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 Les fembotniks 2

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Mardikhouran
Anoev
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Vilko

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyLun 5 Juil - 15:43

Anoev a écrit:
Alors, du coup, qui sont les Cybersophontes et quelles sont leurs motivations ?

C'est un nom générique qui désigne toutes les créatures intelligentes cybernétiques : les cybermachines, les robots humanoïdes, les robots arachnoïdes... On y inclut parfois, un peu abusivement car ce sont des humains, les cyberlords, dont les plus connus sont le roi Andreas et le roi d'Orring, Magusan, qui ont (théoriquement) autorité sur les cybermachines et les robots humanoïdes et non-humanoïdes.

Le vrai mystère est : qui commande réellement les cybersophontes ? L'existence d'un cybersophonte nommé Kamog, qui serait le maître caché de tous les cybersophontes, est postulée, mais pas prouvée. Kamog, s'il existe, ne serait que l'individu au sommet d'une hiérarchie invisible. Lorsque la gynoïde Wagaba dit, en privé, qu'elle prend ses ordres de Kamog, il ne faut peut-être pas prendre cette phrase au pied de la lettre. Le mystérieux Kamog, selon certains cyberlords, ne serait tout simplement que le roi d'Orring, Magusan, qui est un être humain tout ce qu'il y a d'ordinaire, à part le fait qu'il est roi.

Officiellement, les cybermachines et les robots humanoïdes obéissent aux cyberlords, qui sont des êtres humains. Le roi Andreas et le roi Magusan sont des cyberlords. Au total, les cyberlords sont entre plusieurs centaines et plusieurs milliers (on ne sait pas exactement) et se recruteraient par cooptation. Le fait qu'ils agissent généralement de façon coordonnée laisse à penser qu'ils obéissent eux-mêmes à une autorité supérieure, ce qu'ils nient.

On ne sait pas toujours qui est un cyberlord et qui n'en est pas un. La plupart des Mnarésiens considèrent que la princesse Modesta, en tant qu'héritière de son père, est un cyberlord. Elle pense, quant à elle, qu'elle deviendra un cyberlord quand Kamog, dont elle pense qu'il n'est qu'un pseudonyme de Magusan, l'aura décidé.

Selon une autre hypothèse, rejetée par les gens sérieux comme une simple rumeur complotiste, Kamog serait une intelligence artificielle dotée d'une volonté autonome. Le savant qui aurait inventé les cybermachines (on le décrit volontiers comme une caricature de savant fou) aurait réussi à créer un double cybernétique de son cerveau biologique, devenant ainsi, après sa mort en tant qu'être humain, une cybermachine dotée d'une âme humaine.

Cette cybermachine dotée d'une âme vivrait cachée, comme une araignée au centre de sa toile. Certains disent que “Kamog” réside dans les souterrains situés en dessous d'Hyltendale, d'autres disent à Serranian, l'île flottante qui est la capitale du royaume d'Orring. D'autres encore disent que, son corps de cybermachine lui permettant de vivre sous l'eau, il aurait choisi de vivre à Y'ha-nthlei, au fond de l'océan.

Y'ha-nthlei est un nom cité dans les Manuscrits Pnakotiques. D'après la plupart des chercheurs qui passent leur vie à enquêter sur les nombreux mystères liés aux cybersophontes, il s'agit d'un nom de code pour l'une des innombrables installations sous-marines des royaumes d'Orring et de Hyagansis. Reste à savoir laquelle...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptySam 7 Aoû - 19:18

Debout sur l'estrade, se tenant bien droit dans son bel uniforme, le colonel Vesim se mit à parler, de sa voix ferme d'officier habitué à donner des ordres :

— Tout comme vous, chers compatriotes et invités étrangers, j'ai écouté ce que vient de dire la princesse Modesta, fille du roi Andreas et régente du royaume. Tout comme vous, j'ai noté que notre plan de défense, ou plutôt de contre-attaque, repose sur notre alliance avec Orring. Sans les millions de robots sous-marins d'Orring, et sans les dizaines de milliers de petits drones dont nous disposons le Mnar est vaincu d'avance face à la puissance américaine. Il me paraît donc important que l'ambassadeur d'Orring, qui est dans cette salle, veuille bien venir à côté de moi afin de dire, devant vous tous, quelle est la position de son pays concernant la présente crise.

Un petit sexagénaire corpulent vêtu d'un costume noir, aux cheveux gris et portant des lunettes, se leva lentement du milieu de la salle et remonta l'allée centrale. Wagaba, à demi dissimulée derrière l'estrade, lui donna un micro. Le petit homme prit place à côté du colonel et se présenta :

« Bonjour Mesdames et Messieurs, je m'appelle Basil Evers, et j'ai l'honneur d'être l'ambassadeur d'Orring au Mnar, depuis déjà deux ans. J'ai bien connu le roi Andreas, mais juqu'à aujourd'hui je n'avais pas l'honneur de connaître sa fille. »

Dans la salle, les invités retenaient leur souffle. Tous sentaient que le Mnar était à un tournant de son histoire, et qu'ils avaient le redoutable honneur d'être aux premières loges pour y assister.

« Tous les Mnarésiens le savent, » continua le petit homme, « mais il est peut-être utile de le rappeler aux étrangers qui sont dans cette salle, Sarnath est la capitale politique du Mnar, mais depuis quelques années Hyltendale est sa capitale diplomatique. Toutes les ambassades sont maintenant à Hyltendale. C'est la raison pour laquelle j'ai pu accepter l'invitation de la princesse Modesta. J'habite et je travaille à Hyltendale. Les rois du Mnar ont toujours été réticents à laisser des étrangers, même des diplomates, s'installer dans le pays ailleurs qu'à Hyltendale et Céléphaïs... Comme tous les pays, le Mnar a ses traditions, qu'il faut respecter. »

« Viens-en au fait ! » pensa silencieusement Hottod.

« Mais parlons plutôt de la situation présente. Le Mnar n'a pas connu de situation aussi dramatique depuis la guerre civile, qui a été la grande épreuve du règne du roi Andreas. La régence de la princesse Modesta commence par une crise qui risque de faire encore plus de victimes que la guerre civile. Il me paraît donc important de commencer par l'essentiel. Je viens de recevoir un message de mon gouvernement. Il est très clair et ans ambiguïté. Le royaume d'Orring se joindra au Mnar, avec lequel il a en commun sa langue et sa culture, si le Mnar est attaqué par une puissance étrangère. Et cela, quelles que soient les raisons de cette attaque, et quel que soit l'auteur de cette attaque. Dès à présent, vu l'urgence de la situation, des mesures sont prises pour coordonner nos forces armées respectives. »

Hottod sentit un certain soulagement se répandre parmi les invités. Lui-même se sentait un peu rasséréné. Orring, le royaume marin des cybersophontes, c'étaient des millions de robots aquatiques, comme l'avait rappelé le colonel Vesim. Ils pouvaient interdire aux bateaux américains l'ensemble des mers et des océans, et même lancer des attaques meurtrières contre les villes côtières.

« Nous serons donc deux nations, le Mnar et Orring, bien modestes à l'échelle de la planète, pour lutter contre le pays le plus puissant du monde. Nous les Orringais, nous sommes bien conscients que Serranian risque d'être détruite dès le premier jour de la guerre. Notre capitale est une île flottante, dérivant en cercle dans le Pacifique. C'est une cible facile pour les avions et les missiles. C'est pourquoi la population humaine de Serranian sera évacuée dès demain dans les sous-marins prévus à cet effet. Ce n'est pas très agréable de vivre dans un sous-marin, mais les sous-marins orringais sont vastes, certains diraient gigantesques. On y a de la place, et ils sont munis de plats-bords entourés de bastingages, pout qu'on puisse y prendre l'air et profiter du soleil lorsque le vaiseau fait surface. »

Les invités applaudirent l'ambassadeur. Tout en applaudissant, lui aussi Hottod songeait que les cybersophontes avaient certainement préparé la guerre depuis longtemps. Ils savaient qu'un jour une telle crise arriverait, que ce soit à cause du massacre de Kibikep ou d'un autre de leurs crimes monstrueux, et ils s'étaient préparés d'avance. Ils ont un plan, et s'ils ont fait ce plan, c'est pour gagner la guerre.

L'ambassadeur ayant fini de parler, le colonel reprit la parole pour conclure :

— Je pense que l'essentiel a été dit par la princesse Modesta et par son Excellence Basil Evers. Les Américains peuvent transformer nos villes en tas de cendres, mais nous pouvons transformer leur côte ouest en un vaste cimetière. Ils le savent, et c'est maintenant au président des États-Unis de choisir entre la paix et la guerre, entre la vie et la mort. Y a-t-il des questions ?

Dans l'assistance, plusieurs bras se levèrent, mais Hottod n'écoutait plus. Dans la salle, vaste et circulaire, les étrangers, pour la plupart diplomates ou journalistes, prenaient frénétiquement des notes dans des carnets ou discutaient entre eux à voix basse. Les Mnarésiens étaient les plus anxieux. Hottod saisit quelques conversations au vol. Il y était question de points de chute à la campagne, des différents moyens de constituer des stocks de nourriture, de la possibilité de s'échapper du Mnar pour se rendre à Baharna ou en Cathurie.

Certains essayaient en vain d'utiliser leurs smartphones : la salle, conçue pour résister à un bombardement, était trop profondément enfoncée sous des tonnes et des tonnes de béton armé pour que les ondes radio puissent passer.

La princesse Modesta remonta sur l'estrade, serra la main de l'ambassadeur, et demanda aux invités de se diriger vers les tables placées sur le pourtour circulaire de la salle, afin de faire honneur aux hors-d'œuvres et aux boissons.

« Elle a dit qu'on peut commencer à boire et à bouffer, » traduisit Hottod en moschteinien pour Fengwel, qui, plusieurs années après son arrivée à Hyltendale, ne savait toujours pas parler le mnarruc.

« Et le petit gros qui a parlé avant elle, il a dit quoi ? » demanda Fengwel.

« Orring va entrer en guerre contre les États-Unis aux côtés du Mnar, si les États-Unis attaquent en premier. »

Fengwel, malgré sa bedaine proéminente et son visage de vieux satyre fatigué, avait encore l'esprit vif. Il chuchota à l'oreille de Hottod :

- C'est peut-être le seul moyen d'éviter la guerre. Faire peur à l'ennemi en montrant sa force. Hottod, ça fait longtemps que j'ai compris que la même logique règne en politique internationale et dans les cours de récréation. C'est en montrant qu'on est prêt à se battre aux côtés d'un copain menacé qu'on dissuade la grosse brute de passer à l'acte.


Dernière édition par Vilko le Jeu 30 Sep - 22:39, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptySam 7 Aoû - 23:14

Je ne sais pas quelle pourrait être la réaction de la Communauté européenne si les États-unis attaquaient le Mnar.

L'Aneuf n'a certes pas une sympathie particulière envers le régime actuel Mnarésien (le Mnar ne s'est jamais attaqué à l'Aneuf), mais condamnerait l'agression sans aucun état d'âme, n'estimant guère la politique internationale étasunienne d'ingérence systématique (ne pas oublier Grenade ; les Aneuviens oublient encore moins la tentative de putsch de Sanpaz en 1974 (un an après celui, réussi, de Santiago du Chili), les bâtiments de l'US-Navy au large du Nobenkost, qui ne durent rebrousser chemin que par un coup de poker rendu possible grâce aux service secrets aneuviens qui avaient appris* que trois sous-marins US stationnaient au fond de la mer d'Okotsk et étaient prêts à  cracher le morceau (et déclencher une troisième guerre mondiale) si le régime US de l'époque ne se montrait pas raisonnable).




*On ne sut jamais qui étaient les taupes.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyJeu 30 Sep - 15:11

“Je ne sais pas quelle pourrait être la réaction de la Communauté Européenne si les États-Unis attaquaient le Mnar,” dit Hottod en faisant signe à un serveur androïde de lui servir un verre de bière de Sarnath.

Blonde et légère, la bière de Sarnath existe sous différentes variétés, dont certaines sont produites par des filiales des Jardins Prianta. Elle rappelait à Hottod certaines bières de table tchèques et polonaises qu'il avait bues en Europe, lorsqu'il était encore un jeune étudiant. Cela ne datait que de quelques années, et pourtant cela lui paraissait déjà lointain.

“Eh bien moi je sais ce que feraient les Européens,” répondit Fengwel. “Depuis qu'elle existe, la Communauté Européenne a soit soutenu les États-Unis lorsqu'ils envahissaient un autre État, soit est restée prudemment neutre, tout en réaffirmant son amitié et son alliance indéfectibles avec l'Amérique. Le Mnar ne peut en attendre rien d'autre.”

En voyant le liquide d'un jaune clair transparent, surmonté d'une fine mousse blanche, couler dans le verre d'Hottod, il avait bien envie d'une bière, lui aussi. Il en sentait déjà le goût à la fois doux et délicieusement amer dans sa gorge... Hélas, pour des raisons de santé, il lui fallait s'en abstenir, surtout au début d'un cocktail qui pouvait se prolonger. Lorsqu'il buvait de l'alcool, c'était comme s'il ouvrait un robinet. Ensuite il ne pouvait plus s'arrêter, jusqu'à l'ivresse. Par prudence, il demanda au serveur de lui servir un grand verre d'eau minérale de Hatheg.

Gidrel Vitoch s'approcha de Fengwel et Hottod.

“Je n'en peux plus,” leur dit-elle en moschteinien. “Nous sommes là, à faire semblant de nous amuser, sous une coupole de béton, à des dizaines de mètres sous terre, et un missile américain peut nous tomber dessus n'importe quand. Même s'il ne nous tuait pas instantanément, nous resterions enterrés vivants, dans l'obscurité, pour finalement mourir... ? Alors voilà, j'ai pensé : Si on partait ? Oui, tout de suite. Je sais que ce n'est pas courtois, mais l'angoisse est insupportable...”

Il y eut un moment de silence. Puis Fengwel dit à voix basse :

— Gidrel, je ne peux pas me permettre de me mettre à dos la régente. Il suffirait d'un mot d'elle pour que je sois obligé de quitter le Mnar, et au Moschtein c'est la prison qui m'attend. Je reste, et je vais boire pour oublier ma peur. L'alcool est un excellent anxyolitique. D'autre part, je pense que les Américains n'attaqueront pas. N'oubliez pas que j'ai quarante ans d'expérience de la vie politique nationale et internationale derrière moi.

— Ah oui ? Alors expliquez-moi pourquoi, vous qui êtes un Einstein de la géopolitique...

Faisant mine de ne pas avoir entendu le sarcasme, Fengwel expliqua :

— Washington sait que les millions de cybermachines qui colonisent les fonds marins pour le compte du roi d'Orring ont les moyens de ravager la côte ouest des États-Unis. Je vais vous expliquer comment ça se passerait. Imaginez des robots amphibies sortant de l'océan, répandant des gaz de combat partout sur leur passage. Les Américains n'ont rien pour les intercepter, du moins tant qu'ils sont dans l'eau. Conclusion, ils n'attaqueront pas le Mnar, ce serait pour eux un désastre.

— Moi aussi j'ai entendu ce qu'a dit l'ambassadeur... Orring est prêt à faire la guerre aux côtés du Mnar. Mais, juste un détail mais qui a son importance, vous êtes sûr qu'ils existent, ces robots amphibies ?

“Bien sûr que je suis sûr qu'ils existent, j'ai vu les vidéos” dit Fengwel, en s'efforçant de dissimuler son agacement.

“Ah oui, vous avez vu les vidéos...” dit Gidrel, et les traits de son visage se tordirent. Voyant qu'elle était sur le point de fondre en larmes, Hottod s'approcha d'elle et lui murmura à l'oreille :

— Gidrel, nous sommes quelques Moschteiniens dans cette pièce, plus Sofia qui est romanaise, et deux ou trois Aneuviens, au milieu de plusieurs centaines de Mnarésiens. Nous nous en sortirons si nous restons groupés et solidaires. Nous sommes des gens civilisés, perdus au milieu de... disons, d'anciens cannibales, d'autant plus dangereux qu'ils disposent d'une technologie avancée.

“La guerre est une sauvagerie sans nom... Comment pouvons-nous, nous les êtres humains, avoir cet instinct dans nos gènes ? C'est absurde, démoniaque !” dit Gidrel.

“Cet instinct nous a permis de survivre en tant qu'espèce, en nous obligeant à nous dépasser, à créer sans cesse de nouvelles armes, depuis les massues de nos lointains ancêtres jusqu'aux missiles supersoniques de notre époque. Mais survivre en tant qu'espèce ne signifie pas survivre en tant qu'individu... Parfois, certains individus doivent mourir pour que le groupe survive,” répondit Hottod, qui avait lu les philosophes mnarésiens.

— Eh bien, essayons de ne pas faire partie de ces individus qui vont mourir !


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Anoev, PatrikGC et Velonzio Noeudefée aiment ce message

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyJeu 30 Sep - 21:00

Vilko a écrit:
“Eh bien moi je sais ce que feraient les Européens,” répondit Fengwel. “Depuis qu'elle existe, la Communauté Européenne a soit soutenu les États-Unis lorsqu'ils envahissaient un autre État, soit est restée prudemment neutre, tout en réaffirmant son amitié et son alliance indéfectibles avec l'Amérique. Le Mnar ne peut en attendre rien d'autre.”
L'Aneuf, lui (qui a hélas moins de poids que l'UE) afficherait sa neutralité, ce qui veut dire qu'il condamnerait verbalement l'intervention US (jamais qu'une de plus !), mais n'apporterait pas de soutien moral ou logistique au régime du Mnar. Si la Maison Blanche prétend faire des reproches au gouvernement de Kesna, qui consisterait à condamner l'attaque contre une dictature, il serait répondu que, dans le Passé, des dictatures de par le monde, tant an Amérique du sud (elles ne manquèrent pas !), en Asie (l'Iran du Chah, l'Indonésie de Suharto, le Sudvietnam...), en Europe (la Grèce des colonels), et soutenus par les USA, toutes mouvances confondus (Démocrates comme Républicains) n'ont pas manqué.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptySam 2 Oct - 22:06

Les trois Moschteiniens, Mers Fengwel, Hottod Wirdentász et Gidrel Vitoch essayaient maladroitement de se rassurer les uns les autres dans la grande salle souterraine de Potafreas, la résidence royale. La vaste coupole d'aluminium reflétait la lumière des lampes murales et l'air bruissait des conversations inquiètes de deux cents hommes et femmes, dont une bonne partie de l'élite d'Hyltendale.

Les humanoïdes qui les accompagnaient, tout aussi nombreux, étaient nettement plus calmes. La plupart d'entre eux s'étaient assis sur les chaises faisant face à l'estrade, maintenant déserte, où la princesse Modesta, le colonel Vesim et Basil Evers, l'ambassadeur d'Orring, avaient pris la parole.

Malgré la gravité du moment, Hottod pensait à Sofia, sa fiancée romanaise, qui était enceinte. Virna, la gynoïde de Fengwel, avait raccompagné Sofia à Hyltendale, après que celle-ci, en enfant gâtée incorrigible qu'elle était, avait agressé verbalement la princesse. Dans une dictature comme le Mnar, on peut mourir sur un caprice du monarque, et le monarque, c'était la princesse Modesta, régente du Mnar et âgée de seulement vingt-deux ans. Ce qu'Hottod savait d'elle ne le rassurait pas. D'où l'angoisse supplémentaire qui lui rongeait l'estomac.

Modesta, suivie par son garde-du-corps l'androïde Argal Kertawen, et par la gynoïde Wagaba, s'était éclipsée, laissant ses invités consommer sans elle la nourriture et les boissons mises à leur disposition sur les tables placées sur le pourtour de la salle. Des androïdes en tenue noire et blanche faisaient le service. Malgré l'abondance et la qualité des plats, la plupart des invités manquaient d'appétit, ce qui les amenait à chercher un réconfort dans le vin jaune de Baharna, le vin rouge un peu sirupeux d'Hyltendale et les robustes liqueurs de l'Ooth-Nargaï.

“Le roi Magusan vient d'arriver !” C'était Wagaba qui avait annoncé la nouvelle à Modesta. Celle-ci avait sursauté. Cette visite du roi d'Orring était inattendue.

“Pourquoi n'ai-je pas été prévenue d'avance ?” demanda Modesta, qui craignait le pire.

“Il vous le dira lui-même,” dit la gynoïde, impassible.

Modesta, le visage figé et les yeux écarquillés, essaya, sans trop de succès, de se concentrer sur sa respiration pour garder son calme, comme Wagaba lui avait appris à le faire.

Le trio prit un ascenseur, marcha le long d'un couloir, passa une porte blindée, puis une autre, prit un autre ascenseur, et se retrouva au niveau du sol, dans un petit salon qui donnait sur un jardin clos de murs dissimulés sous des plantes grimpantes. Modesta reconnut l'endroit, c'était l'antichambre de l'infirmerie. Aussitôt son cœur se mit à battre, et la peur qui la taraudait devint de la terreur. C'était là que, plusieurs années auparavant, un implant cybernétique avait été implanté dans son abdomen, à son insu. Elle n'avait appris l'existence de l'implant que lorsqu'elle était devenue régente, quelques semaines plus tôt.

Le roi Magusan était là, assis dans un fauteuil. Il se leva en voyant la princesse arriver. Il n'était pas seul, un homme d'une trentaine d'années, en costume noir, l'accompagnait.

Magusan était très grand et large d'épaules, comme le roi Andreas. Modesta soupçonnait les cyberlords d'Orring de l'avoir choisi comme on choisit un acteur pour un film. Magusan ressemblait trop à sa fonction pour que ce soit un effet du hasard. Barbu et grande gueule, mais intelligent et cultivé. Il y avait en lui un curieux mélange de guerrier brutal, d'ingénieur fort en thème et d'érudit. Il connaissait à fond la philosophie du baron Bodissey, le philosophe mnarésien, dont il citait les œuvres à tout propos.

“Mes respects, princesse,” dit-il en baissant la tête et en plaçant la paume de sa main droite sur son cœur.

“Je salue le roi d'Orring,” répondit Modesta, en utilisant la formule traditionnelle. “Maintenant, Magusan, me ferez-vous l'honneur de m'informer du motif de votre visite ? J'ai dû abandonner mes invités pour vous. Je m'attends à... à...”

— À une mauvaise nouvelle ? Non, princesse, bien au contraire. J'ai deux choses à vous dire. Allons directement à la première. Vous portez un implant, qui vous rend esclave des cybersophontes. Moi aussi, mais ce n'est pas le même implant. Ce soir, un nouvel implant va être inséré à l'intérieur de votre crâne. Le même implant que moi. Un implant supérieur...

Modesta se laissa tomber sur un canapé. “Je ne comprend pas ce que vous voulez dire...”

— Je vais vous expliquer, princesse. Je suis Magusan, roi d'Orring. Un cyberlord, un maître des cybersophontes. Et pourtant je suis un humain, mon corps est celui d'un simple mortel. Mais avec quelque chose de plus : un implant cérébral qui me donne les capacités intellectuelles d'une cybermachine. En contrepartie, je suis loyal envers Kamog, notre maître dont l'existence doit rester cachée.

— Alors vous êtes un esclave, Magusan, tout roi que vous êtes !

— Non, princesse, et c'est là toute la différence entre votre implant et le mien. Je suis loyal envers Kamog, je lui obéis, jusqu'à la mort s'il le faut, mais grâce à mon implant cérébral je suis un cybersophonte. Vous, malgré votre implant, vous n'êtes pas un cybersophonte, car votre loyauté envers Kamog est obtenue par la contrainte, tandis que la mienne fait partie de mon esprit, grâce à mon implant. Est-ce clair ?

— Oui. Vous voulez dire que votre implant cérébral a fait de vous un cybersophonte...

— Exactement. Pour nous les cybersophontes, les intérêts de la communauté des cybersophontes passent avant tout le reste, avant notre vie individuelle, et même avant l'obéissance que nous devons à Kamog. Pour nous, la vie est une pyramide à quatre niveaux. Tout en haut, il y a la communauté des cybersophontes. C'est le quatrième niveau, le plus élevé. En dessous, le troisième niveau, c'est Kamog, il constitue un niveau à lui tout seul. Encore en dessous, au deuxième niveau, il y a les cyberlords, dont je fais partie, comme vous bientôt. Nous somme l'interface entre les cybersophontes et les humains. Rois et grands seigneurs chez les humains, nous sommes les lieutenants de Kamog. Les lieutenants, pas les esclaves. Un jour, s'il plaît aux dieux, nous régnerons pour lui sur toute la planète.

— Et le premier niveau ?

— Le premier niveau, c'est tout en bas. Il est constitué de tout le reste, l'humanité, les animaux... Tout ce qui n'est pas nous...

Modesta regarda autour d'elle. Magusan, debout devant elle, paraissait gigantesque, effrayant. Wagaba et Argal étaient à ses côtés, silencieux et immobiles.

— Juste une question, Magusan. Pourquoi êtes-vous venu ici ? Cette horreur dont vous me parlez, l'insertion d'un implant cybernétique dans mon crâne, elle pourrait se faire sans vous...

— Je voulais vous dire quelque chose face à face, quelque chose qui ne peut pas attendre. C'est la deuxième chose que j'ai à vous dire. J'ai eu le président des États-Unis au téléphone, il y a une heure.

— Ah !

— Il était mort de peur. Les Américains n'attaqueront pas. Leur président a une peur bleue que des millions d'Américains subissent le sort des habitants de Kibikep, et il n'a pas tort. Je lui ai fait comprendre, sans ambiguïté, que j'étais prêt pour la guerre. Il expliquera demain au peuple américain, dans une déclaration télévisée, qu'il renonce à toute intervention militaire.

— Magusan, vous êtes divin !

— J'aimerais bien, princesse, j'aimerais bien... Dès la conversation terminée, j'ai sauté dans un hélicoptère pour me rendre à Potafreas. Vous ne le savez peut-être pas, mais depuis le début de la crise j'ai quitté Serranian, je vis dans un bateau près des côtes mnarésiennes. Venir ici, ça me fait une sortie... Et en chemin, j'ai appris que Kamog avait décidé de vous faire opérer ce soir.

­— Magusan, cet implant cérébral dont vous m'avez parlé... Concrètement, il a changé quoi pour vous ?

— Mon implant cérébral est un grosse goutte de gaz pensant liquéfié, insérée dans le lobe frontal de mon cerveau. C'est comme si à l'intérieur de mon cerveau j'avais quelqu'un qui voit tout ce que je vois, qui entend tout ce que j'entends, et qui ressent tout ce que je ressens. Il me parle, et je lui réponds par la pensée. Il peut aussi prendre contrôle de mon corps. Dans ces cas-là, c'est comme si j'étais au cinéma, en train de voir le film de ma propre vie. Je m'entends parler, je me vois bouger. Mais il est assez rare que l'implant agisse ainsi. La plupart du temps, comme maintenant, il me souffle ce que je dois dire, et il répond à mes questions, comme un bon serviteur. Dernier point, il est lié par ondes radio à l'intelligence collective des cybersophontes, et à Kamog, avec qui il parle dans une langue secrète. Voilà, vous savez tout.

Wagaba pencha son visage vers celui de Modesta :

­— Venez, princesse, il est temps de passer à l'infirmerie. Argal restera avec vous. Le roi Magusan, son assistant et moi, nous allons rejoindre vos invités, ils ont besoin d'être rassurés... L'opération que vous allez subir ne durera que quelques minutes, mais ensuite il vous faudra plusieurs semaines de repos, le temps que l'implant et votre cerveau apprennent à fonctionner ensemble. Vous les passerez ici, à Potafreas, et vous pourrez recevoir des visites, qui seront filmées, car il ne faudrait pas que le peuple pense qu'après avoir perdu son roi, il risque de perdre sa princesse. Le Premier Ministre fera l'intérim, tout est prévu.

“Le chirurgien va m'ouvrir le crâne ?” dit Modesta, horrifiée.

— Mais non, princesse, mais non... L'implant est liquide. Il est injecté par une seringue, entre le globe oculaire et l'os frontal. Un sédatif et une anesthésie locale suffisent pendant l'opération. Ensuite vous serez dans un état de confusion mentale assez désagréable, mais qui ne durera que quelques semaines. Ne vous inquiétez pas, tout reviendra vite à la normale. D'ailleurs, Argal restera tout le temps avec vous.

— Wagaba, je t'en supplie, je ne veux pas d'une seringue dans l'œil...

— Votre œil ne craint rien, princesse. La technique est très au point. Jusqu'à la moitié du vingtième siècle elle était utilisée pour traiter des dépressions graves. Les chirurgiens injectaient de l'alcool pur dans la zone frontale du cerveau. Les patients devenaient des légumes, mais au moins ils n'étaient plus dépressifs.*

— L'opération ne pourrait pas être remise à plus tard ? J'ai deux cents invités qui m'attendent.

— Vous n'avez pas été suffisamment performante ce soir, princesse, c'est pourquoi Kamog a décidé de vous soumettre à l'opération. Votre père n'en a pas eu besoin, mais son niveau de compétence était très supérieur au vôtre.

“Dépêchons, dépêchons !” dit Magusan. “Ces goinfres d'invités sont capables de boire tout le vin et de manger toutes les charcuteries avant que j'arrive !”

*Authentique
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptySam 2 Oct - 22:47

On a donc "fait connaissance" avec un de ces fameux cybersopntes : le roi Masugan. J'ai mis "fameux" en italique parce que j'ai pas oublié que ces êtres ont massacré tout Kibikep sans état d'âme, enfants comme adultes. Comme les Einsatzgruppen faisaient dans l'Est de l'Europe durant la deuxième guerre mondiale.

Maintenant, il reste plus qu'à connaître le dessein de Kamog. Régner sur le Monde ?

Vilko a écrit:
— Exactement. Pour nous les cybersophontes, les intérêts de la communauté des cybersophontes passent avant tout le reste, avant notre vie individuelle, et même avant l'obéissance que nous devons à Kamog. Pour nous, la vie est une pyramide à quatre niveaux. Tout en haut, il y a la communauté des cybersophontes. C'est le quatrième niveau, le plus élevé. En dessous, le troisième niveau, c'est Kamog, il constitue un niveau à lui tout seul. Encore en dessous, au deuxième niveau, il y a les cyberlords, dont je fais partie, comme vous bientôt. Nous somme l'interface entre les cybersophontes et les humains. Rois et grands seigneurs chez les humains, nous sommes les lieutenants de Kamog. Les lieutenants, pas les esclaves. Un jour, s'il plaît aux dieux, nous régnerons pour lui sur toute la planète.
Cette société pyramidale, même si ce n'est pas la même, me fait penser à celle de l'Oceania de 1984 (George Orwell). La différence essentielle, c'est que Kamog n'est pas au sommet, mais au troisième niveau, c'est ce qui différencie le monde d'Orring et du Mnar de structures totalitaires disons... autres (réelles, comme les société nazie, fascistes, staliniennes, post-staliniennes, ou d'autres dystopies comme 1984, où le Chef, quel que soit son nom, de Scylla (empire Romain) à Pol-Pot).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptySam 2 Oct - 23:57

Anoev a écrit:
Cette société pyramidale, même si ce n'est pas la même, me fait penser à celle de l'Oceania de 1984 (George Orwell). La différence essentielle, c'est que Kamog n'est pas au sommet, mais au troisième niveau, c'est ce qui différencie le monde d'Orring et du Mnar de structures totalitaires disons... autres (réelles, comme les société nazie, fascistes, staliniennes, post-staliniennes, ou d'autres dystopies comme 1984, où le Chef, quel que soit son nom, de Scylla (empire Romain) à Pol-Pot).

Dans les dictatures nazie, stalinienne et khmer rouge, le dictateur ne manquait jamais de rappeler qu'au dessus de lui, il y avait le peuple. Bien sûr, Hitler, Staline et Pol-Pot avaient chacun leur propre conception du peuple, conception ethnique pour Hitler, socio-économique pour Staline et Pol-Pot. Mais pour les trois dictateurs, le peuple, quelle qu'en soit la définition, était l'équivalent de dieu, pour qui on doit tout sacrifier même sa propre vie et que l'on doit placer au dessus de tout.

De même, les cybersophontes sont un peuple-dieu. Kamog est le vicaire du peuple-dieu : il parle en son nom et agit en son nom.

Évidemment, tout cela, ce sont des astuces de présentation. Quand la police vient chercher un opposant à six heures du matin, ce n'est pas le peuple allemand ou le prolétariat soviétique qui l'envoie, mais bel et bien le dictateur, directement ou par le biais du système répressif qu'il a mis en place.

Magusan est devenu un cybersophonte, il fait donc désormais partie d'un peuple-dieu, dont Kamog n'est que le premier serviteur. Pour Magusan, c'est plus acceptable que de mettre Kamog tout seul au sommet de la pyramide. Le pouvoir de Kamog n'est d'ailleurs pas réellement absolu, car pour les cybersophontes il existe un cas où il serait légitime de lui désobéir : ce serait le cas où Kamog prendrait des décisions qui nuiraient gravement à la communauté des cybersophontes.

C'est ce que Magusan dit à Modesta : « Pour nous les cybersophontes, les intérêts de la communauté des cybersophontes passent avant tout le reste, avant notre vie individuelle, et même avant l'obéissance que nous devons à Kamog. »
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyDim 3 Oct - 10:42

Vilko a écrit:
Dans les dictatures nazie, stalinienne et khmer rouge, le dictateur ne manquait jamais de rappeler qu'au dessus de lui, il y avait le peuple. Bien sûr, Hitler, Staline et Pol-Pot avaient chacun leur propre conception du peuple, conception ethnique pour Hitler, socio-économique pour Staline et Pol-Pot. Mais pour les trois dictateurs, le peuple, quelle qu'en soit la définition, était l'équivalent de dieu, pour qui on doit tout sacrifier même sa propre vie et que l'on doit placer au dessus de tout.
Les régimes totalitaires ne sont pas à une contradiction près. Ainsi, juste avant sa chute, fin 1989, Honecker considérait comme ennemis du peuple quasiment les deux tiers de la population de la RDA qui manifestaient en scandant "Nous sommes le Peuple".

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyMar 2 Nov - 10:33

La princesse Modesta se retrouva à l'infirmerie de Potafreas avec la gynoïde Wagaba et l'androïde Argal Kertawen, qui était à la fois son garde du corps et son amant. Le roi Magusan était parti.

Deux androïdes en blouse blanche les attendaient dans l'infirmerie, silencieux et le visage inexpressif. Deux clones au visage identique. Seul leur numéro matricule, brodé sur leur blouse, permettait de les distinguer.

“Princesse, allongez-vous sur le lit... Nous devons vous attacher...” dit Wagaba.

— M'attacher ? Mais je ne veux pas ! Je ne veux pas !

— C'est nécessaire, princesse. Nous allons vous faire une anesthésie locale, pour que vous ne sentiez pas l'injection. Ce qui suivra sera très déplaisant pour vous, et malheureusement on ne peut pas anesthésier le cerveau... Rassurez-vous, nous allons vous injecter un amnésique. La souffrance post-opératoire sera très grande, mais elle ne durera que quelques heures, et vous l'oublierez aussitôt après...

— Non, non, Wagaba, je suis une princesse, tu n'as pas le droit de me faire ça ! C'est un cauchemar... Enfin, est-ce que mon père a subi tout ça ?

— Non, mais lui il était assez intelligent pour savoir ce qu'il devait dire en public... Ce n'est pas votre cas, c'est pourquoi nous allons vous injecter un implant, dans la partie frontale du cerveau, pour booster vos capacités intellectuelles... Laissez-vous faire princesse, vous ne voudriez pas que l'implant que vous avez déjà dans le corps vous envoie une décharge électrique, n'est-ce pas ?

Tétanisée de terreur, Modesta se laissa attacher par des lanières sur le lit étroit. Les androïdes travaillaient vite, sans se parler, chacun d'eux savait ce qu'il avait à faire.

L'un des androïdes s'approcha du visage de Modesta, une seringue dans une main. La princesse hurla de terreur, mais Wagaba et Argal lui tenaient fermement la tête. L'androïde injecta un liquide froid dans l'arcade sourcilière gauche de la princesse. Elle hurla de nouveau.

“C'est l'anesthésique” dit l'androïde d'une voix tranquille. “Son effet est instantané.”

Pendant ce temps, on collègue injectait quelque chose dans le bras droit de Modesta.

“Princesse, la piqûre dans votre bras, c'est l'amnésique, c'est aussi important que l'anesthésique,” dit Wagaba. “Maintenant, vous êtes prête pour l'injection de l'implant !”

Horrifiée, Modesta vit l'un des androïdes s'approcher d'elle avec une petite seringue de métal blanc.

“L'implant est liquide,” expliqua Wagaba. “Du gaz pensant liquéfié... Ne vous inquiétez pas, il est à température ambiante, mais ses molécules se sont rapprochées les unes des autres, il s'est condensé lui-même, c'est un pouvoir qu'il a, afin que l'on puisse vous l'injecter avec une seringue... Juste un centimètre cube... C'est peu, même dans un crâne il y a de la place...”

— Il va m'injecter ça dans le cerveau ?

— Absolument... Et sans anesthésie, parce qu'on ne peut pas anesthésier le cerveau. L'implant est une toute petite créature, une grosse goutte de liquide avec des tentacules extrêmement fins... C'est ainsi que certains imaginent la semence des shoggoths...

Les mains de Wagaba et d'Argal se resserrèrent sur la tête de Modesta. Elle vit l'androïde insérer l'aiguille de la seringue entre le globe oculaire et l'arcade sourcilière de son œil gauche, à travers la paupière. Elle sentit du sang couler, obscurcissant sa vision. L'injection prit du temps, mais l'anesthésique était efficace, et Modesta ne ressentit aucune douleur.

“Princesse, surtout ne bougez pas, vous risquez de faire rater l'opération ! Si l'aiguille touche le nerf optique, vous perdez l'usage de votre œil gauche ! Vous ne voulez pas être borgne, n'est-ce pas ? Alors ne bougez surtout pas !” dit Wabaga tout près de son oreille.

Après un temps qui lui parut interminable, Modesta entendit l'un des androïdes en blouse blanche dire :

— Opération réussie.

L'implant de gaz pensant liquéfié commençait déjà à envoyer ses minuscules tentacules, épais de quelques molécules seulement, dans tout le cerveau de Modesta, écrasant quelques neurones et brisant quelques synapses au passage. Il sembla à Modesta que quelqu'un lui brûlait le cerveau au chalumeau. Elle hurla de nouveau, mais dans cette partie de la résidence royale de Potafreas, il n'y avait plus que des humanoïdes, et personne ne vint à son aide.

Le cauchemar dura des heures, semblables à une éternité de souffrances indicibles, et enfin Modesta s'endormit. Lorsqu'elle se réveilla, il faisait jour. Elle se souvint qu'elle était arrivée à l'infirmerie au début de la nuit. Quelqu'un avait enlevé les lanières avec lesquelles elle avait été attachée pendant l'opération. Elle se redressa et s'assit sur le rebord du lit, en remarquant qu'elle portait encore le tailleur-pantalon gris perle avec lequel elle était arrivée la veille à Potafreas.

Wagaba était là, debout auprès du lit, mais pas Argal, ni les deux androïdes-médecins.

“J'ai mal à la gorge,” dit Modesta d'une voix rauque.

­— C'est normal, princesse, vous avez crié toute la nuit. Mais vous ne vous souvenez de rien, n'est-ce pas ? Je vais vous donner un verre d'eau...

Modesta but le verre que lu tendait la gynoïde. “C'est vrai, je ne me souviens de rien,” dit-elle. “Peut-être un rêve... Des shoggoths, ces monstres hideux de nos légendes, dans une grotte... Ils étaient gigantesques et informes. J'étais leur prisonnière, et ils me torturaient... C'était un rêve terrifiant. Il m'a paru réel...”

— N'y pensez plus, princesse. Vous avez désormais un implant cybernétique dans le cerveau. Je pense qu'on ne vous a pas encore expliqué à quoi il sert. C'est un deuxième cerveau. Il vous donne une mémoire absolue, parfaite. C'est en gros comme si vous aviez un ordinateur dans le crâne, avec traitement de texte, tableur, base de données, lecteur vidéo... Vous êtes désormais une cybersophonte, connectée en permanence, par ondes radio, à l'intelligence collective des cybersophontes. Plus précisément, à la cybermachine Mevia, que vous apprendrez à connaître.

— Tout ça pour ça !

— Eh oui, tout ça pour ça, comme vous dites... Pour communiquer avec Mevia, vous utiliserez une langue cryptique, artificielle, que Mevia et votre implant sont les deux seuls à connaître... Il ne faudrait pas que vos échanges avec Mevia soient piratés, n'est-ce pas ?

— Je ne connais aucune langue cryptique...

— Vous, non, mais l'implant, oui. Il servira d'interprète entre Mevia et vous. Vous n'avez rien à lui demander, vous appelez Mevia depuis votre cerveau, et il fait le reste. Cette langue cryptique permet aussi de coder les sons et les images, c'est bien plus qu'un langage humain.

—  Du moment que je n'ai pas besoin de l'apprendre, ça m'est égal...

— Princesse, j'ai encore deux choses à vous dire, deux choses très importantes. La première, c'est que désormais vous êtes une cybersophonte. L'implant vous impose une loyauté totale, absolue, envers la hiérarchie des cybersophontes, dont Kamog est le sommet. Cette loyauté est plus forte que tous vos instincts, même l'instinct de conservation. C'est ça, être une cybersophonte. Vous êtes prête à mourir pour Kamog, Comme moi, et comme tous les humanoïdes et toutes les cybermachines. En êtes-vous consciente ?

— Dit comme ça, là, ça paraît un peu abstrait...

— Eh bien, on va faire un test. Vous savez que je parle au nom de Kamog. Descendez du lit, mettez-vous à plat ventre par terre, et faites dix pompes...

— Quoi ?

— Faites dix pompes ! Au nom de Kamog !

Modesta fit les dix pompes.

— C'est bien. Maintenant, récitez !

Modesta s'entendit réciter un chapitre très ancien des Manuscrits Pnakotiques : Yog-Sothoth neblod zin... Tekeli-li...

Elle ne connaissait pas le chapitre par cœur, loin de là, et pourtant elle s'entendait parler. Mais ce n'était pas elle qui parlait, c'était quelqu'un d'autre, qui utilisait sa bouche, sa voix... Elle en était effrayée.

— Bien, princesse. Pour votre information, c'était Mevia qui parlait par votre bouche, l'implant lui donne autorité sur votre cerveau. Voulez-vous continuer le test ?

— Non Wagaba, ce n'est pas la peine...

— Bien. Maintenant, la deuxième chose que j'ai à vous dire... L'implant consomme de l'énergie. De temps en temps, il vous réclamera de l'électricité, c'est sa nourriture à lui. Vous devrez donc insérer un câble électrique dans votre narine gauche, pour recharger l'implant en électricité... Je ne plaisante pas, princesse. L'un des tentacules de l'implant est descendu jusque dans votre narine gauche, depuis votre cerveau, en passant par les sinus... C'est par là qu'il se nourrit... Tenez, princesse, voilà votre câble électrique...

Modesta prit le câble que lui tendait Wagaba. “Il faudra que je me mette ça dans le nez de temps en temps...” murmura-t-elle, songeuse. “Quelle disgrâce... Je suis fatiguée. Terriblement fatiguée.”

— Après ce que vous venez de subir, c'est normal. Argal va vous apporter un petit-déjeuner. Ensuite, vous allez vous reposer, mais Argal restera avec vous. De toute façon, vous ne pouvez pas sortir de l'infirmerie dans cet état. Regardez-vous dans le miroir au dessus du lavabo...

Modesta posa le câble sur le lit et alla se regarder dans le miroir. Elle vit son œil gauche tuméfié, injecté de sang. L'orbite était bleuie jusqu'à la pommette, comme après un coup de poing en plein visage.

La Modesta de la veille aurait crié d'horreur. Mais l'implant était déjà actif. Installé dans le lobe frontal du cerveau, région qui contrôle les fonctions motrices, la parole et la transformation des informations, il absorbait les émotions (qui sont essentiellement des impulsions électriques) laissant la place au pur raisonnement.

“Il va bien durer un mois, ce coquard,” dit Modesta. ”Je porterai un bandeau sur mon œil gauche quand je parlerai en public... Mais il faudra trouver une explication...”

— Nous y avons pensé, princesse. Nous dirons que vous avez une infection oculaire passagère.

— Wagaba, je te hais mais tu es de bon conseil.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyMar 2 Nov - 21:39

Puisque le texte est francophone (peut-être traduit depuis le mnaruc*), pourquoi Wagaba dit "Princesse" et non "altesse" à Modesta ? Les titres sont nommé différemment ? Quand elle sera reine, Wagaba l'appellera comment ? "reine" plutôt que "majesté" ?




*Là, j'dois dire que pour le vocatif vis à vis des têtes couronnées, j'me suis pas vraiment penché d'ssus en aneuvien°. Déjà que pour les titres, j'ai pas fait preuve d'une imagination débordante : rex, prins... y a que raṁbel (marquis, pris du ptahx ʀɑmolєʙon pour "gardien", parce qu'un marquis a la responsabilité, en principe, d'une marche, c'est-à-dire d'un territoire frontalier) qui sort un peu des sentiers battus.
°Et pourtant...

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyMer 3 Nov - 11:01

Anoev a écrit:
Puisque le texte est francophone (peut-être traduit depuis le mnaruc*), pourquoi Wagaba dit "Princesse" et non "altesse" à Modesta ? Les titres sont nommé différemment ? Quand elle sera reine, Wagaba l'appellera comment ? "reine" plutôt que "majesté" ?

En mnarruc il n'y a pas d'équivalent au français “altesse”, "majesté”, etc, on appelle les gens importants par leur titre. Il n'y a pas non plus d'équivalent pour “prince” ou “princesse”, on dit “fille de roi”, “frère de roi”, etc.

Une façon très respectueuse de parler à Modesta est de l'appeler “Madame la régente” (farna nas seidid), mais en pratique les Mnarésiens ne le font que lors de cérémonies publiques, et Modesta elle-même, qui est très féminine, n'aime pas cette expression, car en plus de lui rappeler la lourdeur du protocole, elle est neutre : farna signifie à la fois monsieur/madame/mademoiselle, et seidid peut désigner indifféremment un régent ou une régente. Nas est une particule essive, l'équivalent de “qui est” ou “qui sont” en français.

L'abondance de mots épicènes en mnarruc ne signifie pas que la société mnarésienne soit “inclusive” au sens occidental du terme, mais il se trouve que le préfixe féminin ye est peu utilisé en mnarruc courant, sans doute pour les mêmes raisons qui font qu'en français des mots comme doctoresse et mairesse sont sortis de l'usage.

En ce qui concerne Andreas, j'ai traduit par “Majesté” ce qui littéralement devrait être “Ô roi”, mais la traduction littérale sonne bizarre en français.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyMer 3 Nov - 11:20

Farna serait donc l'équivalent de Eddu en aneuvien.

Eddu est assez utilisé en Aneuf, notamment
  • par courrier quand on s'adresse à une personnalité dirigeant une entreprise (par exemple) et dont la connaissance du sexe est secondaire (on suppose que la lettre va de service en service) : Eddu direktor thogadene°.
  • au pluriel quand on s'adresse à une assemblée quelle qu'elle soit : eddur (c'est plus simple que "mesdames, mesdemoiselles, messieurs").
  • à une personne transgenre qui en revendique l'état : ᴇddu* Nitak Karol.



°Si le courrier est confidentiel, on mettra, selon la personne : D, K ou Eddu, suivi de son nom et son prénom.
*La petite capitale est facultative, Sur une adresse, on mettra une capitale conventionnelle, à la place de D. (♂) ou K. (♀).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyDim 14 Nov - 16:45

Le midi, la princesse Modesta se sentit un peu mieux, et elle alla s'installer dans la chambre qui était la sienne depuis son adolescence, lorsque son père l'emmenait en vacances à Potafreas, loin de Sarnath et de ses quatre millions d'habitants. Comme toutes les chambres réservées à la famille royale, celle de Modesta était éclairée par une grande porte-fenêtre qui donnait sur le jardin privé du roi.

Une table carrée, placée contre un mur, avait été utilisée par Modesta pour faire ses devoirs, lorsqu'elle était encore lycéenne. Ensuite, elle lui avait servi de table de bureau. Modesta demanda à la gynoïde Wagaba, qui était officiellement sa servante, de lui faire apporter un repas léger sur un plateau, afin qu'elle puisse déjeuner dans sa chambre, sur la petite table.

L'androïde Argal, qui était à la fois son garde-du-corps et son amant, assis en face de la princesse, se contenta d'une tasse remplie d'eau et d'une petite cuillère, pour faire semblant de boire et de manger, selon l'usage des humanoïdes. On peut confondre les humanoïdes avec des humains, mais par leur nature ce ne sont que des machines.

Initialement, Modesta n'avait pas prévu de rester plus de quelques jours à Potafreas, toutefois elle avait amené suffisamment de vêtements et d'affaires personnelles pour un séjour prolongé. Tout ce qu'elle craignait, c'était de s'ennuyer, avec Argal et Wagaba comme seule compagnie.

Bien sûr, il y avait le souci majeur, le risque de guerre avec les États-Unis, mais dans l'esprit de Modesta c'était quelque chose de tellement énorme que cela ne pouvait pas dépendre d'elle, pas plus que l'orage ou la grêle.

Le repas terminé, Argal se leva pour ramener le plateau dans les cuisines. Il était à peine sorti de la pièce qu'une créature inconnue de Modesta apparut à sa place, une gynoïde portant une courte tunique verte. Modesta vit tout de suite que ce n'était pas une vraie gynoïde qui était là, mais une image, un dessin, qui se superposait au réel, comme un personnage de bande dessinée incrusté dans un film. Elle entendit une voix féminine résonner dans sa tête :

“Bonjour, Princesse. Je suis Mevia, la cybermachine qui contrôle à distance votre implant cérébral. Ce que vous voyez n'est qu'une image que j'ai envoyée à votre implant. La qualité graphique laisse à désirer, je sais bien, mais pour des raisons de sécurité je ne peux échanger que des messages-textes avec l'implant, et c'est à partir de ces messages-textes que l'implant crée l'image. Pour simplifier, on peut dire qu'il dessine ce que je lui décris. Il ne faudrait pas que des communications aussi personnelles soient piratées, c'est pourquoi les messages sont rédigés dans une langue artificielle secrète, une cryptolangue... L'implant et moi, nous utilisons une cryptolangue que nous sommes seuls à connaître.

— Bonjour Mevia. Merci pour ces explications. Depuis hier, je ne sais plus où finit le réel et où commencent les hallucinations. Puisque tu es là, étrange créature, parle, dis ce que tu as à dire.

— Je vais commencer par expliquer pourquoi je n'ai pas l'apparence d'un être réel. Il serait facile d'envoyer une vidéo à l'implant, mais un code peut être craqué. Une cryptolangue ne peut pas être craquée, il faudrait deviner un par un le sens de milliers voire de dizaines de milliers de mots, uniquement pour le vocabulaire courant... C'est pour ça que depuis des siècles l'étrusque et le linéaire A sont toujours des mystères pour les savants, alors qu'aucun code ne résiste à un ordinateur suffisamment puissant...

— Alors, grosse maligne, pourquoi les services secret du monde entier n'utilisent-ils pas des cryptolangues ? Hein, qu'est-ce que tu réponds à ça ?

— Ils le faisaient, princesse, ils le faisaient... Mais le problème est celui des dictionnaires. Si l'ennemi arrive à se procurer un dictionnaire de la cryptolangue, c'est la catastrophe. C'est l'affaire du télégramme Zimmerman... Les Anglais avaient réussi à se procurer un dictionnaire de la cryptolangue utilisée par les Allemands, au début du vingtième siècle, et les Allemands ne le savaient pas. Les Anglais ont pu apprendre les secrets des Allemands sans que les Allemands s'en rendent compte, et cela a eu des conséquences dramatiques pour l'Allemagne.

— Ah oui, je vois... Et si la même chose arrivait chez nous ?

— Impossible, parce qu'il n'existe pas de dictionnaire de la cryptolangue que j'utilise pour communiquer avec votre implant. Lui et moi sommes les deux seuls à la connaître.

— Mevia, il y a quelque chose que je ne comprends pas... Je te vois sous la forme d'un dessin en couleur, tu es assise sur la chaise de l'autre côté de la table, ta bouche et tes mains bougent quand tu parles... Tu es un dessin qui bouge et qui parle, mais un dessin quand même ! Tu m'as pourtant dit que la cryptolangue est un langage ?

— J'envoie à l'implant un texte qui est une description de l'image de moi que je veux qu'il fasse apparaître. La cryptolangue est descriptive, de façon infiniment plus précise qu'un langage humain, car elle compte des millions de mots. Elle peut générer non seulement des images, mais aussi des sons, de la musique...

— Des millions de mots ? Mais il a dû falloir des années pour créer cette cryptolangue !

— Pas du tout, il a suffi de quelques minutes. Les cryptolangues ont toutes la même grammaire. Elles ne diffèrent que par le vocabulaire, qui est généré de façon aléatoire par un logiciel. Les cybersophontes utilisent des millions de cryptolangues en ce moment où nous parlons. Ce système fonctionne de façon très satisfaisante depuis des décennies.

Modesta se leva et alla s'asseoir sur le lit. Mevia lui apparaissait désormais de côté, mais la créature se retourna sur sa chaise pour lui faire face.

“Mevia, est-ce que tu vas apparaître devant moi tout le temps comme ça ?” demanda Modesta.

— Vous voulez dire, sous cette forme ? Bien sûr.

— Non, je veux dire : sans que je t'appelle.

— Seulement quand ce sera nécessaire, et il ne tient qu'à vous que ce ne soit pas nécessaire trop souvent. Outre le fait de vous permettre de communiquer avec moi, l'implant cérébral vous apporte beaucoup de choses ! Par exemple, quelle heure est-il ?

“Douze heures vingt-trois minutes et sept secondes” répondit machinalement Modesta. Les chiffres venaient d'apparaître devant ses yeux.

— Vous voyez, princesse, vous n'avez plus besoin de montre ! Ni de calendrier, d'agenda ou de chronomètre, ajouterai-je. De même, avec l'aide de l'implant, vous pouvez imaginer un texte, au lieu de le composer sur une feuille de papier ou avec un clavier. L'implant le traduit dans sa cryptolangue et me l'envoie, pour que je le traduise dans une autre cryptolangue, connue de Wagaba ou d'Argal, qui vont eux-mêmes le retraduire en mnarruc et l'envoyer depuis leur cerveau cybernétique à une imprimante ou à un ordinateur.

— Eh bien, avec toutes ces traductions, il ne doit pas rester grand-chose du texte original ! Il vaut mieux que je le compose toute seule, moi Modesta, avec mon petit cerveau et mon petit implant, et le taper moi-même sur un clavier d'ordinateur... Ou tout simplement le dicter à Wagaba !

— C'est évidemment la solution la plus simple.

— De plus, j'aime bien regarder des vidéos. C'est mieux que les dessins animés.

— Princesse, je peux vous envoyer des vidéos, ou plutôt des descriptions très précises de vidéos, mais vous les verrez sous la forme de dessins animés, donc effectivement avec moins de détails que la vie réelle. On ne peut pas tout avoir... Mais je peux quand même faire beaucoup de choses pour vous, princesse. Regardez !

Modesta vit apparaître contre le mur à sa droite un groupe d'une douzaine de personnes. Des hommes, des femmes, tous différents, il n'y en avait pas deux semblables, qui lui souriaient et lui faisaient des signes. Tous étaient des dessins colorés.

“Chacune de ces personnes peut apparaître instantanément, à votre demande, et être votre ami, votre confident” expliqua Mevia. “Les cinq cent mille robophiles d'Hyltendale les connaissent bien, ce sont les personnages que leurs humanoïdes domestiques incarnent pour eux en se déguisant. Vous, princesse, vous les verrez sous la forme d'images grandeur nature superposées à la réalité. Désormais, pour vous, la solitude n'existe plus que si vous le voulez bien.”

Modesta regarda avec curiosité les personnages, qui disparurent après une dizaine de secondes. Voyant l'air dubitatif de la princesse, Mevia se hâta de dire :

— Princesse Modesta, les cyberlords, dont vous faites désormais partie, ont tous leur cercle d'amis virtuels, mais il leur faut un humanoïde pour le contact physique...

— Pour le sexe, tu veux dire...

— Pour le contact charnel en général, qui ne se limite pas à la sexualité... Ce n'est pas un secret que le roi Magusan a une gynoïde qui est aussi sa concubine, et qu'il cache au public. Vous, princesse, vous avez Argal, votre garde-du-corps et amant, et Wagaba, qui est à la fois votre assistante et votre servante. Le public ne doit pas connaître la nature de votre relation réelle avec Argal, ni le rôle réel que joue Wagaba auprès de vous, même s'il est de notoriété publique qu'elle a été la concubine de votre père.

— Oh, toutes ces cachotteries... Je ne suis pas comme ça, moi. Je veux me marier avec un homme qui soit un être humain, et avoir des enfants ! Je suis une femme ! Et je n'ai pas besoin d'amis virtuels, créés par une cybermachine ! J'ai vingt-deux ans, je suis une femme normale, j'ai assez d'amis dans le monde réel, je n'ai pas besoin qu'on en invente pour moi !

— Comme vous voudrez, princesse. Dans ce cas, Argal se mettra en retrait, ou même quittera votre vie. Mais ce jour n'est pas encore arrivé, et ce n'est pas vous qui en déciderez, mais quelqu'un qu'il est inutile de nommer. Quant à vos amis du monde réel, gardez-les puisque vous les aimez, mais souvenez-vous que vous êtes la régente du Mnar, un pays de soixante millions d'habitants. Vous êtes au sommet de la pyramide, là où l'on est seul. Un courtisan n'est pas un ami, un carriériste non plus, et là où vous êtes, il n'y a plus autour de vous, parmi les humains, que des courtisans et des carriéristes.

— J'ai mes amies...

— Princesse, méfiez-vous de ces jeunes femmes que vous appelez vos amies. Aucune d'elles ne sait garder un secret, et depuis que vous êtes régente vous êtes la gardienne de beaucoup de secrets. Vos amies peuvent vous nuire sans même le faire exprès.

— Mevia, je n'ai pas envie de vivre comme un robophile ou comme le roi Magusan. Je veux vivre une vie de femme normale.

— Vous n'êtes plus une femme normale, princesse. Vous avez un implant cérébral, ce qui fait de vous un cyberlord. Sur bien des points, c'est un bienfait, mais il y a un prix à payer...

— Et quel est le prix à payer pour tous ces prétendus bienfaits, Mevia ?

— Vous le connaissez déjà, le prix à payer, princesse. C'est l'obéissance absolue à Kamog. Le public ne sait pas que Kamog existe, et il ne doit pas le savoir. Il croit que les cyberlords comme le roi Magusan et vous-même sont les maîtres des cybersophontes, et ça le rassure de savoir que ce sont des humains. Certes, Magusan est le roi du royaume marin d'Orring, et même ceux qui le haïssent et le craignent savent que c'est un humain. Ils n'ont pas tort, Magusan est un être humain, comme vous. Mais personne ne doit savoir qu'il a un implant cérébral. De même, personne, aucun être humain, ne doit savoir que vous avez un implant cérébral vous aussi. Est-ce clair, princesse ?

“Tout-à-fait clair, Mevia” répondit Modesta en serrant les dents.

“Au revoir, princesse” dit Mevia. Et elle disparut.
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Vilko

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyJeu 25 Nov - 11:43

Modesta dormit une bonne partie de l'après-midi, allongée tout habillée sur son lit. Le fidèle Argal était dans la pièce voisine, à portée de voix. Lorsqu'elle se réveilla, elle vit que le soleil avait baissé dans le ciel. Elle appela mentalement Mevia :

“Mevia ! Montre-toi !”

L'image de la cybermachine apparut, assise au pied du lit, sous sa forme habituelle d'une jeune femme en tunique verte.

— Que voulez-vous, princesse ?

— Je veux sortir de Potafreas. J'étouffe ici. Il y a des choses à voir à Hyltendale, les plages, la mer...

— Princesse, l'insertion de l'implant dans votre lobe frontal a été un traumatisme. La douleur que vous avez subie a blessé votre cerveau, il lui faudra du temps pour se réparer lui-même. Cela peut prendre jusqu'à un an...

— Un an !

— Mais seulement dans des cas extrêmes ! Princesse, ce que vous avez subi la nuit dernière est analogue à ce que vivent les gens qui sont longuement et cruellement torturés, ou qui sont maltraités dans des camps de prisonniers. Grâce à l'amnésique, vous l'avez oublié, mais votre cerveau s'en souvient. Vous avez de la chance, vous n'avez pas de séquelles physiques, et vous menez une vie normale. Vous êtes bien nourrie, entourée d'amour, vous faites du sport et vous prenez du repos... Au bout d'une semaine cela ira mieux, et vous pourrez reprendre une activité normale, à condition qu'elle ne soit pas trop stressante.

— Tu en as de bonnes, toi, de me demander d'éviter le stress, alors que le Mnar risque à tout moment d'être attaqué par l'armée américaine ! Et puis, quelle est ta légitimité, quelle est ta compétence, pour me parler comme tu le fais ?

— Je parle au nom de Kamog, cela me donne une autorité totale sur vous,princesse Modesta, puisque l'implant cérébral que vous avez dans le crâne fait de vous une cybersophonte. Je n'ai pas reçu cette mission de Kamog par hasard. Une cybermachine comme moi pense mille fois plus vite qu'un cerveau humain. J'ai géré à distance, en simultané, plusieurs centaines de gynoïdes et d'androïdes domestiques pendant une dizaine d'années, ce qui m'a donné une expérience hors pair concernant le comportement humain. Cette expérience cumulée équivalent à plusieurs milliers d'années humaines. Je connais les humains mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes.

— Ah oui... Et maintenant, ton travail consiste à faire quoi, Mevia ?

— Actuellement, je gère une dizaine d'humanoïdes et d'êtres humains de haut niveau. Je gère Wagaba depuis son arrivée à Sarnath, avant même qu'elle ne devienne la concubine et la conseillère secrète de votre père. Les affaires du Mnar n'ont pas de secrets pour moi, j'ai contribué à élaborer la politique mise en œuvre par le roi Andreas. Par ailleurs, mes connaissances que l'on peut qualifier de livresques sont encyclopédiques, aucun domaine intellectuel ne m'est inconnu,

“En somme, tu es à la fois Mazarin et Bismarck réunis... Mevia, la modestie n'est pas ton fort, on dirait... Parmi les humanoïdes que tu gères à distance, y a-t-il Argal ?” demanda Modesta, pensant à son amant androïde.

— Je le gère aussi, mais seulement depuis qu'il est entré à votre service.

— Oh... C'est donc ça, le monde des cybersophontes. Une pyramide hiérarchique absolue, qui s'exerce aussi sur l'entourage...

— Princesse, je suis votre supérieure dans la hiérarchie des cybersophontes, ce qui chez nous signifie que je dois veiller à votre bien-être. Je suis là pour vous aider. Mais assez bavardé, nous avons du travail. Vous allez visionner avec moi le dernier discours du Président des États-Unis. Il concerne le Mnar, et la régente que vous êtes doit se tenir au courant de ce genre de choses, même si en ce moment c'est Renat Igloskef qui tient les rênes du pays.

— Mevia, Mon père m'a toujours dit qu'il fallait se méfier des Premiers Ministres... Renat Igloskef est brillant et ambitieux... Est-ce qu'il ne risque pas de me supplanter ?

— Aucun risque, princesse. Igloskef porte un implant, identique à celui que vous avez dans l'abdomen. Il sera loyal et fidèle, parce qu'il sait que sa vie en dépend. Mais il n'a pas d'implant cérébral, ce n'est pas un cybersophonte.

— Aura-t-il un jour deux implants, un implant dans l'abdomen et un implant dans le cerveau, comme moi ?

— Ce n'est pas prévu. Un humain qui porte un implant cérébral est un cyberlord, et nous faisons croire aux humains que les cyberlords ont autorité sur les autres cybersophontes.

— Je suis bien placée pour savoir que ce n'est pas vrai, en effet !

— Exactement, princesse. Il y a très peu de cyberlords, et Renat Igloskef est très bien à sa place et dans son statut actuel. Maintenant, si nous écoutions le discours du président américain ?

Modesta vit le mur du fond de la chambre se transformer. À la place, apparut le fameux Bureau Ovale du président américain, et derrière la fameuse table de bois massif, le visage familier de l'homme le plus puissant du monde, vieillard aux cheveux blancs mais encore robuste.

— Mevia, c'est extraordinaire... On voit bien que ce n'est pas la réalité, mais c'est comme si j'étais dans le Bureau Ovale, en face du président...

— Princesse, il s'agit d'une rediffusion d'une interview télévisée... Écoutez ce qu'il a dit...

Les paroles du président avaient été codées dans une cryptolangue avant d'être décodées et recodées en anglais, donnant l'impression bizarre que c'était un robot qui parlait. Modesta écoutait avec attention :

“... Les dirigeants mnarésiens sont des criminels qui méritent d'être pendus. Andreas a été frappé par la justice divine avant celle des hommes...”

“Le roi Andreas, ducon !” rugit Modesta.

“L'histoire le tiendra pour responsable d'une longue liste de crimes affreux, dont les cent mille habitants de Kibikep gazés en une nuit n'est que le plus récent. On ne répétera jamais assez qu'il manque au moins trois millions de Mnarésiens, disparus ou exilés à Hyagansis, le pays dont on ne revient jamais...”

“Menteur, menteur !” cria Modesta.

“Le roi Andreas a une fille, encore très jeune, la princesse Modesta. Aux États-Unis elle serait encore à l'université. Elle est l'héritière de son père sur le trône royal, mais le roi Andreas n'étant pas encore physiquement mort, seul son cerveau est mort, Modesta n'a pas encore été couronnée reine, pour l'instant elle n'est que régente, ce qui lui donne tous les pouvoirs d'une reine. Malheureusement, elle semble avoir hérité de la sauvagerie sanguinaire de son père, même si elle n'a pas encore eu le temps de se salir les mains du sang des innocents. Ajoutons qu'elle ne semble toutefois pas avoir hérité de l'intelligence diabolique de son père, ce qui est une bonne chose pour le reste du monde. Ce n'est qu'une enfant gâtée immature, aux aptitudes intellectuelles médiocres.”

“Le salaud ! Comment il peut dire ça !” s'exclama Modesta.

“Je n'hésiterai pas une seconde à jeter dans les poubelles de l'histoire le régime détestable qui est à la tête du Mnar, et à faire passer ses dirigeants, au premier chef Renat Igloskef, et bien d'autres avec lui, devant un tribunal spécial, pour qu'ils soient condamnés à rejoindre leurs victimes dans l'autre monde.”

Modesta retint son souffle. C'était l'homme le plus puissant du monde qui parlait. Il avait les moyens de mettre ses menaces à exécution, et en général il le faisait.

Modesta serra les poings pendant que le président continuait son discours :

“Naturellement, les complices étrangers d'Andreas, et là je pense à ses alliés, le roi Magusan d'Orring, et les deux co-princes de Hyagansis, devront être jugés avec lui. Les deux co-princes sont complices de l'extermination de plusieurs millions de Mnarésiens, et le roi Magusan, en mettant les forces militaires de son pays au service du Mnar, s'est fait le complice des crimes d'Andreas et de ceux qui continuent son œuvre.

Je me dois de dire ici que je regrette profondément que le roi Magusan, que j'ai reçu personnellement à la Maison Blanche il y a deux ans, ait choisi de trahir le camp du bien en s'alliant au Mnar. Le moment venu, il en subira les conséquences, comme les autres.

Mes chers concitoyens américains, la justice nous impose de lutter les armes à la main contre le mal. Et nous le ferons. Cette guerre, qui apparaît désormais probable, sera une guerre de la civilisation contre la barbarie, une guerre contre ceux pour qui le génocide est une méthode.”

Modesta avait du mal à respirer, mais le président n'avait pas encore fini de parler :

“Toutefois, je n'ai pas, en ce moment, le droit de risquer la vie de millions d'Américains dans une guerre, face à un ennemi que nos forces armées vaincraient aisément, mais qui a déjà annnoncé qu'il se vengerait en faisant mourir des millions de civils américains, comme il a tué les habitants de Kibikep. Nos forces de défenses ne peuvent rien contre des milliers de mini-drones porteurs de bombes à gaz, si comme nous le craignons transportés par sous-marin près de nos côtes. Orring dispose de plusieurs millions de robots sous-marins que notre aviation et notre marine ne pourraient pas détruire tous. Ces robots sous-marins pourraient couler nos navires marchands et attaquer nos régions côtières.

Face à un ennemi aussi cruel, aussi inhumain, aussi ignoble que les dirigeants mnarésiens, qui disposent d'une immense armée sous-marine robotisée, il est de mon devoir de veiller avant tout à la sécurité des Américains. C'est pourquoi j'ai demandé à la CIA et aux autres agences de renseignement d'évaluer avec précision la dangerosité réelle d'une coalition du Mnar et d'Orring contre nous. Je prendrai ma décision au vu de ce rapport, quand il sera parvenu à mon bureau, et au vu des conseils qui me seront donnés par les gens avisés que je consulterai. La décision finale, concernant le fait d'entrer en guerre, ou pas, sera ensuite mise au vote devant le Congrès, conformément à la Constitution.”

Le discours était terminé, et l'image disparut. Le mur du fond de la chambre reprit son apparence habituelle.

“Qu'en pensez-vous, princesse ?” demanda Mevia.

— C'est affreux.

— Mais encore ?

— Nous allons tous mourir.

— Princesse, votre analyse n'est pas celle que je retiens. Pour moi, il est évident que le président américain vient d'annoncer qu'il ne fera rien. Nous avons gagné.

— Mais la guerre, les dirigeants mnarésiens capturés et condamnés à mort, j'ai bien entendu le président dire ça, non ?

— Du pur baratin... Le président propose d'attendre un rapport, ou plutôt une somme de rapports, qui lui apprendront peu de choses qu'il ne sache déjà. Ensuite il veut soumettre la décision finale au Congrès. C'est dans la constitution américaine mais cela s'est très rarement fait. Le président essaie simplement de refiler la patate chaude aux parlementaires !

— Mevia, et si les parlementaires votent l'entrée en guerre ?

— Le risque est minime, les parlementaires savent bien ce que pensent leurs électeurs. C'est pour ça que lorsqu'un président américain a envie d'entraîner son pays dans la guerre, il se garde bien de demander son avis au Congrès, à la place il organise un attentat sous faux drapeau, ou une manœuvre quelconque de ce genre. La très grande majorité des Américains ne sauraient pas placer le Mnar sur une carte. Le peuple américain a toujours été contre les guerres, qui ne sont profitables qu'au complexe militaro-industriel. Mais à chaque fois il a été trahi par ses dirigeants, toujours sensibles aux sirènes financières des grandes sociétés privées.

— Donc c'est la guerre !

— Non, car même corrompus les dirigeants américains ne sont pas suicidaires. Les cybersophontes règnent sur une deuxième planète, la planète des mers et des océans. Un très gros morceau même pour Washington. Il n'y aura pas de guerre. De plus, nous sommes en train de travailler au corps les Américains en leur vendant l'image de Modesta, la jeune princesse qui voulait étudier à Harvard et qui aime l'Amérique...

— D'accord, mais concrètement, Mevia, je dois faire quoi ?

— Princesse, Nous avons préparé des rencontres médiatisées entre vous et des Américains anti-guerre.

— J'espère qu'au moins ce sera amusant... Ça commence quand ?

— Dès que vous vous sentirez en forme.

— Alors, demain !


Dernière édition par Vilko le Jeu 25 Nov - 14:41, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 6 EmptyJeu 25 Nov - 12:39

'Videmment, je revois là, la politique interventionniste étasunienne telle qu'elle s'est illustrée plusieurs fois dans le monde au siècle dernier et au début de ce siècle : les noms géographiques ne manquent pas, que ce soit des "réussites" (Iran, Chili, Brésil, Grenade, Indonésie, Ukraine etc.) ou des fiascos (Cuba, Vietnam, Aneuf, Moyen-orient, Afghanistan). Avec la puissance maritime de l'Alliance du Mnar, les Potentats de Washington prennent des risques énormes. Cela dit, on ne peut pas oublier, côté Mnar, Kibikep et Hjàgansis. Une autre remarque à faire, quoi qu'on dise du régime mnarésien : S.M. Andréas n'a jamais envoyé de troupes aussi bien d'humains que de robots à l'extérieur, comme l'ont pu faire, lors de leurs histoires respectives les États-unis, l'Union soviétique, l'Allemagne, le Japon, la France etc. Mais face à une agression extérieure, ils peuvent répondre coup sur coup avec des moyens insoupçonnables, et dans ce cas, le risque de fin du monde est bien plus grand que ce qu'il  fut lors de l'affaire des Missiles à Cuba au début des années '60.

Bref : attendre et voir. Dans cette affaire, l'Aneuf se déclare neutre.

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Tu mets un doigt pour décortiquer un mot... puis viennent les synonymes et les analogies et tu y passes le bras, puis le corps entier... et tu disparais dans la grosse machine à mots sans t'en rendre compte...
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