma grand-mère. Une fois que vous vous étiez assoupi, elle a mis tout le royaume en catalepsie et en a bloqué les frontières pour le protéger afin que la princesse ne soit pas trop déboussolée à son réveil. Nous sommes en l’an de grâce 1774. Ces jeunes gens que vous voyez là sont des nobles du royaume du Roenyls.
— Et Kaṅtalarryn...
— Il est mort depuis un certain temps, mais il ne semble pas que vous ayez gagné au change : Kaṅtalabùtt est un vrai bandit, pas vrai Altesse ? (À Akirons)
— Ça, vous pouvez l'dire... »
Et Akirons relata au roi Edgar II les “faits d’armes” du monarque félon et de ses exécuteurs de basses œuvres.
— Et vous n’avez pas guerroyé contre cet infâme.
— Nous n’avons pas de frontière commune, votre royaume était infranchissable et celui d’Alfazie est un État neutre, Mais Kaṅtalabùtt se moque bien de la neutralité de quelque État que ce soit !
— Eh bien considérez le royaume des Toolemnare comme un allié. Certes, nous avons cent ans de retard, mais vous pourrez traverser notre territoire avec vos troupes en toute quiétude.
— Il me semble pas qu’on puisse faire la guerre tout de suite, mais nous vous aiderons à solidifier vos frontières et à moderniser votre armée ».
Jamais pacte ne fut si vite conclu. Dès lors l’ambiance fut à la bonne humeur, on but et on rebut, à la santé du Roi Edgar II, à celle d’Akirons, au Roenyls, aux Toolemnare et à la défaite définitive et sans appel de Kaṅtalabùtt. Le dîner ressemblait à un pique-nique, mais tout le monde était content ; pendant tout le dîner, Elvira et Akirons n’avaient d’yeux l’un que pour l’autre. Il fut convenu qu’Akirons et les siens passent la nuit au château pour ne pas chevaucher de nuit. Les courtisans et les domestiques se serreraient un peu, Akirons, lui, passerait la nuit dans la chambre d’Elvira.
Château royal des Toolemnare
25/6/1774
8h10

Akirons et ses hommes devaient maintenant regagner Nakol avec un pacte d’alliance avec le royaume des Toolemnare qui leur faciliterait bien les choses quand ce serait le moment de se débarrasser de Kaṅtalabùtt. Ils partaient avec des souvenirs aussi, certains douloureux à la pensée des otages et des hommes d’armes ayant péri à Strælgarde, mais d’autres plus agréables, à celle de cette dernière nuit passé dans ce château étrange. Le prince, notamment avait la tête pleine d’un prénom : Elvira ; il la reverrait sûrement ; d’ailleurs, ne lui avait-elle pas dit : « Tu reviens quand tu veux, Akirons. Ma chambre te sera toujours ouverte. Je t’y accueillerai avec grand plaisir ». Ce qui l’avait fait rougir jusqu’au sommet du crâne (le prince était absolument chauve), d’autant plus que cette invitation avait été faite devant témoins... Par ailleurs, cette dernière nuit — assez agitée — lui avait laissé des cernes assez visibles sous les yeux.
Nakol
Palais Royal
27/6/1774

Malgré l’échec retentissant de leur mission, Akirons et ses camarades furent accueillis en héros au palais ; il faut dire qu’entre temps, S M Akkar avait été informé par des espions quant au sort des personnes enlevées. Pas un seul soldat parmi ces malheureux : que des civils : hommes, femmes et enfants avaient étés massacrés sans pitié. Kaṅtalabùtt menait bien une guerre digne de lui : une guerre de lâche. Le coup d’éclat accompli contre la forteresse de Strælgarde ne suffirait pas à faire fléchir l’ennemi : il fallait maintenir la pression coûte que coûte jusqu’à l’assaut final. D’ici là Akkar espérait bien obtenir également l’alliance du Grand Duc d’Ypproland. Le prince relata à son père son passage aux Toolemnare, sa rencontre avec Elvira et son désir de l’épouser. Comme cette alliance familiale allait de pair avec celle — déjà acquise — avec S M Edgar II contre un ennemi commun, le père d’Akirons ne se fit pas prier : il offrit même quinze jours de congé à l’héritier du trône pour qu’il fasse plus ample connaissance avec sa promise. À peine arrivé, Akirons repartit fou de joie à l’idée de retrouver celle qui occupait toutes ses pensées.
Splan 11/7/1774

Enfin arriva le jour tant attendu pour Elvira, Akirons et leurs proches : le mariage avait même été avancé de trois jours tant les deux fiancés étaient pressés de convoler. Les deux familles royales et leurs cours respectives s’étaient retrouvées à l’hôtel de ville de Splan. Ensuite, la cérémonie continuerait au château dans lequel toute cette aventure avait commencé. On avait même prévu un plus : la réouverture de l’aile Ouest. Par précaution, le roi Edgar II s’enquit auprès de la fée Dylevja :
— Pensez-vous que ce soit prudent ? Malvyna y habite toujours, et elle n’est pas morte. Elle a été endormie comme nous autres.
— Mal... vy... Ah ! Malvyna ? Ah oui ! Ne vous en faites pas. Pendant qu’elle dormait, nous avons évolué, nous nous sommes perfectionnées. Chacune d’entre nous a un pouvoir cent fois supérieur au sien. Malvyna, c’est la vieille école ; d’ailleurs je suis presque certaine que ses dons ont dû... s’émousser, avec le temps.
— Et les dons prodigués par les consœurs de votre grand-mère à Elvira ?
— Ils ont dû s’atténuer aussi, pour certains d’entre eux, mais nous pourrons repasser une seconde couche, en cas de nécessité. Nous pourrons même faire disparaître son incompétence ; soit, elle ne pourra pas jongler avec des épées, mais les travaux manuels ne lui seront plus un obstacle insurmontable. Et même si elle s’égratigne un peu, ça sera sans gravité : elle n’en aura plus pour cent années de sommeil.
L’ampleur de la cérémonie était à la mesure du bonheur éprouvé par le couple en ces moments. Les camarades d’équipée du prince étaient là, eux aussi, certains d’entre eux avaient même reconnu des courtisanes rencontrées (et même davantage) une petite vingtaine de jours auparavant. Rien ne viendrait troubler ces instants : Kaṅtalabùtt, on s’en occuperait plus tard. Oh, il y eut bien cette question, murmurée à l’oreille du prince par un de ses frères d’armes, le comte Zonqal : « Tu lui as dit au moins, à ta chérie, que ta maman était cannibale ? ».
FIN DE
"L'AILE OUEST"

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyLun 9 Jan 2023 - 11:06

Sais-tu qui te mangera ?


Alors que "L'aile ouest" est une version, avec quelques transformation de la première partie du conte de Charles Perrault (celle s'arrêtant au mariage) et a été transformée, au cours des temps par d'autres conteurs, entre autres les frères Grimm, dans la deuxième partie, toujours issue du célèbre conte, des éléments, seulement évoqués par le conteur ont été revus en détail, et même extrapolés par mes soins, pour déboucher sur des chapitres complètement inédits.
Nakol Novembre 1760

Le Royaume du Roenyls était le plus riche et le plus puissant de la région : l’agriculture et l’industrie y étaient prospères et les habitants y vivaient bien. L’instruction et la culture étaient assez équitablement réparties et on n’ignorait ni l’existence ni les travaux de savants issus de contrées lointaines tels que Galilée, Newton ou quelques autres. Par ailleurs de fameux linguistes avaient traduit des œuvres de Machiavelli, Homère ou Perrault et la littérature locale n’était pas en reste. L’orchestre royal jouait des œuvres de Couperin, Telemann, Vivaldi, entre autres1, lors de concerts publics sur la grande place de l’Hôtel de Ville. La cour royale avait récemment assisté au débarquement d’un maître cuisinier fameux, d’origine française, dénommé Céleste Leleur², qui devait servir en qualité de maître d’hôtel auprès du roi Akkar, de son épouse Lætixia3, ainsi que de leur jeune fils, le prince héritier Akirons, âgé d’environ six ans. Il y avait cependant deux ombres à ce tableau si idyllique : le premier concernait la reine qui avait une légère tendance à la boulimie. Légère était un mot faible. On murmurait dans les couloirs du palais qu’à sa naissance, Akirons aurait eu un frère jumeau qui aurait disparu mystérieusement ; en fait, ce jumeau n’aurait pas été perdu pour tout le monde : sa mère l’aurait tout simplement mangé pour caler une grosse faim ! La seconde était d’ordre politique : on apprit que dans un royaume du sud, un certain Kaṅtalabùtt avait pris le pouvoir. Cet individu avait une sinistre réputation et une ambition dévorante, il voulait régner sur un empire quels qu’en soient les moyens pour y parvenir. Ses propres sujets vivaient sous une terreur constante ; les exécutions sommaires sous forme de supplices d’un autre âge mataient toute tentative de rébellion. A l’époque de son prédécesseur, le royaume voisin du sien sur sa frontière occidentale — l’Alfazye — était un état neutre, mais Kaṅtalabùtt s’y permit malgré tout quelques intrusions avec ses troupes ; intrusions vite repoussées. Il tenta également de faire irruption dans un territoire forestier constamment glacé situé entre son royaume et celui du Roenyls, sans d’avantage de succès. Alors il utilisa une autre méthode pour enrichir son royaume : le rapt. Il s’offrit les services de quelques malandrins contre quelque grâce ou amnistie pour enlever par delà de ses frontières quelques paisibles paysans, quelques villageoises etc... qu’il rendrait contre une rançon. Voilà la politique internationale de Kaṅtalabùtt.

Herdan
Orphelinat de fillettes et
d’adolescentes Saṅ Sidoni4
Juillet 1768

On déplora ce 9 juillet la disparition mystérieuse d’une pensionnaire et depuis, l’enquête de la police royale piétinait. On pensa tout d’abord à des séides de Kaṅtalabùtt mais l’hypothèse fut vite écartée : d’une part jamais ces individus ne se seraient tant éloignés de leur base arrière et d’autre part des témoins avaient cru voir la gamine monter dans un carrosse appartenant à la cour. Depuis, il n’y en eut plus une trace. L’idée que cette jouvencelle pût constituer un plat de résistance à S M Lætixia ne saurait être évoquée, pourtant c’est vers cette période que le maître d’hôtel Céleste Leleur se rendait sur la route de Selne (sur laquelle se trouve le village de Herdan), soit disant pour acheter le breuvage de la meilleure coopérative viticole de la région. Quand les exempts lui demandèrent où il se trouvait le 9 juillet, il répondit qu’il était déjà revenu au palais et qu’il préparait un cerf pour le dîner de la Reine. Son alibi fut confirmé par la Reine elle-même. Que dire de plus ? Seulement ce n’était pas tout à fait la vérité mais les fonctionnaires de police ne pouvaient pas mettre en doute la parole de Sa Majesté. Tout de même ! La vérité était autrement plus sordide : le maître queux avait enlevé la pensionnaire, l'avait violée puis tuée pour la réduire à un silence définitif. La monarque le surprit mais, loin de le dénoncer, lui proposa un marché étonnant :
— Et qu’allez-vous en faire ? On va la découvrir ! J’ai une idée qui peut vous garantir une certaine tranquillité : vous allez me l’accommoder avec une sauce dont seul vous avez le secret. Vous me la servirez vous-même en me la présentant comme quelque gibier et on n’en parlera plus. Mais à partir de dorénavant, vous ferez scrupuleusement ce que je vous dirai de faire, sans aucune contestation possible ; sinon je mange le morceau (!!!).
— Ai-je vraiment le choix ?
— J’ai bien peur que non. Voyez-vous, Maître, je n’ai pas que de l’appétit, j’ai aussi de l’intuition. Je pense ne pas me tromper en supposant que vous avez dû quitter la France précipitamment. Vous êtes un excellent cuisinier, et avec votre talent vous auriez pu garder une belle situation là-bas. Mais ce qui vous a perdu dans votre pays d’origine, c’est votre appétit sexuel. Je me trompe ?
— Non.
— Alors donc, je vous tiens. Mais je serai magnanime, je n’en abuserai pas. Mais vous, à votre tour, n’abusez pas de ma protection. Calmez-vous, je n’ai pas l’estomac aussi extensible que votre...
Ainsi donc un immonde secret liait la reine épouse Lætixia à son maître-d’hôtel-chef-cuisinier. La cannibale et le satyre ; c’était le bouquet ! Les deux voraces : chacun dans sa spécialité. Mais le secret était bien gardé de part et d’autre et la discrétion était de mise. De temps en temps, Leleur se promenait aux abords des églises des quartiers pauvres de Nakol pour voir si, par hasard il pouvait recueillir quelque nourrisson abandonné pouvant être servi à la reine avec quelque sauce aux épices, ce qui, il n’en doutait pas, ravirait cette dernière. Mais les enfants abandonnés se faisaient rares, le Roenyls étant un pays prospère, même les pauvres avaient de quoi élever leur progéniture.
1 Mais pas Tchaïkowsky: au moment où se déroule cette aventure, le compositeur du ballet “La Belle au bois dormant” n’était pas né....
2 Avec un “x” comme dans Auxerre ou dans Bruxelles...
3 Discret hommage à André Le Nôtre, ayant vécu un peu moins d’un siècle auparavant. Autre homme d’art: paysagiste de Louis XIV, contemporain de Charles Perrault.
4 Ste Sidonie. Les titres de sainteté ne s'accordent pas en genre en aneuvien, ils ne dépendent que de l'initiale de la personne canonisée.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMar 10 Jan 2023 - 10:39

Nakol Septembre 1770

Akirons avait seize ans et déjà de grands espoirs reposaient sur lui. Il excellait tant en droit qu’à l’épée, il était aussi bon à cheval qu’en géométrie ou en langues. Par ailleurs sa qualité de prince héritier n’empêchait pas de très bons contacts humains... “surtout avec les jeunes filles” lui disait-on, histoire de le taquiner un peu. Il ne manquait pas de courage : “combatif sans être hargneux” disaient ses maîtres d’armes, il avait une véritable maîtrise de soi. Il n’avait pas une carrure athlétique mais n’était pas fluet non plus. Il était totalement chauve, résultat d’une maladie du cuir chevelu qu’il avait eu lors de son enfance, mais il n’aimait pas vraiment les perruques portées par de nombreux gentilshommes : il trouvait cet attribut plutôt efféminé, surtout pour les jeunes*... enfin, chacun ses goûts. D’ailleurs cette absence de cheveux lui conférait une certaine classe et son visage était avenant. Il espérait qu’un jour proche on lui confierait une mission dangereuse chez Kaṅtalabùtt pour se faire un peu la main, on lui répondit qu’il faudrait attendre un peu. Il posait aussi de nombreuses questions sur ce royaume figé par le froid qu’étaient les Toolemnare et qu’avait-il pu arriver à ses habitants ; il espérait bien un jour pouvoir visiter ce territoire étrange. Pour l’instant c’était totalement exclu. Il avait aussi une extrême foi en la justice, ce qui lui permit, à certaines occasions de convaincre son père d’intervenir afin de calmer certains entrepreneurs qui se montraient un peu trop... entreprenants.
Toolemnare Septembre 1770

Cette excellente réputation courait dans tout le pays jusqu’à atteindre les oreilles d’une dame qui habitait le sud-est et qui — dit-on — pouvait se permettre des incursions sans péripéties dans ce royaume endormi des Toolemnare. Cette dame était issue d’une grande lignée de fées et avait pour nom Dylevja°; elle avait pour la seconder, d’autres fées presque aussi puissantes et aussi efficaces qu’elle. On affirmait aussi que toutes se réunissaient au centre de ce royaume de sommeil, dans un château dont toute la famille avait été endormie, à commencer par la fille, une fille belle comme... mais ce pouvait n’être que légendes. Or Dylevja existait belle et bien ; et c’est lors d’une réunion avec ses consœurs qu’elle dit solennellement : « C’est celui qu’il nous faut pour réveiller notre princesse, sa famille et son royaume. ». Elle se souvenait encore de ce que lui avait dit Djolna, sa mère lorsqu’ elle quitta ses fonctions de fée : « Je vais te dire ce que ta grand-mère m’a dit quand elle avait mon âge : En 1674 la fille du roi Edgar II, victime d’un sortilège, se perça la main et plongea dans l’inconscience. Ce fut un moindre mal : la responsable de ce sortilège, une fée vindicative répondant au nom de Malvyna lui avait promis la mort, mais j’ai pu amoindrir le mal : elle dormirait pendant cent ans. D’ici là, vous surveillez le domaine, que personne ne puisse y entrer jusqu’à ce que quelqu’un digne de confiance aille la réveiller ainsi que tout le royaume ; un prince serait l’idéal. Voilà, je te passe le relais ; nous sommes en 1757 et j’ai soixante-dix ans, dans dix-sept ans elle doit se réveiller, moi, je quitte mes fonctions et c’est toi et la nouvelle promotion qui gardez le royaume d’ici là et qui débusquez la perle rare. Ce sera l’issue de la plus longue mission jamais opérée par nous autres fées : cent ans et trois générations. Le succès de cette mission est entre tes mains, bon courage ». Il ne restait plus que quatre ans à attendre, et à espérer qu’à l’issue de ce délai, Son Altesse le prince Akirons de Nakol veuille bien se promener dans le secteur. Or, c’est un événement dramatique qui l’y entraîna.

* D’ailleurs, ne lui avait-on pas dit, lorsqu’il était tout enfant, qu’avec sa perruque, il était mignon comme une fillette, sa mère eût même dit qu’il était délicieux, mais ce compliment prenait chez cette ogresse un tout autre sens. Las de ces compliments douteux, il laissa la perruque sur la coiffeuse et circula, crâne à l’air, tant à travers la campagne que dans les couloirs du palais.
°Les fées, vu leur constitution particulière, peuvent enfanter jusqu'à un âge bien avancé. Ainsi, Dereina eut sa fille à l'âge respectable de cinquante-et-un an (tout de même !), pour peu que ce soit un enchanteur qui les ait... enchantées (à l'horizontale, notamment).

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMar 10 Jan 2023 - 21:58

Province de l’Oneklaan
24/5/1774

Le coup de force avait eu lieu en pleine nuit, dans un petit village du sud du royaume : une dizaine d’individus en armes entrèrent brutalement dans les maisons, réveillèrent sans ménagements hommes, femmes et enfants, les enchaînèrent solidement et les enfermèrent dans des cages roulantes. Les cris, les pleurs et l’incompréhension des villageois se mêlaient aux hurlements des bandits. Le village, peuplé de soixante-dix âmes fut vidé en dix minutes. Les carrioles grillagées roulaient à toute vitesse à travers champs pour éviter les postes-frontière au mépris total des pauvres gens qui y étaient enfermés et qui subissaient des secousses effroyables. Ces sinistres véhicules qui après avoir traversé le sud de l’Oneklaan et quinze lieues du royaume neutre d’Alfazye, obliquèrent et foncèrent droit devant eux afin d’atteindre la forteresse de Strælgarde, poste avancé d’Hocklenge, capitale d’un royaume sans nom ayant pour souverain l’innommable roi Kaṅtalabùtt.
Forteresse de Strælgarde
1/6/1774

A l’issue d’un épouvantable voyage, les pauvres otages furent jetés et entassés dans des cellules du sous-sol de la forteresse et n’étaient nourris que d’un infâme brouet par jour. Le convoyeur avait juste dit au gouverneur de la forteresse et au roi qui avait quitté la capitale pour la circonstance : « Voilà la marchandise ! ». Après quoi Kaṅtalabùtt envoya une lettre d’ultimatum exigeant une somme faramineuse contre la libération des otages. En fait, il n’avait pas envie de libérer qui que ce soit mais il se retranchait “courageusement” derrière un état neutre et un territoire infranchissable. Il dit à son vassal :
— Tiens, tu fais envoyer cette lettre, Akkar ne doit pas la recevoir avant le 15 juin, ainsi, son émissaire n’arrivera pas à temps. Tu fais exécuter tous les otages, à l’exception de deux ou trois jeunes femmes que tu me fais envoyer en mon palais. Lorsque l’émissaire arrivera à la forteresse, il croira m’y trouver, en fait, je serai parti. Tu prends l’argent et tu le tues ; l’affaire est réglée, on n’en parle plus.
— Vous ne craignez pas une réaction de...
— Penses-tu ! Akkar n’osera jamais faire traverser l’Alfazye à ses troupes.
— Et si l’émissaire arrive à temps ?
— Il ne peut pas ! Il faut qu’il contourne les Toolemnare qui, pour une raison que j’ignore, sont infranchissables. Et puis, assez discuté : tu est là pour obéir aux ordres, pas pour formuler des objections !
Ce qui fut dit fut — hélas — fait. Les otages furent presque tous massacrés, sans distinction d’âge, égorgés ou éventrés, selon l’humeur des bourreaux. Les supplications furent sans effet. Une fois cette besogne achevée, Kaṅtalabùtt ravi du spectacle, s’en alla vers sa capitale. C’était bien lui le plus fort, se disait-il. Mais il ne se doutait pas qu’un jour il devrait payer pour ce qu’il faisait et que ce jour n’était peut-être pas si lointain que ça !
Nakol
Palais royal
11/6/1774

Pendant que se déroulaient ces horreurs, la vie suivait son cours au palais royal du Roenyls : le roi régnait, sa femme mangeait, son fils étudiait et la cour jouait. On apprit par un commissaire royal du sud que toute la population d’un village de l’Oneklaan avait disparu en une nuit. Des témoignages, plutôt rares, firent état de carrioles grillagées et d’hommes en armes portant des parures étrangères. Ainsi Kaṅtalabùtt (c’était sûrement lui !) avait recommencé. Il fallait à tout prix renforcer la frontière sur toute sa longueur, y compris avec l’Alfazye. Son roi comprendrait le problème. Six jours plus tard Akkar reçut une missive : l’ultimatum de Kaṅtalabùtt : 500000 dukkas-or contre la vie des otages. Il dit à son fils :
— Akirons, tu rêves toujours de partir en mission chez Kaṅtalabùtt ?
— Plus que jamais, mon père.
— J’ai une mission de confiance pour toi : tu vas porter cet argent à Kaṅtalabùtt en personne à Strælgarde. Prends quelques hommes avec toi : la somme est considérable, il ne manquerait plus que ça que tu te la fasses voler en route. Prends des hommes en qui tu as une confiance absolue.
— Merci. Je pars tout à l’heure.
— Puisse le Ciel t’aider dans ta mission.
— Pourquoi ?
— Tu n’as que cinq jours. Or il faut presque une semaine de cheval pour arriver à Strælgarde.
— Je trouverai un raccourci !
Sur cette dernière phrase, Akirons manda Zonqal, Lónart, Henryg et quelques autres gentilshommes pour cette mission pénible. Le raccourci auquel il avait pensé, c’était la traversée du royaume — gelé et endormi — des Toolemnare.

Hocklenge 19/6/1774

Ce que Kaṅtalabùtt ignorait, c’était que dans son entourage proche travaillait une taupe du service de renseignement du Roenyls : Bakún, un p’tit gars astucieux qui avait fait tous les métiers, y compris celui de brigand. Il était partout et était au courant de tout. Il assurait peu ou prou l’intendance de ce royaume maudit. Ce garnement avait à son service toute une équipe de coupe-jarrets qui se seraient fait écarteler pour le Roenyls. Une cinquième colonne bien organisée et insoupçonnable. L’un d’eux partit à bride abattue en direction du nord, transmettre la vérité quant au dernier rapt commis par les argousins du roi félon. Renseignements capitaux pour l’avenir du royaume car la réputation d’impétuosité d’Akirons n’était pas inconnue de Bakún. Le prince héritier était en danger de mort, il ne fallait pas qu’il aille à Strælgarde. Mais le maître espion ne se doutait pas qu’au même moment, Akirons et ses hommes avaient déjà traversé les Toolemnare et filaient droit vers la forteresse sanglante. Kaṅtalabùtt, lui, avait organisé une orgie monumentale pour célébrer sa future victoire, les pires dépravations y étaient exercées à l’encontre de pauvres victimes innocentes enlevées çà et là (parmi lesquelles, trois “rescapées” de la forteresse) ; victimes qui, de toute façon ne devaient pas survivre à l’issue de ces ignobles festivités. Bakún en était, naturellement, et force lui était de s’en réjouir, sinon il aurait paru suspect aux yeux de son souverain de circonstance, lequel avait horreur des suspects : « Un suspect, c’est déjà un coupable ! » aimait-il à dire, et il les traitait comme on l’imagine. Kaṅtalabùtt avait des divertissements à la hauteur de sa mentalité, il dépensait des fortunes vertigineuses avec sa cour tandis que les deux tiers de ses sujets n’avaient même pas de quoi se nourrir, voire de s’habiller.
Quand, quelques jours plus tard il apprit ce qui était arrivé à Strælgarde lors du passage des émissaires (parce qu’en plus, il y en avait plusieurs !) et qu’en plus, ceux-ci étaient repartis avec la rançon, il écuma de rage. Il alla lui-même torturer et achever quelques prisonniers dans ses geôles secrètes, afin de se détendre un peu. Joie ou colère, chez Kaṅtalabùtt, tout était prétexte à tuerie. Le peuple commençait à en avoir assez, et, dans l’impossibilité de se révolter face à la cruauté sans limite de leurs tourmenteurs — seuls quelques nobliaux de province, comme Kaṅtalamúrr parvenaient à lui tenir tête, mais ne pouvaient pas le renverser — certains espéraient l’arrivée en force d’un libérateur providentiel ; l’expression de cet espoir circulait secrètement, allait de ville en ville, de campagne en village, jusqu’à atteindre quelque palais étranger, à Nakol, Saṅpaz ou Laṅrúke...

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyMer 11 Jan 2023 - 20:38

Nakol
Palais royal
4/7/1774

Pendant qu’Akirons était reparti quelques jours chez sa bien-aimée, l’ambiance au palais était plutôt bonne, bien que ternie quelque peu par l’annonce de la dernière forfaiture de Kaṅtalabùtt à l’égard des derniers otages. On se réjouissait à l’avance des prochaines noces du prince. Une bonne partie de la cour serait du voyage (la cérémonie devait se tenir à Splan). Un beau matin, vers 6h30, le comte Zonqal, qui avait fait la fête toute la nuit au palais avec des compagnons et quelques courtisanes, musardait en direction des caves à la recherche de quelque bonne bouteille. Passant devant les cuisines, il vit un spectacle hallucinant : la reine Lætixia dévorait a belles dents un beau quartier de viande crue (elle aimait certes les bons petits plats, mais la chair fraîche crue ne la rebutait pas, surtout au petit déjeuner !). Il se rendit compte que la viande en question était d’origine humaine : la tête d’une toute jeune fille trônait sur la grande table au milieu des autres morceaux. Il voulut s’esquiver sans bruit mais son épée heurta le chambranle de la porte. Au bruit entendu, la souveraine se retourna et dit simplement : « Tu n’as rien vu, tu ne sais rien. Ne dis pas un mot, sinon... » et elle passa son index tout sanglant sur son cou, de gauche à droite, ce qui laissa une trace rouge, du plus impressionnant effet. Le pauvre garçon repartit tout hébété, croyant encore rêver ce qu’il venait de voir. Il se souvint alors, que lors d’une conférence donnée à la cour par un géographe sur les lointaines tribus anthropophages, la reine avait manifesté le plus vif intérêt, posant questions sur questions au conférencier. Le jeune homme, qui était présent avait pris cette curiosité pour de l’appétit culturel. On susurrait dans les couloirs du château, qu’un jour la reine avait tenu elle-même à se rendre à la morgue le lendemain d’une tuerie odieuse et inexplicable. Certaines personnes de sa suite eurent l’impression que la souveraine se rendait au marché ! Le témoin de cet étrange petit-déjeuner se promit, s’il en avait la possibilité d’en toucher deux mots au prince, on ne sait jamais !
Splan
11/7/1774

Le comte Zonqal s’approcha du prince et lui dit à l’oreille :
— Tu lui as dit au moins, à ta chérie, que ta maman était cannibale ?
— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
— Tu ne sais donc pas ? Eh b...
À ce moment-là la reine qui passait par-là, dit à son fils : « J’ai envie de danser un peu avec ton ami, tu veux bien ? » et prit le gentilhomme par le poignet pour l’emmener à une distance respectable. On aurait dit quelque fauve emportant sa proie vers son repaire. Une fois isolés :
— Je t’avais dit de te tenir tranquille ! mais tu...
— Je n’ai rien dit...
— Mais tu allais dire. C’est mon dernier avertissement, il n’y en aura pas d’autre. Au lieu de te mêler des affaires d’autrui, tu devrais conter fleurette à quelque jouvencelle, sinon tu n’aura pour tout accompagnement qu’une garniture !
Cette menace formulée, S M Lætixia s’en fut, laissant le comte tout décontenancé. Celui-ci se jura qu’il s’engagerait sous les drapeaux dès que la guerre contre Kaṅtalabùtt éclaterait : il penserait qu’il résisterait mieux à seize soldats ennemis qu’à cette ogresse qui, de surcroît, était sa reine. Cette dernière se rongeait les sangs : Ce godelureau avait-il eu le temps de cracher ce qu’il avait vu ? De toute façon elle s’en rendrait compte. Il est vrai que des bruits couraient sur ses goûts culinaires, mais ce n’étaient que des bruits colportées par un bande d’oisifs en mal de sensations. Rien de concret. Rien sauf deux personnes qui savaient réellement : Céleste Leleur, le maître d’hôtel et ce damoiseau. Le maître d’hôtel, elle le tenait à cause de cette vieille histoire de pensionnat de jouvencelles, quant à l’autre il n’avait l’air d’avoir que du jus de raisin dans les veines. Mais la monarque se promit de le tenir à l’œil ; on ne sait jamais. Elle serait même capable d’en faire son amant attitré afin de l’avoir toujours sous la main, ou pire, de le faire tuer par mesure de précaution. Mariné avec une sauce au vin, il serait tout-à-fait consommable ! Akirons, lui, était quand même soucieux : qu’est-ce que son ami avait voulu lui dire ? Les ragots de la cour, il les connaissait plus ou moins, mais ce n’étaient que des ragots. Seulement Akirons connaissait bien Zonqal : celui-ci ne parlait qu’à bon escient. Et s’il est vrai que c’était un joyeux fêtard, il se moquait du tiers comme du quart de ce qui pût se dire sur Petr, Pavl ou Zhak. Or si Zonqal avait voulu lui parler de sa mère en ces termes, ce n’était pas par pure médisance : il avait vu quelque chose. Le prince savait qu’il ne pourrait demander des détails à quiconque sous peine de mettre la vie de son ami en danger, la manière dont sa mère avait pris ce dernier pour l’emmener à part était éloquente. D’autre part, si le prince ne réagissait pas, ce serait peut-être un grand péril pour son épouse. Son Altesse ne savait vraiment pas comment sortir de ce dilemme. Son esprit tournait en rond, lorsque deux mains fraîches se posèrent sur ses yeux : « Alors, mon chéri, on veut rester tout seul dans son coin ? On bou... ». C’était Elvira, sa chère Elvira ! Il se ferait manger à sa place s’il le fallait. Il devait tout faire pour la sauver. Son esprit vagabonda à toute vitesse et imagina un dîner sinistre où Lætixia dirait à son digne héritier : « Tu aimes ta princesse? Alors ressers-toi*» . Ce cauchemar éveillé le fit sursauter.
— Tu ne vas tout de même pas dire que je t’ai fait peur, non ?
— Mais non, ma chérie... »


*Hommage à Pierre Doris.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyJeu 12 Jan 2023 - 13:05

19/7/1774

Les relations diplomatiques entre LL MM Akkar et Kaṅtalabùtt furent rompues. L’ambassadeur de ce dernier fut renvoyé vers la frontière avec l’Alfazye. En réponse, Kaṅtalabùtt fit mettre à sac l’ambassade du Roenyls à Hocklènge et ses occupants furent passés par les armes. Huit divisions traversèrent les Toolemnare et prirent Zhylaan en trois jours : la guerre commençait. Le grand Duc d’Ypproland, lui aussi aux prises avec Kaṅtalabùtt, tardait à bouger : son armée n’était pas prête. Kaṅtalabùtt avait une armée bien équipée et nombreuse mais ne pouvait absolument pas compter sur ses sujets pour défendre son territoire : il les avait trop fait souffrir. L’armée des Toolemnare, malgré quelques améliorations restait celle d’un pays qui avait dormi pendant cent ans. Seules les troupes du Roenyls avaient de quoi imposer respect à l’ennemi. Mais ce dernier était buté : Zhylaan était prise ? Alors ? Il envahirait l’Ypproland, prendrait les Toolemnare par l’est et remonterait jusqu’à Nakol. Plus facile à dire qu’à faire ! Pendant que les états-majors échafaudaient des stratégies toutes plus géniales les unes que les autres et que les nouvelles recrues faisaient connaissance avec la vie de campagne, à Nakol, Akirons ne comprenait vraiment pas pourquoi son père ne l’avait pas expédié sur le front avec une division. Non qu’il fût déjà las de sa jolie épouse, bien au contraire, mais il avait des scrupules vis à vis de ses compagnons d’armes, notamment ceux qui lui avaient prêté main forte à Strælgarde. Iraient-ils se faire trouer la peau, alors que lui, tout prince qu’il est mènerait tranquillement la vie de château à la capitale ? Il y avait bien le risque pour Elvira de finir en daube ou en blanquette, selon l’humeur de Lætixia et c’était un risque à ne pas négliger. Il pensa que son ami, son frère d’armes Zonqal, ne lui en voudrait pas de veiller au grain, mais les autres ? Son père, lui était parti, aux cotés du fameux duc Cybhárt : le Général Indomptable, toujours victorieux, avec des pertes extrêmement minimes. Mis à part Akirons, quelques gardes, le chef-cuisinier Leleur, de rares gentilshommes invalides ou peu au fait des armes et des petits garçons, la population du palais en ce début d’hostilité s’était considérablement féminisée.

Château royal des Toolemnare
Hôpital militaire
23/12/1774

Au château des Toolemnare, transformé pour la circonstance en hôpital de campagne, médecins, soldats blessés et personnel tâchaient de préparer dignement les fêtes de Noël avec les moyens disponibles, c’est-à-dire, pas grand chose. On suivait avec quelque retard les nouvelles du front et on faisait festin avec quelque chat ou chien errant en se persuadant que la chasse royale avait fait du bon travail en apportant ce fabuleux gibier. Des soldats roenylsiens, toolemnarais et ypprolandais sympathisaient et parlaient de leurs faits d’armes, de leurs blessures et de leur vigueur, toujours intacte. Les médecins faisaient du mieux qu’ils pouvaient : « Celui-ci pourra repartir dans deux semaines, pour celui-là, la guerre est finie, quant à celui-là, au plus tard demain, le Seigneur le rappellera à ses côtés ». Loin de ce tohu-bohu, de ces allées et venues, de ces civières qui se frayaient un passage, mais pas si loin de là, au fond de l’aile ouest du château, une vieille femme dépérissait et sombrait doucement dans la folie : elle se croyait encore au XVIIe siècle. Il est vrai qu’elle n’avait été réveillée que par le brouhaha provoqué par la réouverture de cette partie du château et non pas par un prince charmant. D’autre part, personne ne lui avait dit ce qui était arrivé. Depuis des mois déjà Malvyna voyait ses dons lui échapper, progressivement, inexorablement. Elle aurait bien voulu séduire un de ces beaux militaires blessés et jouer les succubes afin de continuer sa lignée mais elle ne se faisait plus beaucoup d’illusions. Ce n’était plus qu’une pauv’ vieille qui n’avait même plus la force d’être aigrie ; elle espérait seulement qu’à sa mort, Dereina (qu’elle croyait encore vivante) ne l’oublierait pas et l’enterrerait au cimetière des fées. Dame ! après tout, c’était une consœur, même si elles avaient suivi un chemin différent. Ses vœux furent exaucés : quatre jours plus tard Dylevja et une autre fée empruntèrent un brancard aux infirmiers et transportèrent le corps de Malvyna en un endroit secret de la forêt ou reposaient Dereina et quelques autres fées, magiciens, enchanteurs, etc...
Nakol,
Palais royal du Roenyls
21/3/1775

Le couple princier avait donné naissance, à une splendide fillette de six livres environ (non désossée, eût dit Lætixia) qui répondrait au prénom d’Anoevia. La nouvelle venue et sa mère se portaient bien, le moral du père aurait été au beau fixe s’il n’avait pas appris le repli des troupes du royaume face à une attaque éclair de Kaṅtalabùtt. Il ne tarissait pas d’affection pour sa fille, qu’il adorait tout autant que son épouse. On faisait toutefois bien attention, sans ne rien laisser paraître, de ne pas laisser la reine mère seule, à jeun, avec sa petite-fille.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyVen 13 Jan 2023 - 0:15

Novembre 1779

Alors que le front s’était stabilisé depuis des mois, Kaṅtalabùtt prit l’initiative de violer une fois de plus la neutralité de l’ Alfazye et de s’emparer en trois jours de la province de Lahal, ce qui avait pour conséquence de créer une ligne de front de plus de quinze lieues entre ses troupes et les troupes adverses. Autre conséquence prévisible : Le royaume agressé se rangea alors franchement aux côtés des ennemis de Kaṅtalabùtt, prit à ce dernier la ville de Hælhe et fit avancer ses troupes jusqu’à Pyval et Trolans. Le but de l’opération était d’enlever au roi traître tout débouché maritime à moins de cent lieues de sa capitale. Les troupes des autres royaumes attaqueraient par le nord.
Janvier 1784

Trois ans auparavant, Anoevia eut la joie d'avoir un frère Deavo*. Un splendide garçon qui avait tout de son père, les cheveux en plus. Akirons semblait bien être habitué à sa vie de famille lorsqu’une dépêche parvint au palais : son père, le roi Akkar avait été grièvement blessé et on n’était guère optimiste quant à ses chances de survie. Akirons devait partir, laissant sa famille aux bons (?) soins de sa mère, qui assurerait aussi par intérim, la régence du royaume ; c’est-à-dire entre autre, l’autorité sur les forces de police. Il galopa à bride abattue (avec quelques pauses tout de même, afin de préserver sa monture) jusqu’à l’hôpital militaire où était soigné son père. Ce château, il l’avait connu en d’autres circonstances : c’était là que, revenant d’une mission pénible, il avait réveillé une belle jeune fille qui allait devenir sa femme. Maintenant, il y retournait pour recueillir le dernier souffle de son père. Jamais passation de couronne ne fut transmise aussi rapidement, aussi succinctement et aussi tristement. S M Akirons Ier, la gorge nouée, dit seulement à son père : « Je te promets... qu’avec... l’aide de Dieu... je ramènerai à Nakol... la tête de Kan... Kaṅtalabùtt. » et il lui ferma les yeux. Ensuite, il se mit à la disposition du duc Cybhárt qui lui décrit la situation en cours et lui donna les instructions à suivre. Une grande offensive se préparait, avec le concours des armées alliées, pour la prise simultanée des forteresses de Kloze, Nazhe, et Strælgarde, ouvrant grand la voie vers la capitale ennemie.
Palais royal de Nakol
9 Avril 1784

Tandis que les Troupes du Roenyls et de ses alliés piétinaient en direction d’Hocklènge, les murs des appartements royaux du palais de Nakol réverbéraient toujours les mêmes phrases : « J’ai faim... Qu’y a-t-il à manger... À quelle heure dîne-t-on ? » jusqu’à ce qu’un jour...
— Mon cher Céleste Leleur, je vais vous demander un magistral service, que dis-je... une mission de confiance. Votre cuisine est remarquable et je tiens à y faire honneur. Ainsi c’est en un plat de votre composition que vous allez nous accommoder la petite princesse Anoevia.
— Comme vous venez de le dire, votre Majesté, c’est une princesse ; elle est de sang royal !
— Ainsi nous dégusterons un mets royal.
— Je ne pourrais...
— Allons, mon bon ; je vous ai rendu maints services, jadis. Il vous serait judicieux de ne pas être ingrat. Du reste, vous pourrez toujours vous amuser un peu avec avant de l’occire. J’aurais de la peine à relater à la cour vos turpitudes passées si vous ne me satisfaisiez pas.
— Je suis votre obligé, Majesté. J’y vais de ce pas. Mais pour le mets, la préparation sera longue ; n’espérez pas avant demain soir.

En fait le maître d’hôtel avait une grande affection pour Anoevia qui le lui rendait bien. Il eût été peiné de lui faire le moindre mal (Eh, oui, même les pervers ont leurs faiblesses). Leleur avait demandé ce délai pour échafauder et mettre en pratique un plan pour épargner Anoevia et pour envoyer vers le front, un courrier urgent afin d’alerter le roi Akirons de risques que couraient ses proches. Le maître d’hôtel savait que la reine ne s’arrêterait pas en si bon chemin ! Il enleva bien la jeune princesse, mais ce fut pour la mettre à l’abri chez un marchand de vins de Selne et la remplaça par une fillette de sa taille, laquelle eut été tout récemment renversée par un carrosse. S M Lætixia ne s’était jamais autant régalée. Elvira se lamentait de la disparition de sa fille. Sa belle-mère compatit hypocritement en pestant contre les bêtes qui peuplent encore les forêts royales. Son fils, inquiet de la disparition de sa sœur avait perdu l’appétit, au grand désespoir de sa grand-mère, qui aimerait bien le voir engraisser un peu. « Allez, mon p’tit, c’est du faon. Mange, tu ne sais pas qui te mangera ! ». À ces mots, Céleste Leleur, qui était présent pensa qu’il avait été diablement perspicace : Lætixia ne s’arrêterait pas là. Aussi, durant la nuit suivante, il emmena Deavo pendant son sommeil vers un lieu sûr, d’où il le conduirait le lendemain chez le marchand de vin de Selne où était réfugiée sa sœur. Puis, n’ayant pas sous la main de juvénile cadavre de substitution, il prit dans la chambre froide, des morceaux d’agneau dont il fit un succulent ragoût bien épicé afin que sa maîtresse ne reconnût pas une différence de saveur avec la viande de la veille. Le lendemain, à neuf heures, la reine mère lui demanda : « Où est mon petit-fils ? Je ne l’ai pas vu dans sa chambre. » Connaissant également les étranges petits-déjeuners de la reine mère, Leleur se dit que ledit petit-fils l’avait échappé belle.
— Je l’ai travaillé cette nuit : j’en ai confectionné un ragoût aux épices dont Sa Majesté me donnera des nouvelles.
— Je n’aime pas beaucoup ces initiatives personnelles, Leleur ! J’aurais voulu le manger cru pour ma collation matinale. Soit, vous avez voulu me faire plaisir, mais prochainement, évitez ce genre de fantaisie.
— Je dois aviser Sa Majesté que nous allons encore manquer de vin des côtes de l’Hatẇa, je dois me rendre à Selne dès ce jour.
— Soit, mais revenez vite, quand j’aurai mangé votre succulent ragoût, je vous commanderai autre chose.
Le maître d’hôtel se dit qu’autre chose pourrait bien être Sa Majesté Elvira en personne. Si Akirons n’avait pas reçu le pli ou s’il tardait à venir, il se pourrait fort bien qu’il appréciât, sans le savoir, son épouse bien-aimée entre les crudités et le fromage ! Le cuisinier trouva, dans quelque couloir des communs du palais, l’épouse du roi Akirons désespérée de la disparition de son fils, après celle de sa fille. Il l’attira discrètement et sans cérémonie dans un recoin.
— Mes enfants... mes enfants...
— Pas de panique, Vot'Majesté. Votre fille est en lieu sûr. Quant à votre fils, il est ici. Vous allez partir discrètement avec S A Deavo et moi à Selne. Personne ne doit nous voir quitter le palais. Votre belle-mère croira manger votre fils ce midi lors de son déjeuner, en fait, j’ai fait un ragoût d’agneau.
— Qu’avons-nous mangé hier ? C’était réellement du faon ?
— Ou...i.
Le maître d’hôtel n’allait certainement pas dire qu’une fillette morte accidentée avait constitué le plat de résistance de la veille. S A Elvira avait déjà eu son compte d’émotions ! Ainsi, vers 10h35, une carriole pleine de fûts presque vides quitta la capitale en direction de Selne. Les retrouvailles chez le marchand de vin furent émouvantes. Cependant, à Nakol, la reine mère commençait à douter de son maître d’hôtel qui, à deux reprises rapprochées, s’était rendu à Selne. D’autant plus que sa bru avait disparu. Elle se rendit aux cuisines pour aller fouiller dans les cuves à déchets, qu’elle trouva absolument vides (Leleur avait pris de sages précautions avant de partir). S M Lætixia soupçonna quelque tromperie et se promit d’éveiller sa vigilance. Le soir venu, au retour de son maître-queux, elle s’adressa à lui.
— Figurez-vous, mon cher, que ma bru a disparu. Ne l’auriez-vous pas vu, par hasard ?
— Que nenni. Elle a dû partir à la recherche de ses enfants, mettez-vous à sa place : sa fille et son fils disparaissent en deux jours. La pauvre doit être au désespoir. Au fait, le ragoût était comment ?
— Délectable. Par ailleurs, je suis allée faire un tour dans les cuisines et n’ai vu aucun relief dans les cuves prévues à cet effet. J’aurais eu grand plaisir d’ y voir les têtes. Leurs visages étaient si jolis : je les aurais fait empailler, ça m’aurait fait un souvenir.
— Que Sa Majesté me pardonne, je les ai données aux chiens...
— Une princesse et un duc ! Je vous trouve bien léger, Leleur ! C’est la deuxième fois que vous prenez une initiative ! Je vous soupçonne de me tromper : prenez garde !
Céleste Leleur commençait à avoir des sueurs froides. Combien de temps tiendrait-il encore devant cette folle ? Empailler ! Le pauvre maître d’hôtel marchait sur des charbons ardents. Sa maîtresse était peut-être folle, mais ce n’était pas une imbécile et il le savait. Celle-ci était maintenant persuadée que son cuisinier attitré la roulait dans la farine (!) mais elle ne savait comment faire pour le confondre. La solution était sans doute à Selne ; elle se promit d’avoir l’œil. Mais le gâte-sauce était mariole, il ne tomberait pas naïvement dans le premier piège venu : il convenait de le surveiller très discrètement.

*De deav = jour. "Jour" fut le prénom du fils cadet de la princesse dans le conte de Charles Perrault.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptyVen 13 Jan 2023 - 23:32

Aux portes d’Hocklenge
24/4/1784

La capitale de Kaṅtalabùtt était encerclée de toutes parts, mais résistait depuis trois jours. On commençait à déplorer des pertes importants des deux côtés des fortifications. Le prince Kaṅtalabùtt II, fils de l’autre, était passé de vie à trépas. Le père d’Elvira, Edgar II en avait fait autant, ainsi que de nombreux soldats de part et d’autre. Par contre, Akirons, qui pourtant s’exposait au danger, tout comme Zonqal et quelques hommes de leur trempe, avaient une chance insolente. Le duc Cybhárt pouvait être fier de ses hommes. Vers huit heures, un messager tout exténué de son voyage et tout ému des dangers qu’il eut à courir porta un pli au nouveau roi. Celui-ci le remercia, ouvrit le pli, le lut et pâlit :

Votre Majesté


Je crois être en mon devoir de vous relater qu’un grave danger menace votre épouse et votre descendance. Sa Majesté votre mère tourne folle et m’a mandé de luy faire manger la princesse Anoevia. Je l’ai mise à l’abri chez un négociant en vin, à Selne, et je me promets d’en faire autant pour son frère et sa mère. mais je crains que bientost, Madame votre mère découvre la supercherie. De grace, je vous en conjure, venez la raisonner ; vu son autorité politique, je crains aussi pour ma vie.

Votre dévoué serviteur
Céleste Leleur.




Akirons qui se souvint de la mise en garde avortée de son ami, le comte Zonqal, s’en voulut de ne pas avoir été plus méfiant ; jamais il n’aurait pu penser que sa mère oserait aller jusqu’à... Il montra la lettre au duc Cybhárt et invoqua la Raison d’État pour partir au plus vite. Celui-ci ne se fit pas prier, compte tenu du motif de la demande et de la qualité du demandeur. Lequel reprit la direction du nord-ouest en priant le ciel qu’il ne soit pas déjà trop tard ! Il atteint les Toolemnare le lendemain et croisa cette bonne fée Dylevja qu’il connaissait bien. Il lui demanda s’il était possible de ralentir le temps afin de rattraper son retard. Celle-ci répondit par la négative mais elle fit boire au cheval un philtre qui le rendrait infatigable et extrêmement rapide. Ainsi il serait à Selne dans des délais raisonnables.

Nakol
Palais Royal 25/4/1784
10:22

Lætixia n’ayant toujours par revu sa bru et, trouvant à son cuisinier un regard de biais, décida qu’elle le suivrait à distance respectable lors de son prochain achat de vin à Selne. Ce qui ne saurait tarder. Par ailleurs son appétit devenait de plus en plus exigent et son caractère de plus en plus exécrable. Où était-elle donc, la bonne dame, toujours d’humeur joviale (ou presque), aimant la bonne table et les succulents breuvages ? C’était devenu un fauve humain prêt à mordre dans tout ce qui bouge ; un fauve n’ayant pas eu sa ration de viande humaine. Même les exempts en avaient peur. L’ogresse se révélait telle qu’en elle même. Les ragots de la cour prenaient corps de plus en plus. C’est la bouche encore sanguinolente de son dernier petit déjeuner qu’elle somma à deux exempts de l’accompagner le jour où Leleur chargea ses fûts vides sur sa carriole.

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MessageSujet: Re: Deux environnements...   Deux environnements... - Page 26 EmptySam 14 Jan 2023 - 16:57

Selne et environs
25/4/1784
au cours de l’après-midi

A Selne, Leleur s’arrêta chez son fournisseur. Lætixia, qui était cachée à quelques toises de là, observait le manège. Elle entendit des voix provenant de l’appartement, des voix qu’elle connaissait bien, des voix familières : la voix de sa bru, tout d’abord ; ainsi que celles de deux personnes qu’elle avait cru avoir mangées et digérées : celles de ses deux petits-enfants Anoevia et Deavo, princesse héritière et futur duc de Nakol. Avec l’aide des deux exempts qui étaient à ses ordres, elle pénétra en force dans l’appartement et fit arrêter tous ses occupants ; motif : atteinte à la sûreté de l’État ! Les exempts furent un peu étonnés (comment une fille d’une dizaine d’années et un garçonnet sensiblement plus jeune eussent-ils pu participer à un complot contre l’État ?) mais n’en laissèrent rien paraître : les ordres étaient les ordres. Toutefois, l’un d’eux profita d’un moment d’inattention de la mégère pour griffonner quelque chose sur un bout de papier, qu’il froissa et mit dans une de ses poches. Les captifs durent être attachés les uns aux autres aux poignets et embarqués sur la carriole du maître d’hôtel, sous le regard éberlué de quelques badauds, direction : la geôle de Selne. « Non » dit la reine mère : « On prend la route des falaises ». Un des exempts conduisit la carriole, l’autre accompagna Lætixia et les captifs à l’arrière, sur le plateau. Lorsque le véhicule passa devant la gendarmerie, il balança subrepticement son bout de papier. Le marchand de vin, lui, avait tout compris : la route des falaises était une voie en cul-de-sac surplombant l’Hatua. Du haut de majestueuses falaises, on dominait toute la vallée, avec ses vignes en escalier ; mais le négociant n’avait pas le cœur à admirer le paysage. Il savait aussi que c’était la route de certains malandrins qui autrefois précipitaient leurs victimes du haut de ces falaises, à l’issue de quelque agression ou règlement de comptes, pour leur imposer un silence définitif. Quand l’attelage atteignit l’extrémité de la route, celle qui dirigeait cette équipée sinistre dit avec emphase : « Tout le monde descend ! ».
* * *

Pendant ce temps, non loin de là, à Selne, Akirons arriva au triple galop. Un passant à qui il demandait la rue où habite le marchand de vin, lui dit que deux hommes armés, accompagnés d’une matrone couronnée s’y étaient introduits et avaient emmené tout le monde.
— Qu’y avait-il ?
— Une dame un peu forte avec une couronne...
— (Ma mère, c’est elle qui dirige l’opération...)
— Une autre, plus jeune, très belle...
—(Ma femme...)
— Deux enfants : un gars et une fille...
—(Mes enfants...)
— Deux messieurs...
— (Leleur et son fournisseur...) Merci. Où sont-ils partis ?
— Vers les crêtes.
Akirons fila à la gendarmerie de Selne dans l’espoir qu’il y eût, malgré la guerre, une permanence. Il s’y présenta. On lui répondit (et ça le rassura un peu) que deux des hommes du quartier s’étaient lancés à la poursuite d’un étrange attelage ayant traversé la ville à une vitesse dangereuse pour les riverains. « De plus » dit l’homme en faction, « l’un des policiers se trouvant à bord nous avaient lancé ce papier » :

Deux environnements... - Page 26 Forces10*

À la description des occupants du véhicule, le roi reprit un peu espoir : c’étaient bien eux. Il remercia l’homme en faction, et galopa vers la direction indiquée. Les crêtes, autrement dit, la route de la falaise, il connaissait pour y avoir été quand il avait douze ans : ses premières chevauchées.
* * *

« Pour vous, c’est fini ; c’est le grand plongeon. Je vous regretterai, cuistot : vous faisiez bien la cuisine, mais vous m’avez trahie. Ça, je ne saurais le pardonner. Vous, le marchand de vin, vous êtes complice... » dit Lætixia à l’adresse des deux hommes captifs. Elvira s’abstint se demander à sa belle-mère ce qu’elle faisait là : la réponse d’une folle prête à tuer n’avait plus pour elle aucune importance. Vraiment, la femme d’Akirons était d’un courage peu commun. Anoevia et Deavo étaient statufiés par la peur. « Faites votre travail ! poussez-les ! C’est un ordre ! » hurla Lætixia à l’adresse de ses deux exempts. Ce fut alors que les deux gendarmes de Selne apparurent :

UN DES GENDARMES
Arrêtez !
LÆTIXIA
De quel droit ?
LE GENDARME
Gendarmerie royale de Selne.
LÆTIXIA
Je suis la Régente ! J’ai les pleins pouvoirs !

* * *

À ce moment, Akirons apparut, crâne nu, brillant, bien reconnaissable  :
AKIRONS
Pas devant le Roi !
LÆTIXIA
Ne te mêle pas de ça, mon fils, j’ai démasqué des traîtres !
AKIRONS
(À sa mère) Ah oui ? Deavo ? Anoevia... (Aux gendarmes) Messieurs, arrêtez-là ! (Aux exempts) Libérez les captifs !
LÆTIXIA
Plutôt crever !

À ce moment, l’ogresse se précipita sur les captifs qui avaient le bord de la falaise derrière eux. La chance voulut qu’ils fussent attachés les uns aux autres et qu’elle ne bondît pas du côté où se trouvaient les deux hommes adultes. Ceux-ci tirèrent vivement de leur côté, ce qui jeta Deavo et Anoevia au sol. Laetixia trébucha sur cette dernière et fit un vol plané qui la fit s’écraser quelques toises en aval. Ainsi finit Lætixia : Cannibale et Ogresse Royale. Les exempts, ravis d’enfin pouvoir obéir à une personne raisonnable, coupèrent les liens des prisonniers. Akirons était une deuxième fois orphelin, il regarda machinalement vers la vallée. Derrière lui, il entendit des sanglots convulsifs : c’était Elvira qui, ayant tenu bon pendant trois jours face aux épreuves qu’elle avait dû subir, venait de craquer. Il la réconforta du mieux qu’il put, et il en fit de même, pour ses enfants qui, à leur tour, venaient d’ouvrir les vannes lacrymales.
— Ne vous en faites plus ; tout danger est écarté, maintenant. Vous allez rentrer à Nakol...
— Tu ne rentres pas avec nous ?
— Eh, non, Anoevia ; la guerre n’est pas finie. Mais je pense qu’il n’y en aura plus pour bien longtemps, maintenant. Je serai certainement de retour avant deux semaines. Tu prendras bien soin de ta maman, et tu feras tout ce qu’elle te dira : c’est elle, maintenant la Régente...
Ils s’en allèrent chacun de leur côté : Akirons, vers la guerre, sa femme, ses enfants et le maître d’hôtel escortés par les exempts qui naguère les avaient arrêtés, en direction du palais de Nakol (Le roi pouvait avoir confiance en eux, à cause du dessin), le négociant en vin et les deux gendarmes se remettraient de leurs émotions en buvant une bonne pinte à la première auberge rencontrée à Selne. La vie reprenait.


Hocklenge
8/5/1784

La victoire d’Akirons et de ses alliés fut totale et écrasante : le peuple d’Hocklenge les accueillit en libérateurs. Kaṅtalabùtt et quelques irréductibles se retranchèrent dans le fort d’Orkastym, dont Bakún et ses camarades ouvrirent grand les portes ! Un nouveau noble prendrait le pouvoir en ces lieux, un homme bien plus civilisé et disposé à vivre en paix avec ses voisins : le Duc Sant-Hanrat Kantalamúrr. On rendit un hommage aux combattants tombés lors de cette guerre (Akirons se dit qu’il faudrait bien annoncer à sa femme la mort d’Edgar II, son père). Il fallait songer à la paix, maintenant ; et à construire quelque chose de nouveau.


Nakol
17/5/1784

Elvira apprit le décès de son père avec courage et, maintenant que son royal époux avait repris les rênes de l’État, elle se promit d’aller se recueillir sur sa sépulture, à Splan. Elle saluerait, en passant, Dylevja et les autres fées. Akirons éleva son ami, le comte Zonqal au titre de marquis et n’oublia pas ses autres camarades de combat, cités par ailleurs par le duc Cybhárt, ainsi que Bakún et ses hommes. Les sujets du Roi... pardon : les citoyens du Royaume reprirent une vie normale et paisible. Au palais royal, c’était la fête : faisant table rase de son passé (sa confession fut douloureuse, mais il lui fut pardonné : après tout, il avait sauvé, au péril de sa vie, S M Elvira et ses deux enfants) Céleste Leleur avait enfin décidé à se marier ! Elvira lui dit : « C’est dommage que vous ne fassiez pas la cuisine cette fois-ci  ; j’aurais tellement aimé remanger du faon : c’était vraiment délicieux ! »


Et voilà ! c'est FINI



* Forces de l'ordre en détresse

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