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 Les fembotniks 2

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Anoev
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptySam 6 Fév 2021 - 14:52

À supposer que chacun est différent de son voisin, que signifierait "être comme tout le monde" ?

Vilko a écrit:
Modesta se leva sans un mot, et, prenant son verre de vin de lune, elle le jeta au visage de Wagaba, qui resta impassible. Puis elle sortit en courant de la salle en manger, effrayée par ce qu'elle venait de faire. Wagaba pouvait, d'une pensée, donner à l'implant cybernétique inséré dans son abdomen l'ordre d'émettre une décharge électrique... Même une faible décharge pouvait causer des souffrances atroces. Une forte décharge pouvait tuer.
Terriblement dangereux, ça ! Les yeux sont, si je m'souviens bien, le point faible des humanoïdes.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptySam 6 Fév 2021 - 19:35

Anoev a écrit:
À supposer que chacun est différent de son voisin, que signifierait "être comme tout le monde" ?

Si dans un pays donné 99% des hommes mesurent entre 1,50 m et 2 mètres, être comme tout le monde c'est mesurer entre 1,50 m et 2 m. En dessous ou au dessus, on est “hors norme”. C'est la même chose pour les comportements. Avoir peur du vide est normal. Avoir peur du vide dès le premier étage, c'est ne pas être comme tout le monde.

Il faut aussi tenir compte du fait que les normes varient selon les cultures. Les Américains sourient beaucoup. Les Russes, beaucoup moins. Aux États-Unis, pour être “comme tout le monde”, il faut sourire au moins de temps en temps. En Russie, nettement moins.    

Anoev a écrit:
Terriblement dangereux, ça ! Les yeux sont, si je m'souviens bien, le point faible des humanoïdes.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptySam 6 Fév 2021 - 19:35

Anoev a écrit:
À supposer que chacun est différent de son voisin, que signifierait "être comme tout le monde" ?

Si dans un pays donné 99% des hommes mesurent entre 1,50 m et 2 mètres, être comme tout le monde c'est mesurer entre 1,50 m et 2 m. En dessous ou au dessus, on est “hors norme”. C'est la même chose pour les comportements. Avoir peur du vide est normal. Avoir peur du vide dès le premier étage, c'est ne pas être comme tout le monde.

Il faut aussi tenir compte du fait que les normes varient selon les cultures. Les Américains sourient beaucoup. Les Russes, beaucoup moins. Aux États-Unis, pour être “comme tout le monde”, il faut sourire au moins de temps en temps. En Russie, nettement moins.    

Anoev a écrit:
Terriblement dangereux, ça ! Les yeux sont, si je m'souviens bien, le point faible des humanoïdes.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptySam 6 Fév 2021 - 20:59

Vilko a écrit:
Un peu de vin sur les optiques, ça s'essuie facilement ! Very Happy
Ben oui, mais je croyais que  les composants des capteurs étaient extrêmement sensibles à tout liquide, et qu'ils  risquaient de griller à leur contact.

Vilko a écrit:
Il faut aussi tenir compte du fait que les normes varient selon les cultures. Les Américains sourient beaucoup. Les Russes, beaucoup moins. Aux États-Unis, pour être “comme tout le monde”, il faut sourire au moins de temps en temps. En Russie, nettement moins.
Là d'ssus, j'discuterai pas trop, je ne les connais guère plus les un que les autres. La Russie est faite de nombreux peuples, et je suis à peu près certain qu'ils ne peuvent pas être tous identiques, de St-Petersbourg à Simféropol ou à Vladivostoques.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyLun 15 Fév 2021 - 22:30

Modesta se sentit fondre dans les bras d'Argal, qui s'était enfermé avec elle dans les toilettes. C'était fini avec son amant, le duc Saufeio, alors pourquoi pas une petite aventure avec un androïde ? En même temps, elle se sentait manipulée par Wagaba, c'était elle qui avait organisé ce jeu de rôle bizarre, où Modesta devait faire semblant d'être la fiancée d'Argal, et Wagaba et Chim étaient des amis du couple.

Avant cet instant, elle avait souvent pensé à son père, le roi Andreas, qui avait passé les dernières années de sa vie avec la gynoïde Wagaba, sans compter ses innombrables maîtresses d'un jour, ou plutôt d'une nuit. Sa mère ne valait pas mieux, elle s'était enfuie à l'étranger, et, à en croire la presse à scandales, elle y menait joyeuse vie avec ses amants successifs, qu'elle choisissait de préférence parmi les gigolos sportifs dont les gens riches, célèbres et oisifs aiment s'entourer. Si quelqu'un pouvait faire la morale à Modesta, ce n'étaient surement pas ses parents. C'était ce qu'elle se disait lorsqu'elle avait pris Saufeio comme amant, jusqu'à ce qu'il la trompe, ce dont elle s'était aperçue la nuit d'avant.

Il lui semblait qu'elle n'était dans les bras d'Argal que depuis quelques minutes, quand elle entendit tambouriner sur la porte, et résonner une voix d'androïde :

- Qu'est-ce que vous fichez là-dedans ? Ça fait un quart d'heure que vous êtes à deux dans les toilettes ! Mais qu'est-ce qui se passe ? Vous vous croyez où ?

Modesta et Argal remirent de l'ordre dans leurs vêtements et sortirent précipitamment des toilettes. Passant sans le regarder devant le soldat déguisé en serveur, ils retournèrent à leurs chaises.

Wagaba et Chim étaient tranquillement assis à leur table, l'un à côté de l'autre, en train de faire semblant de boire un potage à la cuillère. Le visage empourpré, Modesta reprit sa place initiale, face à Wagaba et à côté d'Argal.

“Notre petite soirée m'a l'air assez réussie... C'est vraiment comme la vraie vie...” dit Chim d'une voix douce.

“Si à chaque fois ce genre de jeu de rôle ça se passe comme ça, ça va me détruire... Trop d'émotions...” répondit Modesta. “Je suis la régente du royaume. Je me sens humiliée par ce qui vient de se passer.”

- Mais non, mais non... La moindre petite employée de magasin vit ce genre d'incident au moins une fois par an, si ce n'est une fois par mois. Dans le monde réel, la vie est comme ça. Vivre dans un palais, c'est vivre dans une bulle. Une future reine comme toi doit savoir qu'il y a des gens pour qui la honte et la souffrance font partie de l'existence. Savoir ça, pas seulement intellectuellement mais aussi dans ta chair, te rendra plus forte. En plus de ce que tu devras apprendre de façon livresque, bien sûr.

“La souffrance, qu'elle soit mentale ou physique, ça te brise ou ça te rend plus fort. Ma chère Modesta, nous essayons de te rendre plus forte, pour te préparer à être reine.” dit Wagaba.

Modesta baissa les yeux vers son potage qui refroidissait. Wagaba continuait de parler :

- Modesta, je te dois la vérité, même quand elle n'est pas agréable à entendre. Tu as beaucoup de travail à faire pour arriver au niveau de ton père, dont la perte est une catastrophe pour le royaume. Nous ne te demandons pas d'assimiler des dossiers complexes, comme il le faisait, ce n'est pas ta vocation et ce ne le sera jamais. Nous te demandons simplement d'acquérir le savoir-faire d'une actrice de série B. Ce n'est pas le bout du monde...

“Qu'est-ce que tu veux que je lui dise, demain, à Fengwel, quand il sera là ?” demanda Modesta sans lever la tête.

- Modesta, si tu es obligée de poser la question, c'est que tu ne connais pas encore ton métier de régente. Tu es la fille du roi Andreas, une princesse, aujourd'hui tu es régente et bientôt tu seras reine. Mers Fengwel est un étranger, un solliciteur, et un ami de ton père. Tu le tiens à distance, mais tu ne le renvoies pas les mains vides. Argal sera à tes côtés. Tu donneras à Fengwel un rendez-vous pour une vidéo, mardi de la semaine prochaine, aux mêmes conditions financières que pour les vidéos qu'il faisait avec ton père. Tout ce que tu auras besoin de savoir sera sur une feuille de papier, sous tes yeux.

- Je dirai quoi, dans cette vidéo ?

- Ce que dirait l'impératrice Catherine de Russie, si elle était à ta place. Des choses qui montreront que tu connais parfaitement les problèmes géostratégiques du Mnar, ainsi que les grands dossiers économiques, et que tu n'as pas l'intention de dévier d'un pouce de la voie tracée par ton père.

“J'aurai du mal à être crédible...” dit tristement Modesta. “Je ne comprends rien à tout ça. Si mon père m'avait laissé aller à Harvard, j'en saurais davantage...”

- Nous ferons en sorte que tu sois crédible. Un vocabulaire simple mais précis, des phrases courtes, des idées justes, peu de chiffres, quelques exemples bien choisis et inattaquables... Ça viendra avec l'entraînement. Cette conversation que nous avons, par exemple, fait partie de ta formation. Ce jeu, où nous faisons semblant d'être au restaurant alors qu'en réalité nous sommes dans une salle à manger, ça fait aussi partie de ta formation.

“Les gens savent que tu mourais d'envie d'aller étudier à Harvard,” dit Baron Chim. “Tu as exposé sur la place publique ton désaccord avec ton père sur ce sujet. Ils s'attendent donc à ce que tu aies un préjugé favorable envers les États-Unis, contrairement à ton père. Dans un premier temps, laisse planer l'ambiguïté.”

“Nous sommes en train d'écrire quelques textes que tu devras apprendre,” dit Wagaba.

- Ça me donnera l'air de réciter une leçon, non ?

“Au début, oui. C'est pour ça que tu devras acquérir le savoir-faire d'une actrice. Ne t'inquiète pas, au bout de quelques vidéos tu auras appris pas mal de choses,” dit Wagaba. “Pour les interviews, pas de problème, nous avons quelques journalistes qui ont besoin de l'argent royal pour vivre, comme Mers Fengwel. C'est seulement à eux que tu accorderas des interviews. Les conférences de presse, c'est plus difficile à maîtriser, donc tu n'en feras pas, c'est Renat Igloskef qui s'en chargera, il a l'habitude.”

“Igloskef...” dit Modesta avec mépris. Parmi la jeunesse dorée de Sarnath, dont Modesta faisait partie, il était de bon ton de mépriser le Premier Ministre, qui avait la réputation d'être un besogneux servile, en bon roturier qu'il était.

“Renat Igloskef bosse comme un fou pour la monarchie,” dit patiemment Wagaba. “Il se tuait au travail pour ton père, maintenant il va se tuer au travail pour toi. Il ne manquera pas de rappeler devant les journalistes que déjà maintenant, en tant que régente, tu peux le congédier à tout moment. Il acceptera tout et ne te trahira pas, car il a l'étincelle en lui.

Voyant l'air ahuri de Modesta, Wagaba lui dit à voix basse :

- “Il a l'étincelle en lui” est une expression codée, qui signifie : “Il est porteur d'un implant cybernétique qui l'oblige à obéir aux cybersophontes.” Ne l'oublie jamais. Tu ne peux jamais être sûre, nulle part, qu'il n'y a pas des micros dans les murs, ou des oreilles indiscrètes derrière les portes. Nous ne devons jamais, jamais, prononcer le mot implant. Cela risquerait de confirmer certaines théories complotistes qui nous sont hostiles...

“J'ai compris” dit Modesta.

La conversation porta ensuite sur Mers Fengwel, son passé trouble, ses vices nombreux, les débauches auxquelles il avait participé lorsqu'il était député au Moschtein, la longue histoire de ses malhonnêtetés diverses, mais aussi sa ruse, son habileté psychologique, et l'apparence de culture et de sagesse, façon vieille Europe, qu'il savait donner et qui plaisait beaucoup aux Mnarésiens, qui sont souvent complexés vis-à-vis des autres nations par le manque de raffinement de leur culture.

À la fin du repas, Argal tendit un petit paquet de papier blanc à Modesta. “Pour toi, ma chérie,” dit-il.

La princesse défit le paquet devant les trois humanoïdes. Il contenait un carnet relié de cuir fin, de couleur brun clair. Sur la page de couverture, un joli visage de femme était dessiné à l'encre bleu clair, avec un talent certain. Modesta feuilleta le carnet. Les pages était en papier ligné, de bonne qualité, assez épais pour qu'on puisse écrire au feutre au recto et au verso de chaque page. Le marque-page était un ruban de soie rouge.

“C'est un beau carnet” dit Modesta. “Le cuir est très doux et très fin... Mais à quoi est-il censé me servir, ce carnet, à l'époque des smartphones et des tablettes électroniques ? Je n'ai rien à écrire, moi, je ne suis pas comme mon père qui m'a laissé un gros carnet plein de conseils.”

Ce fut Wagaba qui répondit :

- Avant chaque entretien que tu auras avec un visiteur, je te dicterai quelques notes, qui pourront t'être utiles, et que tu noteras dans ce carnet. Tout à l'heure, je vais te dicter quelques phrases, quelques données, qui pourront te servir pendant ta discussion avec Mers Fengwel demain matin.

- D'accord.

- Encore une chose. L'un de nous trois sera toujours présent avec toi, quand tu seras avec un visiteur. Si tu dérapes dans la conversation, il fera entendre, bouche fermée, un bruit de carillon. Comme ça...

Wagaba ferma la bouche. Un bruit de clochettes se fit entendre. Modesta ne put s'empêcher de rire.

“Pendant que j'y pense,” demanda Modesta en se tournant vers Argal, “Le visage sur le carnet, c'est celui de qui ?”

“Je n'en sais rien,” répondit l'androïde. “Le cuir est la peau d'un criminel. Comme il avait un beau tatouage, le directeur de la prison de Tatanow a récupéré sa peau après son exécution et l'a donnée à l'atelier où l'on fait travailler les prisonniers. Le tatouage était peut-être le visage de sa fiancée.”

Modesta eut un haut-le-cœur. Elle reposa le carnet sur la table. “Je préférerais un autre cadeau,” dit-elle d'une voix blanche.

“Les livres et les carnets reliés de peau humaine sont une tradition mnarésienne,” dit Wagaba, imperturbable. “Une future reine doit montrer son soutien à l'artisanat mnarésien traditionnel. L'utilisation de la peau humaine pour faire des objets de cuir fin est très ancienne, elle est mentionnée dans les Manuscrits Pnakotiques. Ton père était très attaché à la défense des traditions mnarésiennes.”

“Je ne peux pas, je ne peux pas...” dit Modesta en se prenant la tête dans les mains.

Chim appela le serveur et paya l'addition — ou plutôt, il joua le rôle de quelqu'un qui paye l'addition — pendant qu'Argal aidait Modesta à se lever. Elle le repoussa brutalement.

“Princesse, je dois vous dicter quelques phrases pour préparer votre entrevue avec Mers Fengwel demain matin,” dit Wagaba en ramassant le carnet de cuir brun, qui était resté sur la table.

Le retour aux formes honorifiques indiquait que le jeu de rôle était terminé.

“Tu n'as qu'à les écrire toi-même !” dit Modesta d'un ton rogue. “Je les lirai si j'en ai envie.”

- Comme il vous plaira, princesse.

Argal se tenait debout, attendant les ordres, comme le garde du corps qu'il était redevenu.

Modesta soupira. Elle avait envie d'aller se coucher, d'autant plus qu'elle avait peu dormi la nuit précédente, mais elle savait que si elle restait seule elle allait pleurer dans son lit, à cause du stress et des émotions.

- Argal, tu viens avec moi dans ma chambre... Tu me tiendras compagnie... Mais juste pour discuter, hein ? Et quand je te le dirai, tu sortiras de ma chambre et tu iras te reposer dans la chambre des humanoïdes, c'est bien compris ?

- C'est bien compris, princesse. Je suis à vos ordres.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyLun 15 Fév 2021 - 22:37

Bien raconté. Cependant, j'ai l'impression que les tournures de Wagaba sont un brun obséquieuses vis à vis de Modesta ; ce qui est (à mon humble avis) assez déroutant, vu qu'au Mnar, ce sont les robots qui détiennent vraiment le Pouvoir.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyLun 15 Fév 2021 - 23:01

Anoev a écrit:
Bien raconté. Cependant, j'ai l'impression que les tournures de Wagaba sont un brun obséquieuses vis à vis de Modesta ; ce qui est (à mon humble avis) assez déroutant, vu qu'au Mnar, ce sont les robots qui détiennent vraiment le Pouvoir.

Les robots jouent leur rôle de serviteurs... De même, en Angleterre, le Premier Ministre est très respectueux et très déférent envers la reine, alors que c'est lui qui détient le vrai pouvoir. Wagaba est d'autant plus obséquieuse qu'elle doit cacher le fait que ce sont les cybersophontes qui détiennent le pouvoir au Mnar. Le peuple ne doit surtout pas s'en apercevoir.

Un “brun” obséquieuses : on voit que la distinction ɛ̃/œ̃ (brin/brun) s'est bien perdue en français parisien moderne ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyLun 15 Fév 2021 - 23:49

Vilko a écrit:
Un “brun” obséquieuses : on voit que la distinction ɛ̃/œ̃ (brin/brun) s'est bien perdue en français parisien moderne ! Very Happy
Non, c'est juste uner faute de frappe dont je viens de m'rend'compte (par ton aide) : sur un clavier, le U est à côté du I, un mauvais coup d'doigt a fait l'reste. Cette confusion [ɛ̃/œ̃] est-elle apparue après l'invention des machines à écrire à clavier AZERTY ? Ça... mystère !

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 24 Fév 2021 - 18:37

La princesse Modesta se réveilla après l'aube, allongée toute habillée sur le grand lit qui avait été celui de son père le roi Andreas. Son garde du corps, l'androïde Argal Kertawen, était étendu à côté d'elle, tout habillé également.

Elle se souvint alors de ce qui s'était passé. Elle avait discuté avec Argal, jusqu'à une heure du matin. Comme tous les androïdes, Argal avait une intelligence supérieure à celle d'un être humain, et grâce à son cerveau cybernétique, connecté par ondes radio à l'intelligence collective des centaines de millers d'humanoïdes du Mnar, il avait accès à un savoir-faire psychologique hors pair.

Grâce à cette intelligence et à ce savoir pratique, Argal était expert dans l'art de donner aux humains l'impression qu'ils avaient une chance inouïe de l'avoir rencontré. Modesta était tombée sous le charme de sa conversation, comme un enfant à qui un adulte n'a guère de mal à  donner l'impression qu'il est bienveillant à son égard et qu'il a réponse à tout.

La veille, après le dîner, Modesta avait d'abord demandé à Argal de rester assis sur une chaise pendant qu'elle s'allongeait sur le lit. Ils avaient eu une merveilleuse conversation ensemble, qui s'était éternisée. Fatiguée, Modesta avait ensuite demandé à l'androïde de la rejoindre sur le lit, mais de rester habillé et de ne pas la toucher.

Argal avait interrogé, mentalement, les archives de l'intelligence collective des cybermachines. Une intelligence artificielle lui avait répondu que ce qui était important, c'était que Modesta lui ait demandé de s'allonger à côté d'elle. La restriction, ne pas la toucher cette nuit-là, c'était la façon qu'avait Modesta de préserver sa fierté, et il fallait respecter cela, et, en même temps, lui faire comprendre qu'elle était désirée, tout en étant respectée.

Plus tard, Modesta s'était blottie dans les bras d'Argal, en lui faisant répéter qu'il serait sage. Comme beaucoup de jeune Mnarésiennes, Modesta avait un principe, auquel elle s'était toujours tenu, et qui était de ne jamais faire l'amour avec un homme la première nuit, car seules les filles faciles font ça. L'androïde Argal avait bien sûr respecté la volonté de la princesse, tout en lui montrant son affection, en vue de la nuit suivante.

Comme souvent depuis trois jours qu'elle était régente du royaume, Modesta pensa à son père, qui était hospitalisé dans un autre quartier de la ville, plongé dans un coma dont il ne sortirait jamais, jusqu'à ce qu'il devienne politiquement opportun de le laisser mourir. C'était dans ce lit qu'il avait passé ses nuits, pendant des années, avec la gynoïde Wagaba, qui lui avait donné à la fois le soutien moral dont il avait besoin, un amour factice mais sans limite, et autant de sexe qu'il pouvait en désirer. Maintenant, Modesta pouvait connaître avec Argal l'équivalent de ce que son père avait connu avec Wagaba. Mais pas dès la première nuit.

Cela semblait merveilleux, mais comme toujours, il y avait un problème. En tant que future reine, Modesta avait l'obligation de donner des enfants au royaume. Dans la famille royale, la loi clanique s'applique encore dans toute sa dureté. Modesta ne pourrait avoir des enfants que dans le cadre d'un mariage approuvé par ses tantes, les matriarches de son clan, et il était certain qu'elles n'accepteraient comme mari pour Modesta qu'un homme de la haute noblesse mnarésienne.

Modesta essaya de chasser cette idée de son esprit. La nuit prochaine, elle verrait ce qu'Argal valait en tant qu'amant. S'il était à la hauteur, elle aviserait pour la suite. En attendant, elle avait juste le temps de prendre un rapide petit-déjeuner et de se préparer à la corvée de la journée, son entrevue avec Mers Fengwel. Ce dernier ayant eu la bonne idée de faire pour lui-même un compte-rendu de la rencontre dans ses cahiers secrets, laissons-lui la parole.

LE RÉCIT DE MERS FENGWEL

Je suis arrivé un peu en avance au palais, et j'ai dû attendre à la conciergerie que l'androïde Chim vienne me chercher. Le palais royal est une vraie forteresse, et le côté militaire du lieu est devenu impressionnant depuis que le roi Andreas a remplacé la plus grande partie du personnel par des humanoïdes de la Garde Royale. On se croirait dans la résidence d'un dictateur, dans un pays en guerre... Ce qui, au Mnar, n'est pas loin de la vérité.

Virna, ma gynoïde, sans laquelle je serais perdu à Sarnath car très peu de gens y parlent anglais, et encore moins moschteinien, était venue avec moi. Elle est restée à la conciergerie, la princesse ayant spécifié qu'elle ne voulait recevoir qu'une seule personne en audience.

Chim m'a mené dans un lieu que je connaissais déjà, le bureau royal. La princesse Modesta a le tiers de mon âge. Avec la témérité de la jeunesse, elle s'est appropriée le bureau royal et a réduit le respecté conseiller de son père, l'androïde Chim, au rang de simple valet. Du moins, c'est l'impression que j'ai eue en arrivant.

La princesse est grande et bien charpentée, avec de longs cheveux noirs qui pendent sur ses épaules et qui contrastent avec le teint clair et les yeux verts qu'elle tient de ses ancêtres Gnophkeh. Elle ressemble beaucoup à son père, au moins physiquement. Lors de ma visite elle était vêtue d'un ensemble veste-pantalon jaune canari, une couleur que son père aurait trouvé incongrue pour la régente d'un pays de soixante millions d'habitants. Son cou était orné d'un collier en or et ses doigts surchargés de bagues.

Lorsque je suis entré dans le bureau, elle m'a accueilli à la mnarésienne, en joignant les mains et en récitant une formule en vieux mnarruc. Au Mnar, un homme et une femme ne peuvent se toucher que s'ils sont mariés ou proches parents. Cette coutume, qui tendait à disparaître, a été remise en honneur depuis que de nouvelles maladies, certaines fort étranges, ont commencé à s'échapper des laboratoires. Je me suis incliné et j'ai salué la princesse en moschteinien, langue qu'elle ne comprend pas plus que je ne comprend le vieux mnarruc. Aucun de nous deux n'a ri.

La princesse n'était pas seule, son garde du corps androïde était debout contre un mur. Je l'ai à peine regardé, tant il me paraissait sinistre dans son costume noir . Chim s'était éclipsé. Au Mnar, il serait inconvenant qu'un homme, étranger de surcroît, et une princesse restent seuls dans une pièce, d'où la présence du garde du corps androïde.

Modesta s'est adresée à moi dans un très bon anglais. Comme je m'y attendais, elle m'a parlé de Harvard. Tout le monde sait au Mnar que la princesse ne peut pas parler plus de cinq minutes sans dire à quel point elle regrette de ne pas avoir pu être étudiante à Harvard.

Elle me proposa du thé de Baharna, que j'acceptai, et nous allâmes nous asseoir dans la partie salon, à l'autre bout de la pièce. Je pense que le garde du corps a dû tenvoyer un message radio depuis son cerveau cybernétique, car quelques minutes plus tard une gynoïde aux longs cheveux gris argent, vêtue d'une veste noire et d'un pantalon gris, est entrée dans le bureau. Elle portait une théière et deux tasses sur un plateau d'argent.

Je reconnus immédiatement la gynoïde, c'était Wagaba, la servante-concubine du roi Andreas. J'ai été stupéfait de la voir simple servante, car elle avait été l'assistante, et très probablement aussi la conseillère secrète, du roi Andreas. Modesta était régente depuis trois jours, et Wagaba n'était déjà plus que servante.

Modesta n'avait pas l'air de savoir quoi dire. Elle tenait à la main un petit carnet de cuir brun, qu'elle consultait de temps en temps. Je lui parlai de mon amitié avec son père, mais cela eut l'air de ne lui faire ni chaud ni froid.

Elle me rappelait, en version mnarésienne, certaines filles que je levais dans les boîtes échangistes de Moschbourg quand je n'étais encore qu'un jeune politicien. Elle avait un beau corps, malgré une poitrine un peu lourde, et un visage aux traits agréables, avec une jolie bouche d'où ne sortaient que des banalités. Ça ne me gênait pas, car j'ai toujours préféré, chez les femmes, un corps bien fait à une tête trop pleine.

Était-ce parce que je fantasmais sur le physique de jeune sportive de la princesse, tout en lui parlant ? La conversation commençait à tourner en rond. Modesta ouvrit son carnet, lut quelque chose à l'intérieur, et me dit :

- Vous venez du Moschtein, Monsieur Fengwel ? C'est en Europe, n'est-ce pas ? Parlez-moi de votre pays !

J'ai commencé à lui faire un exposé détaillé de l'histoire du Moschtein, depuis les premiers cultivateurs venus du sud, à l'époque néolithique, dont on a retrouvé des fragments de poteries et des traces de villages sédentaires, et comment des recherches archéologiques récentes ont montré qu'ils ont évincé en quelques siècles les chasseurs nomades qui les avaient précédé. Il s'est passé beaucoup de choses au Moschtein depuis la préhistoire jusqu'à notre époque, et je suis capable de tenir des heures sur le sujet. Je peux décrire une chasse à l'aurochs par les hommes de Néanderthal comme si j'y avais participé. Toutefois, j'ai vite senti que j'ennuyais la princesse. Je suis alors passé à autre chose.

“Princesse,” lui ai-je dit. “J'ai travaillé longtemps avec votre père. Je sais que vous avez envie de continuer à travailler avec moi dans les mêmes conditions. Cela peut-il être confirmé par contrat écrit ? Notamment en ce qui concerne ma rémunération ?”

L'air un peu perdue, elle s'est retournée vers son garde du corps, qui lui a dit, en anglais pour que je comprenne :

- Princesse, c'est Wagaba qui gérait cela. Elle m'a mis au courant. Si vous voulez, je peux faire imprimer un contrat au secrétariat, tout de suite, et vous n'aurez qu'à le signer, ainsi que Monsieur Fengwel.

- Oui, Argal, occupe-toi de ça ! Tout de suite !

Elle n'était pas ignorante au point de ne pas savoir qu'on ne dit jamais merci à un humanoïde, qui n'est qu'une machine, mais elle avait l'air vraiment soulagée.

Tout en buvant mon thé, je me disais que Modesta avait de la chance d'être née fille de roi. Sinon, avec son quotient intellectuel inférieur à son tour de poitrine, je l'aurais bien vue, si le destin l'avait fait naître au Moschtein, caissière au chômage dans un certain quartier de Moschbourg, essayant de gagner de quoi payer son loyer en se laissant draguer dans les boîtes échangistes par des vieux vicieux friqués dans mon genre. La phrase préférée de ce genre de filles, c'est, “Tu peux me prêter mille chtoks pour payer mon loyer ? Je te rembourserai...” Bien sûr, elles ne remboursent jamais.

J'avais à peine vidé ma tasse que Wagaba revint , le contrat à la main, fraîchement sorti d'une imprimante du secrétariat en triple exemplaire et en version bilingue mnarruc-anglais. Ce qu'il y a de bien avec les robots, c'est qu'ils font tout très vite. Je pris quand même le temps de lire le document. Tout me sembla correct, et je le signais, de même que la princesse. Wagaba repartit vers le secrétariat avec deux exemplaires, pendant que je pliais le mien en quatre pour le mettre dans une poche de ma veste, car j'étais venu sans mon attaché-case.

La princesse regarda de nouveau dans son petit carnet, puis jeta un coup d'œil à sa montre, et me dit :

- On a bien discuté, hein, Monsieur Fengwel ? Je suis heureuse d'avoir fait votre connaissance. Rendez-vous mardi prochain, même heure même endroit, pour la vidéo ! Je n'ai pas encore le texte, mais c'est pas grave, on l'apprendra sur place. On y passera la journée à faire cette vidéo, mais tant pis.

Pendant que je disais “À bientôt, princesse,” une pensée me traversa l'esprit. Andreas avait réussi à donner l'illusion qu'il disposait d'un pouvoir absolu au Mnar. Modesta n'y arriverait pas. Il était évident, même pour moi, qu'elle dépendait totalement de son entourage, qui était composé d'humanoïdes. Heureusement que le public ne le savait pas. Je supposais qu'elle ferait comme son père le roi Andreas. À la télévision, on ne voyait jamais les humanoïdes qui constituaient l'entourage du roi, et, par prudence, il ne se faisait interviouver que par des journalistes amis, qui lui fournissaient leurs questions à l'avance.

Le roi Andreas pouvait discuter avec un chef d'État étranger ou avec un ambassadeur sans passer pour un crétin. J'avais de sérieux doutes quant aux capacités de Modesta à en faire autant. Par la suite, j'ai vu qu'elle se faisait systématiquement remplacer par son infatigable et tout dévoué Premier Ministre, Renat Igloskef.

Après que je suis sorti du bureau royal, Chim, qui m'avait attendu dans la galerie, me ramena à travers un dédale d'escaliers et de couloirs jusqu'à la conciergerie, où je retrouvai Virna.

Il y a 750 km entre Sarnath et Hyltendale. Virna et moi, nous avions passé la journée de la veille dans le train et la nuit à l'hôtel. Nous devions maintenant retourner à l'hôtel pour récupérer nos affaires, et ensuite prendre de nouveau le train, en sens inverse cette fois-ci. Deux jours et une nuit de perdus pour dix minutes de conversation. Mais financièrement, ça en valait la peine.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 10 Mar 2021 - 22:07

Même si c'est hors sujet, j'te l'mets ici, parce que c'a  des chances de concerner les lignes ferroviaires mnarésiennes, et en particulier Sarnath-Hyltendale.

Tu as le choix entre plusieurs solutions :

Les solutions anciennes :

Le courant continu :

Il est encore pas mal utilisé maintenant,

que ce soit en 1500 V
deux tiers sud de la France sauf lignes tégévé
Pays-bas
Banlieue Nord-sud de Dublin
Banlieue de Copenhague
Circumvesuviana (Naples)...

ou en 3000 V
Espagne
Italie
Slovénie
Russie
Slovaquie
Tchéquie
Pologne
Biélorussie
Corée du nord
Croatie...

Ces courant de faible et moyenne tension sont goinfres en ampérage. Ils furent installés avant guerre, car les locomotive étaient simples à construire pour l'époque. Par contre, les locos modernes ne manquent pas d'électronique de puissance (thyristors ; onduleurs pour transformer un courant continu (ligne) en coourant triphasé (traction)). Mis à part Bellegarde-Genève, on n'a pas voulu changer de système d'électrification : hors de prix pour des décennies à amortir. Un pays changea le courant de ses lignes en passant du courant continu au 50 Hz : l'est de l'Angleterre, depuis les gares de Fenchurch street (banlieue est de Londres) et de Liverpool street (ligne de Norwich, passant entre autres par Cambridge).


Le courant alternatif en basse fréquence :

Fut surtout développé en Europe centrale (16⅔ Hz) ou aux États-unis (25 Hz) à des tensions provoquant déjà moins de pertes en ligne (entre 10000 et 15000 V). Fut, comme le courant continu, développé avant guerre. Y eut même une expérience intéressante en France, par la compagnie du Midi, en 12 kV 16⅔ Hz, à peu près* écrasée dans l'œuf sur décision politique en 1920, où les lignes furent rééquipées en 1500 V =.
L'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Suède et la Norvège utilisent encore largement ce courant, y compris pour les lignes à grande vitesse quand y en a (Allemagne).


Le courant alternatif à fréquence industrielle :

50 Hz en Europe, 60 Hz aux Amériques et en Asie (Japon, Corée du sud, Brésil). Comme je t'ai dis au téléphone, ce n'est ni la France (74) ni l'Allemagne (Forêt Noire) qui fut le premier pays à étrenner la fréquence de 50 Hz, mais la Hongrie, avec l'ingénieur Kándo Kálmán, entre la frontière avec l'Autriche et Budapest. La tension était de 16 kV. Elle fut relevée par la suite (dans les années '50 ou '60) à 25 kV. C'est le courant moderne par excellence, adopté en partie en France, en Tchéquie, en Slovaquie, en Croatie, en Russie... seul courant d'alimentation en Finlande, au Portugal, en Serbie, en Bulgarie, en Roumanie. Courant des LGV espagnoles et italiennes, mais aussi les LGV de toute la France et de la Belgique. Grâce à sa haute tension, les pertes en lignes sont plutôt faibles et les sous-stations espacées d'une cinquantaine de kilomètres (dix fois moins qu'en 1500 V voire encore moins, quand on utilise trois phases pour le transport du courant).

Voilà : t'as plus qu'à choisir pour les lignes mnarésiennes, mais tu peux faire aussi preuve d'originalité (mais y faut penser si importation il y a) et opter, par exemple pour une fréquence exotique, comme 40⅝ Hz.

Pense aussi à l'écartement des rails et au gabarit. UIC ? Plus grand ? Plus petit ? J'vais pas t'en dire des tonnes ici, demande à Patrice. Dis moi aussi ce qu'y t'a dit, ça m'intéressera sûrement.



*Officiellement pour des raisons de continuité électrique avec le PO (Paris-Orléans : allant en fait jusqu'à Bordeaux, Montauban, Périgueux & Aurillac...) ; en réalité, ce courant était trop proche de celui de l'Ennemi Héréditaire (l'Allemagne) : l'"Europe" était encore loin.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyJeu 11 Mar 2021 - 10:26

Anoev a écrit:
Même si c'est hors sujet, j'te l'mets ici, parce que c'a  des chances de concerner les lignes ferroviaires mnarésiennes, et en particulier Sarnath-Hyltendale

La ligne de train Sarnath-Hyltendale est relativement récente, donc en courant alternatif à 60 Herz, donc à la norme japonaise, car le Mnar est, comme le Japon, un État riverain du Pacifique, et le Shinkansen japonais a très impressionné les Mnarésiens.  

L'écartement des voies est de 143,5 cm, comme dans la plupart des pays du monde.

Pour les hauts fonctionnaires en mission et les Mnarésiens vraiment riches, il existe une alternative au train pour se rendre de Sarnath à Hyltendale : une ligne d'hydravions vient d'être créée, reliant le lac d'Ib au Port des Hydravions à Hyltendale. En tant que régente, la princesse Modesta dispose de l'hydravion personnel de son père, le roi Andreas, qui est tombé dans un coma donc il ne sortira sans doute jamais. L'hydravion royal sert parfois à transporter les invités du roi. Il est à la disposition de Modesta depuis qu'elle est devenue régente.

La ville de Sarnath s'étend sur la rive sud du lac d'Ib, ainsi nommé à cause de la cité d'Ib, qui se trouvait sur la rive nord du lac et qui a disparu pendant les temps légendaires, détruite par Bokrug le dieu-lézard aquatique. Il ne reste aucune trace d'Ib, juste un récit dans les Manuscrit Pnakotiques. Pour éviter que Bokrug ne s'attaque à Sarnath, il est d'usage, depuis des temps immémoriaux, de jeter dans le lac les condamnés à mort, vivants mais pieds et poings liés, dans l'espoir que Bokrug se contente de cette offrande et épargne la ville.

La reine Mehini, arrière-grand-mère du roi Andreas (et donc arrière-arrière-grand-mère de la princesse Modesta) a tenté de supprimer cette coutume, mais y a renoncé après avoir été prévenue par le clergé que Bokrug se vengerait sur la ville de Sarnath s'il était privé de son offrande annuelle. De plus, ce sacrifice à Bokrug est décrit dans les Manuscrits Pnakotiques, et y renoncer risquerait de déplaire non seulement à Bokrug, mais à l'ensemble des dieux mnarésiens, et aucun souverain mnarésien n'a le droit moral de prendre ce risque. La reine Mehini avait été sensible à cet argument.

Le roi Robert, petit-fils de Mehini, n'aimait pas le fait que les exécutions, qui avaient lieu une fois par an, soient devenues un spectacle pour les habitants de Sarnath. Il s'était aussi rendu compte que les médias étrangers en profitaient pour décrire le Mnar comme un pays arriéré, aux coutumes barbares, ce qui le choquait profondément.

Il fit donc construire un bateau spécial, le Tiksokk. Une fois par an, le Tiksokk emmène les condamnés à mort au milieu du lac. Ils sont jetés, vivants mais pieds et poings liés comme le veut la tradition, le corps lesté de pierres, dans une trappe située à l'intérieur même du bateau. Les condamnés tombent dans un puits aux parois lisses, jusque dans l'eau, où ils se noient et servent de nourriture aux poissons. Les exécutions sont ainsi effectuées hors de la vue du public... et des caméras.

La princesse Modesta souhaitait supprimer la peine de mort, et faire détruire le Tiksokk. Son garde du corps et amant, l'androïde Argal, le lui déconseilla. Modesta s'entêtant, la gynoïde Wagaba lui dit tout net qu'il n'en était pas question, et la discussion s'arrêta là.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyDim 21 Mar 2021 - 19:24

La deuxième nuit, la princesse Modesta et l'androïde Argal devinrent amants. Cela se fit tout naturellement, et pour la première fois depuis trois jours Modesta se sentit réellement heureuse et optimiste pour l'avenir.

La journée commença de façon surprenante. La gynoïde Wagaba emmena Modesta et Argal dans une partie éloignée du palais, où des androïdes portant l'uniforme beige de la Garde Royale la filmèrent devant un écran vert. Wagaba lui demanda de marcher et de se retourner devant l'écran, de s'asseoir et de se lever d'une chaise, et de lire des listes de mots.

“Nous avons décidé de moderniser les entretiens filmés,” expliqua Wagaba. “Nous avons assez d'images de vous et d'enregistrements de votre voix pour réaliser des vidéos en deep fake.”

- C'est quoi, le diipfeik ? Je ne connais pas ce mot...

- Ce n'est pas du mnarruc, princesse, c'est de l'anglais, une langue que vous parlez couramment.

- Je ne connais pas tous les termes techniques.

- Afin de vous épargner une longue et ennuyeuse explication, je dirai simplement qu'avec ce que nous avons filmé ce matin, et avec les anciennes vidéos de Mers Fengwel discutant avec votre père, nous pouvons faire toutes les vidéos possibles de discussions entre vous et Mers Fengwel, sans que vous ayez besoin de vous déranger pour le rencontrer en personne... Nous pouvons aussi faire en deep fake des interviews de vous avec un journaliste. Aujourd'hui, nous vous avons filmée devant un écran vert pour pouvoir insérer n'importe quel décor au montage... Le Salon Jaune, par exemple, mais aussi un restaurant, un jardin...

- Dis donc, Wagaba, tu ne me feras pas dire n'importe quoi, dans ces vidéos, j'espère ? J'ai quand même mon mot à dire ! Et il faudra que Mers Fengwel aussi soit d'accord sur le contenu !

- Ne vous inquiétez pas, princesse, Mers Fengwel est payé grassement pour faire les vidéos, il ne fera pas le difficile, d'autant plus qu'il n'aura même plus besoin d'apprendre son texte. En ce qui concerne votre personne, je peux vous rassurer. Nous vous ferons dire infiniment moins de bêtises que vous n'en diriez vous-même si on vous laissait parler. Notre objectif est de faire croire aux Mnarésiens, et même au monde entier, que la princesse Modesta, régente du Mnar, est aussi intelligente et capable que l'était son père.

“Salope !” dit Modesta d'une voix sifflante, en toisant la gynoïde, qui faisait presque une tête de moins qu'elle. Tremblante de rage, elle croisa les bras pour se retenir de gifler la détestable  créature.

“Princesse la séance est terminée,” dit Wagaba en faisant comme si elle n'avait rien entendu. “Vous voyez qu'elle a été brève. Il y a une raison à cela. Depuis trois jours que nous vivez au palais, mes collègues et moi nous vous enregistrons, visuellement et en audio. Nos cerveaux cybernétiques nous permettent de le faire. Avec cette séance, nous avons assez de matériel pour faire les vidéos. Normalement, nous n'aurons plus besoin de vous embêter avec ça.”

Croisant le regard soudainement triste de Modesta, Wagaba ajouta :

- Princesse, excusez mon insolence de tout à l'heure. Je n'avais pas l'intention de vous blesser, c'était juste de la franchise. Vous êtes très importante pour nous, en tant que régente du royaume, et le travail que nous faisons avec vous passe avant tout. La franchise est nécessaire pour que la qualité du travail soit optimale. C'est du moins notre façon de faire, à nous les cybersophontes. Le roi Andreas s'était habitué à ma franchise, il disait même qu'il l'appréciait.

Modesta mit ses mains devant ses yeux, pour cacher ses larmes. Baissant la tête, elle dit d'une voix mal assurée :

- Wagaba, tu me traites comme une esclave, alors que normalement c'est toi l'esclave, tu n'es qu'un robot humanoïde, une machine... Je n'en peux plus de cette vie, je veux redevenir comme avant... Je ne veux plus devenir reine...

Wagaba et les androïdes de la Garde Royale s'éclipsèrent. Argal, qui était resté à l'écart, s'approcha de Modesta et la prit par les épaules.

“Ma chérie,” dit-il d'une voix lente et basse, “Tu ne peux pas revenir en arrière... Tu appartiens au royaume, comme ton père avant toi. Comme un soldat mobilisé pour aller à la guerre. C'est dur, la vie que tu dois mener, mais c'est nécessaire, pour le bien du royaume, et il y a des compensations...”

- De quel genre de compensations est-ce que tu parles, Argal ? Mon père profitait de sa situation pour sauter les plus belles femmes de la cour, tout le monde le sait... C'était ça ses compensations à lui, et il s'en vantait. Il me faisait honte. Moi je veux juste être une femme heureuse. Avoir des enfants... Et avec toi je ne peux pas en avoir, puisque tu es un robot.

- Tu auras des enfants, ma princesse. Par insémination artificielle s'il le faut. Mais il faudra préparer le peuple à accepter que sa régente, sa future reine, ait un androïde pour compagnon et se fasse inséminer pour avoir des enfants. Mais il l'acceptera, ne t'inquiète pas. Tout le monde savait que le roi Andreas vivait avec la gynoïde Wagaba. Dans quelques mois, ou l'année prochaine, si tu veux encore de moi comme amant, nous commencerons à laisser fuiter l'information.

“Tu me proposes des enfants par insémination artificielle ? Avec le sperme de qui ?” demanda Modesta, méfiante.

- Tu n'auras qu'à choisir l'homme que tu voudras, ma chérie. Célibataire ou marié, jeune ou vieux, peu importe, tu es la régente. Il sera convoqué à Potafreas, et il devra s'exécuter, donner sa semence. L'infirmerie de la résidence empruntera à l'hôpital Madeico tout ce qu'il faut pour faire ce genre de prélèvement. Ils savent y faire, à Madeico, parce qu'à Hyltendale, beaucoup de femmes robophiles choisissent d'avoir des enfants par insémination.

Il y eut un moment de silence, pendant que Modesta réfléchissait à ce qu'Argal venait de dire. Puis, le visage pressé contre la poitrine de l'androïde, elle se mit à rire, d'un petit rire nerveux.

“Quand on se fait inséminer, est-ce qu'on peut choisir le sexe de l'enfant ?” demanda-t-elle.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptySam 10 Avr 2021 - 22:09

La princesse Modesta, régente du Mnar, s'habituait déjà à sa vie au Palais Royal. Elle avait pris l'habitude de recevoir deux ou trois fois par semaine ses amies étudiantes pour prendre le thé, ce qui était l'occasion pour elle de se laisser aller, de rire, de glousser et de pouffer comme la joyeuse jeune femme qu'elle était.

Le reste de son temps, elle le passait avec Argal Kertawen, l'androïde qui était à la fois son garde du corps et son amant, avec la gynoïde Wagaba Jabanor, l'ancienne concubine de son père le roi Andreas, et avec Baron Chim, l'androïde au visage de noble vieillard, qui était son assistant après avoir été celui du roi. Wagaba transmettait à Modesta les ordres donnés par Kamog, le maître des cybersophontes. Personne n'a jamais rencontré Kamog, et certains disent qu'il n'existe pas.

Modesta signait sans les lire les documents que Wagaba posait sur son bureau, et visionnait des vidéos réalisées en deep fake où elle discutait de choses compliquées avec des gens que parfois elle n'avait jamais rencontrés. Wagaba, Argal et Chim lui expliquaient que ces vidéos étaient nécessaires pour donner d'elle l'image du chef d'État qu'elle était devenue depuis que son père était dans tombé dans un coma dont il ne sortirait jamais.

Chaque jour, Modesta faisait du sport, ou s'entraînait avec Wagaba, Argal et Kim à jouer son rôle de régente, comme une actrice, et c'était un travail qu'elle aimait bien. Elle menait une vie agréable mais trop routinière pour elle, c'est pourquoi elle décida d'aller passer quelques jours à Potafreas, la résidence campagnarde construite par son père à proximité d'Hyltendale, la grande ville près de la côte sud du Mnar. Ce serait aussi l'occasion pour elle de rencontrer les personnalité locales à l'Adria Nelson, le club le plus huppé de la ville.

À Hyltendale, la prochaine visite de la jeune régente — Modesta n'avait que vingt-deux ans — était l'objet de toutes les conversations. Wagaba avait fait une liste d'environ deux cent personnes qu'elle comptait inviter à Potafreas, dont un certain nombre d'agents des cybersophontes, notamment l'homme d'affaires Yohannès Ken, le docteur Lorenk , la conseillère municipale Perrine Vegadaan et l'inévitable Mers Fengwel.

Hottod Wirdentász était aussi invité, ce qui était assez surprenant, vu son statut social assez modeste d'assistant de Yohnnès Ken au sein de la société Wolfensun. Mais Wagaba et Kim avaient décidé que ce serait une bonne chose pour l'image internationale de Modesta qu'elle soit filmée en compagnie d'un jeune Moschteinien plus présentable que Mers Fengwel, qui avait dans son pays d'origine la réputation, justifiée, d'être un vieux débauché corrompu.

Toutefois, Hottod Wirdentász avait une fiancée, nommée Sofia Briccone, qui posait problème. Sofia était une citoyenne des Îles Romanes, ce qui n'était pas gênant, mais c'était aussi une semeuse de catastrophes, qui avait fait quelques mois de prison au Mnar pour avoir brûlé en public un portrait du roi Andreas. Suite à un concours de circonstances, elle était également recherchée par la CIA, ce qui, en pratique, l'empêchait de quitter le Mnar. Pour Wagaba, la solution était simple, la demoiselle Briccone ne figurerait pas sur la liste des invités, et c'était tout.

Hottod Wirdentász et Mers Fengwel se connaissaient et étaient amis, autant qu'un jeune homme de vingt-cinq ans, plutôt cérébral et foncièrement sain, peut l'être avec un ripoux ventripotent et sexagénaire. Hottod avait appris facilement le mnarruc, mais pas Fengwel, qui se débrouillait avec l'anglais, la langue étrangère la plus pratiquée au Mnar.

Quelques jours avant la venue de la princesse Modesta à Potafreas, Hottod donna rendez-vous à Fengwel dans un bar du centre-ville d'Hyltendale et lui remit un petit paquet enrobé de papier gris.

“J'ai acheté pour vous quelque chose qui devrait vous intéresser : une traduction en moschteinien des Manuscrits Pnakotiques !” lui dit-il.

Fengwel le remercia chaleureusement. Les Mnarésiens sont fiers de leur culture et mentionnent sans arrêt les Manuscrits Pnakotiques. Fengwel, dans le cadre de ses efforts pour essayer de comprendre la culture locale, avait essayé d'en lire une traduction anglaise, mais sa connaissance malgré tout limitée de cette langue, jointe à l'étrangeté du texte sacré, l'avaient rebuté.

Il ouvrit le paquet. Il contenait un livre, de format poche, assez épais. Le dos de l'ouvrage portait un texte imprimé :

Réputés difficiles et abscons, les Manuscrits Pnakotiques ont, des Temps Légendaires à nos jours, suscité une masse considérable d'études. Cette difficulté est même devenue une fin en soi : elle attise la curiosité plus qu'elle ne décourage les exégètes. Depuis longtemps la tradition érudite se contente d'approcher le sens par approximation synonymique, l'essentiel étant de comprendre à peu près ou en gros. De la même façon que depuis des siècles l'auditoire mnarésien s'intéresse avant tout à la pyrotechnie verbale offerte à son attention, les traducteurs en langues occidentales se soucient uniquement de l'effet général produit par la transposition en leur langue de textes issus d'un monde fort éloigné du leur. Il s'agit moins en l'occurrence de comprendre que de partager une expérience autant spirituelle que mythologique avec ses contemporains. Entre contingence (linguistique, culturelle, historique) et nécessité (sémantique et herméneutique), les Manuscrits Pnakotiques accèdent à une signification ésotérique transcendant le sens proprement dit. Faute de comprendre (bien ou vraiment), le traducteur recompose et crée, en donnant forme à un métatexte, évocateur et suggestif, lequel inclut le paratexte, autrement dit un texte second ou nouveau renfermant tout ce que son auteur a compris et pense devoir transmettre de cette compréhension. La traduction se révèle ainsi sémiologie de l'entendement subjectif.

“Je pense que je lirai ce bouquin quand je serai vraiment en forme,” soupira Fengwel. “Tout de même, c'est bien de voir que le Moschtein ne manque pas d'universitaires de haut niveau, comme le traducteur de ce texte sacré. Il paraît que même les Mnarésiens ont dû mal à lire les Manuscrits Pnakotiques dans le texte originel, ils lisent des traductions en mnarruc moderne... ”

- C'est une traductrice, M'sieur Fengwel, pas un traducteur. Elle s'appelle Gidrel Vitoch. J'ai fait quelques recherches sur le Web, aux dernières nouvelles elle enseignerait le moschteinien à l'université de Céléphaïs. C'est une Moschteinienne expatriée au Mnar, comme nous.

- Bon, je vais essayer de lire le bouquin. Au fait, j'ai vu que nous sommes invités tous les deux à Potafreas. Je vais y aller avec Virna, les compagnes et compagnons humanoïdes sont acceptés, c'est marqué sur le carton d'invitation. La princesse Modesta elle-même ne va jamais nulle part sans l'androïde qui lui sert de garde du corps. Ça fait jaser, tu sais aussi bien que moi que les Mnarésiens sont les pires langues de putes de la Terre. Modesta s'en fout, et je la respecte pour ça. Et toi, Hottod, est-ce que Sofia va t'accompagner ?

- Elle n'est pas invitée, du coup elle m'a fait une scène terrible ! Je pense qu'elle a peur que je me laisse séduire par une jeune amie de Modesta... C'est quand même bête, toutes les femmes me regardent depuis que je suis avec Sofia, alors qu'avant, bernique.

- J'ai connu ça avant toi...

- Sofia m'a crié dessus, elle veut y aller aussi, pourtant elle déteste la monarchie ! Si elle ne peut pas aller à Potafreas, elle veut que je refuse l'invitation. Je lui ai expliqué qu'au Mnar, une invitation à Potafreas, ça ne se refuse pas... Rien à faire, elle ne veut rien comprendre. Elle a pourtant fait des études de haut niveau, mais quand elle est sous le coup de l'émotion, on dirait qu'elle met son cerveau en veilleuse... Elle m'a dit que si j'y vais, elle va y aller aussi, avec ou sans invitation !

- Je peux régler ça, Hottod, j'ai des contacts avec les cybersophontes, comme tu le sais. Je vais la faire rajouter sur la liste des invités, ils ne peuvent pas me refuser ça... Après, il n'y aura plus qu'à espérer qu'elle ne fasse pas de gaffe devant la princesse... Et qu'elle ne se crêpe pas le chignon avec une jeune Mnarésienne pâmée d'admiration devant tes yeux d'azur et tes cheveux blonds...

- C'est justement ça qui me fait peur, Monsieur Fengwel... Sofia est une Romanaise, elle est très impulsive...

- Ne t'inquiète pas Hottod, c'est toujours les choses dont on a peur qui n'arrivent jamais ! Crois-en ma vieille expérience ! Fais comme les Mnarésiens, une petite prière à Yog-Sothoth, et hop, fini l'angoisse !
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyJeu 20 Mai 2021 - 22:37

Les problèmes, c'est bien connu, arrivent toujours quand on s'y attend le moins. Ce jour-là, juste après l'aube, Modesta, assise sur un tabouret devant le miroir mural de sa salle de bain, était en train de se maquiller, simplement vêtue d'une nuisette transparente. Elle entendit frapper à la porte. C'était la gynoïde Wagaba, Modesta reconnut sa voix de robot, aussi désincarnée que les messages enregistrés que l'on entend dans les gares et les ascenseurs :

- Princesse, c'est urgent et très important, je dois vous parler.

“Je suis occupée !” répondit Modesta, irritée.

La gynoïde entra sans attendre d'en avoir reçu la permission.

“Princesse,” dit-elle sans préambule, “Une catastrophe est arrivée. Vous excuserez mon intrusion.”

Comme souvent depuis qu'elle vivait au palais royal de Sarnath, Modesta se sentit submergée par l'émotion. D'une part, la colère contre Wagaba qui n'avait pas respecté le protocole, et d'autre part, l'angoisse devant ce qu'elle allait apprendre. Son père le roi Andreas était-il mort ? Cela faisait déjà longtemps qu'il était dans le coma, et Modesta était prête à entendre la nouvelle de son décès. Cela voudrait dire qu'elle serait reine du Mnar, et non plus seulement régente...

- Quelle catastrophe ? Explique-toi, vite !

- Kibikep. Le monde entier vient d'apprendre la vérité.

Voyant le regard vide de la princesse, Wagaba lui expliqua en quelques mots :

- Il y a six mois, alors que votre père régnait encore, la ville de Kibikep, dans l'Ooth-Nargaï, était l'un des derniers réduits des fanatiques de Yog-Sothoth. Après des années de guerre, nous les avons vaincus, comme vous le savez. Le problème que posait Kibikep a été résolu en une nuit. Notre service de propagande a raconté que des régiments robotisés de l'armée royale avaient repris la ville après une dure bataille, et que les habitants s'étaient tous enfuis putôt que de se rendre. Depuis lors, Kibikep est en travaux, le plan est d'en faire un petit Hyltendale de la côte est, avec une population d'humains et de robots humanoïdes qui ne dépassera pas le quart de ce qu'elle était auparavant.

- Et tu me déranges pour ça ? Je m'en souviens, j'avais vu ça aux informations télévisées. J'étais encore étudiante à l'époque, et je ne me suis pas posée de questions. Kibikep, pour moi ce n'était qu'un nom, une ville moyenne dans une province éloignée. Franchement, ce genre de nouvelle ne m'intéressait pas beaucoup. Nous avions déjà gagné quand nous avons pris la ville, non ?

- C'et vrai, mais nos services de propagande n'avaient pas tout dit, princesse. La vérité c'est que cette nuit-là, nos drones robotisés ont largué des bombes à gaz sur Kibikep. Les cent mille habitants sont morts. Nos robots et androïdes ont isolé la ville et mis des semaines à faire disparaître les cadavres. Nous ne pouvions pas nous vanter d'un tel massacre, d'autant plus qu'il avait été planifié à l'avance.

- Il y a des morts dans toutes les guerres, Wagaba... Je n'étais qu'une jeune adolescente pendant les Evènements, mais je me souviens combien mon père avait peur pour moi, sa fille unique depuis que mes deux frères sont morts dans un accident de voiture. Il nous avait envoyées, ma mère et moi, dans un refuge secret. Il avait peur que nous soyons violées et tuées par les rebelles, si nous étions capturées. Oh, que d'angoisses, il y avait des traîtres partout, nous n'avions confiance que dans les humanoïdes qui nous protégeaient. Alors maintenant je dis que si mon père a donné son accord pour gazer Kibikep, c'est qu'il avait ses raisons.

- Certes, mais le monde voit l'évènement d'un autre œil. Tous les habitants de Kibikep sont morts, même les enfants. Et la Terre entière sait que le gouvernment mnarésien a planifié le massacre.

- C'était mon père qui régnait, pas moi, quand Kibikep a été gazé ! Maintenant mon père est dans le coma, il va mourir sans reprendre connaissance, les médecins l'ont dit !

- Je sais bien, princesse, mais pour le monde entier cela ne fait pas de différence, il s'agit du même gouvernement avec une nouvelle tête, la vôtre, si je  puis me permettre. Les services secrets américains ont découvert la vérité, on ne sait pas comment. De leur côté, les Aneuviens sont arrivés à la même conclusion, apparemment avec des moyens  différents. Le Mnar risque d'être mis au ban des nations...

- Nous y sommes déjà, non ?

- Pas tout-à-fait, princesse. Nous sommes juste au dessus de la Corée du Nord, en terme de respectabilité. Ce n'est pas grand-chose, vous en conviendrez, et avec cette histoire, nous risquons d'avoir contre nous une coalition de toutes les nations du monde. Les Américains ne rêvent que de ça depuis des années...

- On n'a qu'à montrer des gens à la télé, et leur faire dire que ce sont d'anciens habitants de Kibikep qui ont quitté la ville pendant la bataille !

- Ça ne ferait pas illusion longtemps, princesse. Leur véritable identité serait vite révélée sur les réseaux sociaux, que nous ne contrôlons pas. Kamog m'a autorisée à vous dire que même lui est préoccupé.

Modesta se sentit mal à l'aise. Kamog est le maître caché des cybersophontes. Personne ne l'a jamais vu, mais tous les cybersophontes, les êtres pensants artificiels dont la gynoïde Wagaba fait partie, lui obéissent. Pour un être humain comme Modesta, simplement connaître l'existence de Kamog, c'est déjà savoir quelques chose qui ne doit pas être révélé.

“Il faut que je sois ce soir à Potafreas, il y aura deux cents invités, plus les humanoïdes qui les accompagneront. Je vais être obligée de faire bonne figure devant eux ! J'ai déjà répété deux fois mon discours, comment je vais faire maintenant s'il faut le modifier ?” gémit Modesta.

- Ne changez rien à votre discours, princesse. Vous verrez, si vous ne parlez pas de Kibikep, vos invités feront semblant de ne rien savoir, eux non plus. Mais vous verrez l'angoisse sur leurs visages...

Modesta ne put s'empêcher de glousser en imaginant la scène.

“Toutefois,” ajouta Wagaba, “il y aura aussi une demi-douzaine de diplomates étrangers, et des journalistes, dont certains sont étrangers eux aussi... Mais peut-être décideront-ils de boycotter l'invitation, après ce que les médias viennent de révéler au sujet de Kibikep...”

- Eh bien, tant mieux s'ils ne viennent pas, tous ces cons ! Maintenant, sors de ma salle de bain, Wagaba, je n'ai pas fini de me préparer.

Toute princesse qu'elle était, Modesta avait prévu de faire les 750 km séparant Sarnath de Potafreas en train. Une heure après sa conversation avec Wagaba, une voiture blindée l'emmena du palais jusqu'à la Gare Centrale de Sarnath, sous la protection d'androïdes de la Garde Royale dans des véhicules militaires. Arrivée à la gare, toujours accompagnée d'androïdes armés, elle prit un train spécial, réservé pour elle et sa suite, qui l'emmènerait jusqu'à la Gare Centrale d'Hyltendale en cinq heures. À Hyltendale, sous la protection d'une autre unité de la Garde Royale, une voiture l'emmènerait jusqu'à la résidence royale de Potafreas, à vingt kilomètres au nord-est de la ville.

Dans le train, Modesta s'installa dans la suite de compartiments luxueusement aménagés — sièges recouverts de cuir de buffle, tables et panneaux de bois verni rouge sombre, ornés d'arabesques de métal argenté — qui avait été autrefois utilisée par son père. Tout était prévu pour qu'elle puisse, au choix, se reposer, travailler, se restaurer, prendre un bain, ou même faire du sport dans la petite salle de gym.

Pendant tout le voyage, des drones intelligents survolèrent et précédèrent le train, par sécurité. Le garde du corps de Modesta, l'androïde Argal, qui était aussi son amant, restait près d'elle, efficace et discret. La gynoïde Wagaba et l'androïde Chim veillaient à ce que tout se passe bien. Personne d'autre n'avait le droit de parler à la princesse.

La réception prévue pour le soir-même à Potafreas, et dont Modesta s'était fait une joie, prenait de plus en plus l'allure d'une épreuve. Modesta lisait la presse étrangère sur un ordinateur mis à sa disposition, et ce qu'elle y apprenait n'avait rien de rassurant.

Les gaz toxiques n'avaient pas fait effet immédiatement sur les habitants de Kibikep qui étaient éveillés au moment de l'attaque, vers trois heures du matin. Il y a toujours des gens qui ne dorment pas à trois heures du matin. Certains sont chez eux, mais d'autres sont de service dans les hôpitaux, les casernes de pompiers, les commissariats de police. Ceux-là, avant de mourir, avaient eu le temps d'utiliser leurs smartphones, et d'envoyer d'ultimes messages angoissés, et même des vidéos.

Les gaz mortels, inodores et invisibles, avaient été répandus en plusieurs vagues d'attaque par les drones, si bien que l'agonie de la ville avait duré plusieurs heures. Certains habitants avaient essayé de s'enfuir, mais ils avaient été tués par les robots de combat de l'armée royale. D'autres avaient filmé leur propre mort. Les services secrets américains avaient rassemblés des milliers de messages et de vidéos, sans doute interceptés par des satellites de surveillance, et les avaient rassemblés en plusieurs documentaires accablants.

Le Président des États-Unis réclamait déjà une action militaire de toutes les nations du monde contre le Mnar, et il n'était pas le seul. Il avait fait rappeler les réservistes de la Garde Nationale et mis toute l'armée américaine en état d'alerte.

Sur tous les continents, les grandes chaînes de télévision avaient invité des généraux à la retraite, qui expliquaient, arguments techniques à l'appui, comment les armées de la coalition qui était en train de se former pouvaient attaquer et vaincre le Mnar en quelques jours. Des juristes et des politiciens citaient déjà les noms des Mnarésiens de haut rang qu'il faudrait juger et condamner après la victoire. Le nom de Modesta était souvent cité.

“Si elle savait, elle mérite d'être pendue,” titrait un journal américain très influent. Modesta se sentit glacée d'horreur. Les journalistes avaient ressorti des photos d'elle, depuis qu'elle avait seize ans. Les professionnels des médias n'oublient jamais que la beauté féminine, ça fait vendre de la copie et ça attire des téléspectateurs. Surtout si on insinue, contre toute vraisemblance, que la jolie princesse de vingt-deux printemps est complice des crimes de son père.

Modesta avait eu suffisamment d'amoureux, et ensuite d'amants, pour se rendre compte que les articles qui parlaient d'elle avaient pour but, au moins secondaire, de faire fantasmer les messieurs. Elle ne se reconnaissait pas dans la description qui était faite d'elle, celle d'une beauté juvénile, sensuelle et sadique, une surdouée maléfique, régnant d'une main de fer, malgré son jeune âge et son manque d'expérience, sur un pays de soixante millions d'habitants. Il était même indiqué qu'en prenant l'intérim de son père elle s'était “débarrassée” de son ancien amant, le duc Saufeio. Dans la réalité ils avaient simplement rompu, et pour ce que Modesta en savait, Saufeio se portait très bien, merci pour lui, entre sa femme et ses maîtresses.

“Tout cela me terrifie,” dit Modesta à Argal.

Elle s'attendait à ce que l'androïde la rassure, mais il se contenta de lui dire :

- Être roi, c'est être un guerrier. Les rois, dans tous les pays du monde, ont toujours été choisis parmi les guerriers. Le roi Andreas était un guerrier, il a gagné la guerre contre les fanatiques de Yog-Sothoth. Modesta, le moment est venu pour toi d'agir en guerrière. Dans quelques heures, à Potafreas, tu seras devant tes deux cents invités, et presque autant d'humanoïdes. Tu es en position de force, les humanoïdes sont de ton côté, personne n'osera troubler la fête. Tu montreras ainsi que rien ne peut te déstabiliser.

Modesta le regardait en écarquillant les yeux et en hochant la tête. Elle n'arrivait plus à réfléchir, comme un chevreuil pris dans les phares d'une voiture.

“C'est une crise très grave, mais tous les cybersophontes sont en train de travailler pour la résoudre,” dit Argal. “Modesta, tu dois te reposer le corps et l'esprit. Allons nous allonger sur le lit, et viens te blottir dans mes bras, nous écouterons ta musique préférée. Il nous reste encore deux heures avant d'arriver à Hyltendale.“

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyJeu 20 Mai 2021 - 23:36

J'voudrais pas être à la place de la Régente !

Soit elle avoue tout, renie ses fonctions, son père et abdique, ce qui lui est impossible, à cause de l'implant*. en plus elle perdrait la face vis à vis des cybersophontes, mais elles pourrait mourir en martyre, si la Propagande fait efficacement son travail.

Soit c'est la fuite en avant et elle nie l'évidence, au risque de ruiner son pays, sans oublier les centaines de milliers de morts que pourrait provoquer une guerre.

Les cybersophontes pourront-ils résister au monde entier. Car je suppose qu'y a pas que  les USA, y a aussi la Russie, la Chine, l'Inde, le Japon...


*La solution, en fait, c'est les cybersophontes qui l'ont. Ils pourraient épargner Modesta en ne faisant pas réagit l'implant.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 26 Mai 2021 - 17:30

Le train royal entra dans la Gare Centrale d'Hyltendale en milieu d'après-midi. Une quarantaine de soldats androïdes de la Garde Royale étaient arrivés en avance pour sécuriser les lieux, ce qui avait attiré plusieurs dizaines de curieux, désireux de voir la princesse Modesta en chair et en os.

Modesta, princesse royale et régente du Mnar, descendit du train sous les applaudissements. De haute stature et bien charpentée, ses longs cheveux noirs flottant sur ses épaules, elle portait un manteau de voyage de gabardine grise par dessus sa longue robe. Malgré la simplicité de ses vêtements et son jeune âge, elle donnait une impression de majesté, renforcée par la présence des androïdes qui faisaient comme un écrin. Des applaudissement éclatèrent spontanément, auxquels elle répondit par un sourire.

“Comme elle est jeune !” s'exclama quelqu'un. L'enthousiasme de la foule était tempéré par la crainte, car les menaces de guerre avec les États-Unis étaient dans tous les esprits. Une inquiétude sourde gâchait l'atmosphère : la nouvelle régente n'était-elle pas beaucoup trop jeune et inexpérimentée pour faire face à une situation aussi grave ?

Parmi les spectateurs, beaucoup remarquèrent qu'il n'y avait pas un seul être humain dans l'entourage de la princesse, uniquement des humanoïdes. Certains reconnurent Wagaba, l'ancienne concubine du roi Andreas, vêtue d'une jupe noire et d'une blouse grise, comme la simple servante qu'elle était redevenue. Chim, l'ancien émissaire du roi, était lui aussi vêtu comme un serviteur, d'un pantalon noir et d'une blouse grise. Ils portaient les sacs de voyage de la princesse. Un troisième humanoïde portait un costume noir et une cravate. C'était Argal, le garde-du-corps de Modesta. Personne, parmi le public, ne connaissait encore son nom.

Séparée de la foule par les imposants Gardes Royaux en uniforme beige et casque de camouflage, Modesta n'eut pas l'occasion de communiquer avec ses sujets, car elle s'engouffra immédiatement dans la voiture blindée qui devait l'emmener à Potafreas.

Pendant ce temps, deux cents humains et presque autant d'humanoîdes se préparaient à aller à Potafreas, pour participer au cocktail offert par la princesse Modesta aux habitants d'Hyldendale considérés comme des amis de la royauté. Il y avait des élus, des hauts fonctionnaires, des diplomates étrangers, des journalistes, et des gens qui étaient, à tort ou à raison, considérés comme des notables proches du pouvoir.

Parmi les invités étrangers, il y avait deux Moschteiniens et une Moschteinienne : 

Mers Fengwel, ami du roi Andreas et ancien député fédéral, recherché pour corruption dans son pays, et Hottod Wyrdentász, un jeune et brillant employé de la société Wolfensun, dont le patron mnarésien, Yohannès Ken, était impliqué dans tous les coups tordus des cybersophontes. Fengwel était accompagné par sa gynoïde, la blonde Virna, et Hottod par sa fiancée romanaise, Sofia Briccone, qui n'était absolument pas une amie de de la monarchie, bien au contraire, mais qui n'avait pas voulu que son fiancé se rende à Potafreas sans elle.

La Moschteinienne, Gidrel Vitoch, était professeure à l'université de Céléphaïs, en voyage d'étude à HYltendale. Sa renommée en tant que spécialiste de l'histoire linguistique et religieuse du Mnar lui avait valu d'être invitée.

Azdán Gergolt, un autre Moschteinien, président du club de golf le plus réputé de la province, avait été invité lui aussi, mais il n'était pas disponible. Quant aux diplomates moschteiniens résidant à Hyltendale, ils avaient refusé l'invitation, leur gouvernement ayant sévèrement condamné le gazage des habitants de Kibikep.

“Gergolt est à Baharna,” dit Fengwel à Hottod et Sofia. “Il a des relations que je n'ai pas, dans le petit milieu des joueurs de golf. Il a été mis au courant des rumeurs de guerre avant tout le monde, par ses contacts avec les Américains. Il a pris l'hydravion pour Baharna ce matin. Il m'a dit qu'il voulait acheter une maison de campagne là-bas, un refuge pour le cas où ça tournerait mal au Mnar.”

L'île de Baharna est un petit royaume indépendant, au large de la côte sud du Mnar. On y parle un dialecte mnarruc. Hottod ricana. Tout comme Fengwel et lui-même, Gergolt était bien placé pour savoir ce qui s'était passé à Kibikep. Ils s'étaient rendus tous les trois dans la ville, peu de temps après le gazage de la population, pour investir dans l'immobilier local. Les cent mille morts avaient laissés derrière eux leurs logements, en quittant le monde des vivants, et ces logements n'étaient pas perdus pour tout le monde. Fengwel en tant qu'ami du roi, Hottod en tant que représentant de la société Wolfensun, très liée aux cybersophontes, et Gergolt grâce à ses relations, avaient été conviés à participer au projet immobilier, très lucratif, dont l'objectif était de repeupler Kibikep d'une façon conforme aux souhaits du pouvoir royal.

“J'espère que ce n'est pas Gergolt qui a balancé aux services secrets étrangers,” murmura Fengwel en moschteinien. “Cela expliquerait son départ précipité du Mnar...”

Sofia, qui ne comprenait pas le moschteinien, était atterrée. Le matin même, Hottod lui avait avoué qu'il était au courant depuis longtemps du massacre des habitants de Kibikep par l'armée royale. Il faisait même partie de ceux à qui l'on avait proposé d'en profiter financièrement. Sofia avait crié, puis pleuré, avant de s'effondrer, le corps secoué de sanglots.

Les Moschteiniens sont un peuple du nord, ils manifestent peu leurs émotions, contrairement aux Romanais, qui sont très méditerranéens. Hottod avait remarqué que Sofia avait certes crié et pleuré, mais ni plus fort ni plus longtemps qu'en d'autres circonstances moins tragiques. Il ne s'était donc pas laissé déstabiliser.

Sofia ne pouvait pas quitter Hottod pour rentrer aux Îles Romanes pour deux raisons. La première, c'est qu'elle était recherchée par la CIA, étant suspectée d'être responsable de l'incarcération au Mnar d'un groupe de jeunes Américains. Elle savait qu'elle serait arrêtée dès qu'elle mettrait un pied hors du Mnar. La deuxième raison, c'était qu'elle s'était rendue compte, quelques jours auparavant, qu'elle était enceinte.

Elle considérait désormais Hottod comme un monstre, mais elle n'avait pas le choix. Elle devait rester avec lui, pour l'enfant qui allait naître, et pour sa propre vie. Sans Hottod, elle n'aurait aucune ressource, et elle tomberait vite dans la misère. Elle savait qu'alors, en tant qu'étrangère, elle serait expulsée vers Hyagansis, dont personne n'est jamais revenu. Au Mnar, être sans logis et sans ressources, cela s'appelle du parasitisme, et c'est un délit.

Les trois Moschteiniens, Mers Fengwel, Hottod Wyrdentász et Gidrel Vitoch, la Romanaise Sofia Briccone et la gynoïde Virna se retrouvèrent ensemble dans l'un des minibus affrétés pour transporter les invités jusqu'à Potafreas, les Mnarésiens ayant visiblement choisi de rassembler les passagers en fonction de leurs affinités supposées.

Sofia en voulait à Hottod, qu'elle considérait comme complice des crimes commis par le pouvoir mnarésien. Elle ne l'aimait plus, au point de ne pas avoir envie de s'asseoir à côté de lui, mais en même temps elle ne voulait pas risquer de le perdre, cela aurait été catastrophique pour elle, d'où sa jalousie maladive. Elle alla s'asseoir à côté de Gidrel Vitoch, qu'elle ne connaissait pas.

Gidrel était une femme d'une cinquantaine d'années, mince et de taille moyenne, avec des cheveux blond cendré et de grands yeux ronds, de couleur jaune-vert, derrière ses .lunettes. Des yeux de chouette se dit Sofia. La Moschteinienne portait une robe jaune et blanche sous sa veste noire, et au majeur de la main gauche, une bague ornée d'une grosse pierre orange, une cornaline.

Les deux femmes discutèrent en mnarruc pendant le trajet. Sofia apprit ainsi que Gidrel parlait sept langues, mais malheureusement pas le romanais. Assis devant elles, Hottod et Mers étaient tout heureux de pouvoir discuter en moschteinien, leur langue maternelle. La gynoïde Virna, qui ne parlait officiellement que le mnarruc et l'anglais, était assise toute seule et regardait le paysage.

Le minibus, conduit par un chauffeur androïde, sortit de l'agglomération et traversa une zone agricole. Au loin, des robots ressemblant à des araignées géantes travaillaient dans les champs. La route était déserte, à part d'autres minibus semblables aux leurs, qui se dirigeaient eux aussi vers Potafreas. Ils entrèrent ensuite dans une région boisée. Un moment, le chauffeur dut ralentir pour ne pas heurter un sanglier géant, sans doute le résultat de manipulations génétiques effectuées par les cybersophontes dans leurs laboratoires.

“Je suis enceinte,” dit Sofia à Gidrel. “Mon enfant sera mnarésien. J'aimerais bien qu'il parle le romanais, mais je ne sais pas comment faire, je parle déjà anglais et mnarruc avec mon compagnon, qui est de langue moschteinienne, je ne veux pas perturber l'enfant.”

“Le mieux c'est que votre enfant, quand il sera né, parle la langue du Mnar, puisqu'il y passera probablement sa vie,” dit Gidrel d'une voix prudente.

“Mais je ne veux pas qu'il soit mnarésien ! Je suis ici contre mon gré,” dit Sofia, toujours impulsive. “Je voudrais tant rentrer aux Îles Romanes, avec mon enfant...”

- Qu'est-ce qui vous en empêche ?

- Ce serait trop long à expliquer. Je suis bloquée dans ce pays que je... Je veux dire, où je n'ai pas de racines.

- Les États-Unis vont sans doute attaquer le Mnar. Si c'est le cas, nous risquons de nous retrouver en plein chaos, et il vaudra mieux quitter le pays, quelle que soit votre situation personnelle. Je vous avoue que ces rumeurs de guerre m'angoissent, comme tout le monde.

“Vous croyez que le Mnar sera envahi par les Américains ? Comme l'Irak autrefois ?” demanda Sofia, très inquiète car elle savait que dans ce cas, Hottod et Fengwel seraient certainement arrêtés et emprisonnés par les troupes d'occupation. Et elle aussi sans doute, puisqu'elle était recherchée par la CIA.

- Franchement, j'espère qu'on évitera ce désastre. Je vis bien, à Céléphaïs. Mon seul problème, c'est que je suis seule. J'ai toujours eu des soucis avec les hommes. Je suis une intellectuelle de très haut niveau, et ces messieurs n'aiment pas être supplantés. Ce que j'aimerais faire, c'est habiter à Hyltendale, pour pouvoir louer un androïde.

- Vous voulez dire, un androïde domestique ? Un compagnon humanoïde ?

- Oui, exactement. Avec mon salaire de professeur d'université, j'en ai les moyens. Mais malheureusement ,pour vivre avec un androïde il faut habiter à Hyltendale, et il n'y a pas d'université dans cette ville. Je suis coincée à Céléphaïs, parce qu'il n'y a que là que je peux travailler dans ma spécialité.

- Vous pouvez retourner au Moschtein, non ?

- Je n'en ai pas envie. Je suis comme vous, j'ai des problèmes qu'il serait trop long d'expliquer...

Le minibus franchit un pont gardé par des soldats, puis, après avoir pris une route qui sinuait au milieu des arbres, s'arrêta dans un vaste parking où étaient garés des véhicules militaires et des minibus semblables au leur. Ils étaient arrivés à Potafreas.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 26 Mai 2021 - 18:16

Bon, j'anticipe un peu : si les États-unis* se plantaient ? Ce ne serait pas la première fois (se rappeler le Viet-Nam). En fait, ça permettrait au roi Andreas de faire appel au patriotisme et amener à lui y compris ses plus farouches opposants. Ce qui permit d'ailleurs à Staline de rassembler des millions de Soviétiques et à les inciter à venir à bout des hordes nazies. Ce qui ne l'empêcha pas de continuer les purges après guerre.



*Se rappeler aussi que la situation tragique au Moyen-orient est en bonne partie due à leur politique d'intervention (Talibans aidés durant la guerre contre l'Urss, puis Al-Qaida, puis l'"État" Islamique).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 2 Juin 2021 - 21:12

Mers Fengwel et Hottod Wyrdentász, les deux Moschteiniens, descendirent du minibus, accompagnés de dame Gidrel Vitoch, leur compatriote professeure d'université, de la fiancée d'Hottod, la Romanaise Sofia Briccone, et de Virna, la gynoïde de Fengwel. Au total, cela faisait cinq personnes, en comptant Virna comme une personne.

Le parking de Potafreas, entouré par la forêt, leur parut immense et encombré de véhicules militaires. Au milieu des androïdes en uniforme, on voyait les invités de la princesse Modesta, les hommes en costume sombre et les femmes en veste-pantalon ou veste-jupe, avec, pour l'élément féminin, un plus grand choix de couleurs, jusqu'au rouge vif et au jaune canari. Leurs compagnes et compagnons humanoïdes étaient vêtus dans le même style.

Un soldat androïde en tenue camouflée orienta Fengwel et ses compagnons vers l'entrée du palais-forteresse :

— Dirigez-vous vers le grand portail, messieurs dames. Pour des raisons de sécurité le cocktail aura lieu dans l'abri anti-atomique.

Le petit groupe suivit le soldat jusqu'à un portail de métal noir, qui devait bien faire cinq mètres de haut et sept ou huit mètres de large. Ce côté du palais-forteresse était un mur de béton, assez haut, large de plusieurs centaines de mètres, qui occupait tout le flanc d'une colline verdoyante. Quand il s'agissait de son confort personnel, le roi Andreas voyait grand...

Dans un hall aux murs de béton brut, chichement éclairé par des néons, un autre soldat androïde leur demanda courtoisement leurs noms, mais sans prendre de notes. Apparemment, cela lui suffisait pour vérifier s'ils étaient sur la liste des invités.

Hottod et ses compagnons savaient que les cerveaux cybernétiques des humanoïdes sont reliés par radio à l'intelligence collective des cybersophontes. Les humanoïdes envoient à cette intelligence collective une image des caractéristiques faciales de l'humain qu'ils regardent, qui leur répond si le nom donné correspond au visage de la personne. Certains humanoïdes de sécurité sont même dotés d'une vision à rayons X, ce qui leur permet de vérifier que les visiteurs n'ont pas d'objets interdits sur eux, sans avoir à les fouiller.

Le système prévalant dans le reste du monde, avec ses portails de sécurité, fouille des bagages et des personnes, vérification dans des registres, paraît aussi archaïque aux Mnarésiens que les voitures à chevaux.

Sofia était pâle comme un linge. “Cet horrible endroit me rappelle la prison de Tatanow,” souffla-t-elle à Hottod, qui ne répondit rien. Lui aussi il trouvait ce lieu assez inquiétant.

Le soldat les emmena dans les étages souterrains du palais-forteresse, à travers un dédale de couloirs mal éclairés, d'ascenseurs et de portes blindées, jusqu'à une salle gigantesque, circulaire et surmontée par un dôme. Deux cents personnes allaient participer au cocktail, près de quatre cents en comptant les gynoïdes et les androïdes. Ils tiendraient à l'aise sous le grand dôme, dont les panneaux d'aluminium réfléchissaient la lumière des projecteurs. Des caméras montées sur pieds étaient installées à divers endroits dans la salle, avec des androïdes en blouse grise prêts à les faire fonctionner.

La salle était sans doute climatisée, mais comment réguler avec précision la température d'un tel volume d'air ? Il faisait chaud, à cause des projecteurs, avec parfois des jets d'air glacé qui semblaient tomber du dôme. La ventilation laisait aussi à désirer, et une odeur bizarre, chimique, flottait dans l'air.

Beaucoup d'invités étaient déjà là. Sur le pourtour de la salle, des tables garnies de boissons et de nourritures appétissantes étaient prêtes. Des androïdes en tenue de serveur (veste et chemise blanches, cravate et pantalon noirs, chaussures cirées) se tenaient debout, le visage inexpressif et le dos au mur.

Hottod constata avec satisfaction que les soldats avaient mis au milieu de la salle plusieurs centaines de chaises pliantes, face à une estrade munie d'un micro et surmontée d'un grand écran mural. L'estrade avait été installée pour la princesse Modesta, qui n'était pas encore arrivée.

“Nous risquons notre vie ici,” dit Fengwel, manifestement nerveux. “L'une des premières choses que les Américains bombarderont, c'est la résidence de campagne du roi du Mnar. À mon avis, c'est pour ça que le cocktail a lieu dans cette salle, qui m'a tout l'air d'être une place d'armes souterraine.”

“Les Américains n'oseraient pas bombarder le Mnar sans déclaration de guerre, ou sans autorisation de l'ONU,” objecta Hottod.

“Hottod, à quoi ça te sert d'avoir autant de diplômes si c'est pour être aussi con ?” s'exclama Fengwel, exaspéré. “Attaquer un pays en violation du droit international, ils l'ont déjà fait maintes fois, et ils le feront encore. Et à chaque fois, au nom de la morale !”

Hottod avait envie de répliquer vertement, mais il préféra s'en abstenir, vu le lieu où ils étaient. Heureusement que Sofia ne comprenait pas le moschteinien. Elle aurait certainement mal pris de voir son compagnon se faire morigéner en public par Fengwel, qui était vieux, débauché, corrompu, obèse, enclin à la boisson et de droite. Six caractéristiques que Sofia détestait. Cerise sur le gâteau, elle savait qu'il était allé à Kibikep avec Hottod pour acheter à prix d'ami des logements devenus vacants après le massacre des habitants.

“Les ondes radio ne passent pas dans cette salle, c'est trop profond,” dit Gidrel en regardant l'écran de son smartphone. Elle se sentait mal à l'aise dans cet endroit où elle était dans l'incapacité de signaler sa position, et donc totalement à la merci des Mnarésiens.

Depuis des années, Gidrel correspondait par mail avec un officier des services de renseignements moschteiniens, moitié par patriotisme, moitié parce que sans l'appui discret mais efficace des services de renseignement, sa carrière universitaire se serait terminée depuis longtemps, suite aux nombreux incidents ayant émaillé son parcours professionnel.

La plupart de ces incidents avaient été causés par son incapacité pathologique à avoir des relations normales avec les gens, son intelligence était impressionnante, mais unidimensionnelle, concentrée sur l'abstrait, avec très peu de place pour l'affectif et le relationnel. Elle le savait et en souffrait, mais elle était incapable de changer sa nature. Elle vivait seule, n'ayant jamais réussi à avoir une relation durable avec un homme.

L'officier lui avait mis le marché en mains : il lui trouvait un poste de professeur d'université à l'étranger, lui évitant ainsi de se retrouver au chômage. Au Moschtein, elle était grillée partout. En échange, elle devrait travailler pour les services secrets moschteiniens. Elle avait accepté.

Au Mnar, communiquer par mail n'est pas franchement recommandé quand on a des choses à cacher à la Police Secrète. Gidrel et son correspondant s'écrivaient en moschteinien, comme s'ils pensaient que personne ne savait lire le moschteinien au Mnar. Même des gens supérieurement intelligents, comme l'était Gidrel Vitoch, sont parfois d'une imprudence confondante.

L'attente se prolongeant, les cinq allèrent s'asseoir au centre de la salle, là où se trouvaient les chaises, toutes tournées en direction de l'estrade. Sofia en voulait à Hottod d'être un complice du massacre de Kibikep, et elle considérait Mers Fengwel comme un condensé de tout ce qu'il peut y avoir de détestable chez un homme. Virna était une gynoïde, un robot humanoïde, ce n'était donc même pas la peine d'y penser. Il restait Gidrel, dont le visage fermé reflétait sa propre inquiétude.

Les deux femmes s'assirent l'une à côté de l'autre, en silence, unies par une solidarité muette.

Fengwel, comme tous les politiciens de terrain, savait lire les expressions sur les visages. Ne se faisant aucune illusion sur ce que Sofia pensait de lui, et voyant qu'elle était en froid avec Hottod — elle n'était venue au cocktail que pour le surveiller — il s'assit à côté de Hottod, en dépit de l'échange acrimonieux qu'ils venaient d'avoir, pour ne pas le laisser seul. Virna s'assit à côté de son maître. Fengwel se retrouva donc assis entre Hottod et Virna.

La princesse Modesta entra dans la salle par une petite porte, et monta sur l'estrade, seule, sobrement vêtue d'un tailleur-pantalon gris perle fait sur mesure, qui mettait en valeur sa haute stature, héritée de son père, et ses longs cheveux d'un noir de jais.

Tous les invités se levèrent, conformément au protocole. La gynoïde Wagaba, qui ne laisait rien au hasard, l'avait rappelé sur les cartons d'invitation. Des applaudissements spontanés éclatèrent. Sofia et les diplomates et journalistes étrangers furent les seuls à ne pas applaudir.

“Cette princesse est plus jeune que moi,” se dit Hottod, en applaudissant. “Plus jeune même que Sofia. Et elle est régente du Mnar ! Qu'est-ce qu'elle connaît de la vie, elle qui est née dans un palais ?”

Modesta s'empara du micro et commença son discours. Elle le savait quasiment par cœur, et les cours d'art dramatique que lui donnaient Wagaba, Chim et Argal l'avaient préparée à ce genre de situation.

Les lumières tombant de la voûte s'affaiblirent, à l'exception de celles qui étaient juste au dessus d'elle. “Ma petite, il faut y aller, comme ton père avant toi,” se dit-elle pour se donner du courage. Elle approcha ses lèvres du micro :

— Chers compatriotes mnarésiens, chers amis étrangers...

La voix de Wagaba résonna dans l'oreillette dissimulée par l'opulente chevelure de Modesta : “Le ton est bon, continue !”

— C'est un plaisir pour moi de vous voir ici ce soir. Je sais que beaucoup d'entre vous sont préoccupés par les événements actuels, et vous avez raison d'être préoccupés, je le suis tout autant que vous.

Fengwel hocha la tête. Il ne comprenait pas le discours, prononcé en mnarruc, mais la voix de la princesse était bien posée, et elle parlait sans notes. En plus, elle était plutôt agréable à regarder.

— J'avais préparé un petit discours, mais les évènements actuels m'obligent à vous parler directement. L'actualité change d'heure en heure, comme vous le savez. Je suis désolée d'avoir à vous recevoir dans une salle qui au départ n'était pas prévue pour ça, mais nous sommes dans une situation qui rend nécessaire ce genre de mesures de sécurité.

En réalité, un nouveau discours avait été écrit par Wagaba pendant que Modesta faisait l'amour avec Argal dans le train. Wagaba avait eu à peine deux heures pour l'apprendre, d'où la nécessité pour elle de porter une oreillette cachée.

— Je sais qu'il y a deux choses que vous voulez savoir, avant de goûter aux boissons et aux friandises préparées pour vous par nos cuisiniers. La première, c'est : qu'est-ce qui s'est réellement passé à Kibikep ? Et la deuxième, c'est : qu'est-ce qui va passer au Mnar dans les jours, les semaines et les mois qui viennent ?

Gidrel activa discrètement la fonction magnétophone de son smartphone.

— Cent mille personnes sont mortes à Kibikep, c'est vrai.

Il y eut un silence. Chacun, parmi les deux cents êtres humains qui écoutaient la princesse, sentit son cœur battre plus fort. La régente confirmait les allégations de la presse étrangère, personne ne s'y attendait. Sofia était fascinée, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte. Hottod, Fengwel et Virna restaient impassibles, attendant la suite.

— Mais deux fois plus de gens sont morts à Hiroshima, quand les Américains ont largué une bombe atomique ! Kibikep, c'est notre Hiroshima à nous. Mais alors que les Américains se battaient contre un ennemi dont l'objectif était de dominer l'Asie et le Pacifique, et absolument pas d'envahir le continent américain, nous nous battons, nous, contre un ennemi déjà présent sur notre sol, et dont l'objectif n'est pas de nous dominer, mais bel et bien de nous exterminer.

La princesse s'interrompit comme pour réfléchir, le regard absent.

— Car il ne faut pas se leurrer, les théocrates de Yog-Sothoth sont prêts à exterminer ceux qui refusent de se soumettre à eux, ils l'ont toujours dit et ils l'ont toujours fait. C'est une lutte à mort entre eux et nous, bien pire que ce que les Américains ont vécu dans le Pacifique.

Pas mal, l'équivalence entre Kibikep et Hiroshima, se dit Hottod.

— Les Japonais n'avaient ni les moyens en hommes et en matériel, ni le projet d'envahir la côte ouest des États-Unis. Tandis que, jusqu'à nos victoires récentes, les théocrates de Yog-Sothoth étaient assez nombreux et assez bien armés, avec des armes fournies par les États-Unis soit dit en passant, pour mettre en œuvre leur plan d'extermination. S'ils avaient gagné, je ne serais pas là pour vous parler, car j'aurais été exécutée sommairement avec toute ma famille, comme les Romanov en 1918.

La voix de Modesta était devenue âpre, avec des pauses entre les phrases.

— Les millions de Mnarésiens qui préfèreraient mourir plutôt que de se soumettre aux théocrates de Yog-Sothoth auraient également été exterminés. En conclusion, si Hiroshima était justifié, comme le pensent la majorité des Américains, Kibikep l'était bien davantage.

Hottod se demanda ce que les Américains allaient répondre à ça. Ils allaient sans doute ergoter, que les circonstances n'étaient pas les mêmes, que la comparaison était scandaleuse, etc. À moins qu'ils ne se contentent d'essayer de bannir des médias le discours de la princesse. Le Mnar ne faisait pas le poids face à l'énorme puissance des médias mainstream américains.

— Il y a des gens qui disent que les gaz de combat, c'est interdit par les lois internationales. Je crois qu'il faut leur rappeler ce que sont les lois internationales. Elles ne sont pas votées par je ne sais quel parlement mondial, qui n'existe pas. Ce sont les traités, l'ensemble des traités, qui ont été signés entre les États membres de l'ONU pour mettre un peu d'ordre dans les relations internationales. Le Mnar n'a jamais signé le traité interdisant les armes chimiques, et n'est donc pas concerné par cette interdiction. Le Mnar est un État souverain, il n'est soumis qu'à ses propres lois et aux traités qu'il a ratifiés. Ni mon père le roi Andreas, ni mon grand-père le roi Robert n'ont ratifié le traité sur l'interdiction des armes chimiques. Il ne s'applique donc pas au Mnar.

C'est vrai d'un point de vue juridique, pensa Hottod. Mais lorsque le juridique ne les sert pas, les Américains parlent de morale, comme Fengwel le disait il y a quelques minutes, ou bien ils font appel à l'émotion. Ils vont parler des pauvres petits enfants de Kibikep, qui sont morts dans d'affreuses convulsions. En faisant semblant d'oublier qu'il y avait aussi des enfants à Hiroshima. Les puissants ont toujours fait ce qu'ils voulaient, mais le discours de Modesta est quand même utile, il convaincra ceux qui ont envie d'être convaincus.

Tels que lui-même, par exemple. Entendre la régente du royaume justifier le massacre de Kibikep l'aidait à s'absoudre du poids qui lui pesait sur la conscience. Il n'avait pas à se sentir plus coupable de Kibikep que l'Américain moyen ne se sentait coupable d'Hiroshima.

Sofia s'agitait sur sa chaise. Elle avait toujours considéré le bombardement d'Hiroshima comme un crime contre l'humanité, certainement pas comme une justification pour d'autres crimes semblables. Le cynisme de la princesse lui donnait envie de l'étrangler.

Sur l'estrade, Modesta, le micro en main, fit une pause assez longue, les yeux dans le vague. Quatre cents paires d'yeux la regardaient en silence. Dans la foule, elle reconnut Mers Fengwel, à qui une gynoïde blonde murmurait quelque chose à l'oreille, probablement la traduction de ce qu'elle venait de dire, Mers Fengwel parlant l'anglais, en plus de son moschteinien natif, mais pas le mnarruc.

“Tu as bien parlé,” dit la voix de Wagaba dans l'oreillette de Modesta. “Tu articulais avec la précision, la force et la lenteur nécessaires pour être bien compris quand on parle à une foule. Ton langage corporel, tes gestes, étaient également parfaits. Tu ne connais pas ton discours par cœur, mais on ne peut pas te le reprocher. Maintenant, tu dois passer à la deuxième partie de ton discours. Dis-leur ce qui va se passer dans les jours qui viennent.”
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 2 Juin 2021 - 21:40

Pour ce qui est des arguments contre la politique internationale des USA, Y en manque pas, S.A. Modesta n'a quà s'baisser pour en ramasser. Côté armes chimiques, notamment, l'Agent Orange (produit qui enrichit l'entreprise Monsanto), déversé sur les rizières vietnamiennes, pour lequel les gouvernements ne furent jamais condamnés. Et y en a d'autres !

L'autre question, c'est : "quelles sont les preuves concrètes qu'a le gouvernement du Royaume (et les Cybersophontes qui les dirigent) contre le Yog-Sothoth ?

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 2 Juin 2021 - 22:22

Anoev a écrit:
L'autre question, c'est : "quelles sont les preuves concrètes qu'a le gouvernement du Royaume (et les Cybersophontes qui les dirigent) contre le Yog-Sothoth ?

Quand des fanatiques tuent des gens, commettent des attentats et font la guerre au gouvernement, il n'est plus nécessaire de rassembler des preuves, il suffit de regarder ce qui se passe !

Yog-Sothoth est une divinité mnarésienne. Ses adorateurs sont majoritaires au Mnar. La plupart d'entre eux (comme Yohannès Ken, par exemple) soutiennent le pouvoir royal, mais une minorité menée par des théologiens fanatiques est entrée en guerre contre le gouvernement (dominé par l'aristocratie, dont la divinité est Nath-Horthath) et essaie de prendre le pouvoir par la violence.

Cette rébellion est alimentée par le ressentiment que ressent une grande partie de la majorité adoratrice de Yog-Sothoth face à la domination politique et économique des adorateurs de Nath-Horthath, qui ne représentent que le dixième de la population du pays mais concentrent entre leurs mains 90% de sa richesse.

Le roi Andreas a essayé, par pragmatisme, mais sans grand succès, d'atténuer les injustices les plus criantes, par exemple en nommant un adorateur (très modéré) de Yog-Sothoth, Renat Igloskef, comme Premier ministre. On ne sait pas encore quelle politique sa fille mettra en œuvre.
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 2 Juin 2021 - 22:58

Ou bien alors il faudrait une révolution interne au Yog-Sothoth. Ça me fait un peu penser à ce qui se passa au sein de la Conscience thub en Aneuf. Il fut établi que les extrémistes furent d'un courage très limité et qu'ils s'attaquaient rarement à l'armée ou la police aneuvienne, mais seulement à des civils non armés (non thubs ou bien thubs considérés comme traitres par eux). Un grand nettoyage fut fait au sein même de ce "parti", la pleutrerie des certain membres fut dénoncée, preuves à l'appui face à toute la Pande et une partie du Malyr. Pourtant la Conscience thub fut largement minoritaire face à l'Union démocrate pandaise.

Là, les tenant de Yog-Sothoth sont majoritaires, et sans les ultras, ils pourraient éventuellement renverser la monarchie et instaurer une république au Mnar. La question qu'on est en droit de se poser, c'est "Quel est le véritable dessein des ultras ?". Une autre question étant "aurait-il été possible de les neutraliser sans avoir eu recours à des solutions définitives tuant des innocents (Kibikep) ?".

Que pourrait être le rôle des cybersophontes ?

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyMer 30 Juin 2021 - 14:34

La princesse Modesta, debout sur l'estrade, faisait un pas en arrière, un pas en avant, comme si elle avait besoin de se dégourdir les jambes. Elle finit par reprendre son discours, devant les deux cents êtres humains et autant d'humanoïdes qu'elle avait fait inviter :

— Mes amis, si nous n'avons pas déjà été bombardés, c'est parce que le président des États-Unis attend le résultat des sondages d'opinion qui sont en train d'être faits par téléphone. Les Américains sont chauffés à blanc par les médias, mais nous aussi nous avons nos relais aux States, surtout dans les médias alternatifs, et notre point de vue n'est pas complètement marginalisé. De plus, certaines réalités vont dans notre sens.

Mers Fengwel, qui ne comprenait pas un mot de ce que disait la princesse, commençait à s'ennuyer. En plus, il avait déjà faim et soif, et il se demandait quand le cocktail proprement dit aurait lieu.

— La première de ces réalités, c'est que les Américains savent que le Mnar est trop vaste pour être occupé par leurs troupes. La deuxième, c'est que la majorité du peuple mnarésien soutient le gouvernement. Mais surtout, et c'est le troisième point, nous avons plusieurs millions de cybermachines et de robots humanoïdes, à qui nous pouvons donner les armes dont ils ont besoin, et qui sont prêts à se battre jusqu'au dernier contre un envahisseur.

Probable, mais pas vraiment rassurant, se dit Hottod.

— De plus, ces cybermachines et ces robots ne respirent pas, ils peuvent donc utiliser sans risque pour eux-mêmes des gaz de combat. Mon père, le roi Andreas, s'attendait à un problème de ce genre, c'est pourquoi il a fait produire et stocker du sarin et du VX en grandes quantités. Nous avons aussi des dizaines de milliers de drones pour les répandre.

Dans la salle, tout le monde retenait son souffle. La princesse venait de confirmer ce que son père avait toujours soigneusement caché : le Mnar possédait en trè grandes quantités des armes chimiques, interdites dans le monde entier. La princesse continuait de parler :

— Les rebelles qui s'étaient retranchés à Kibikep ont appris à leurs dépens que nous pouvons tuer cent mille personnes en une nuit. Les Américains le savent, donc, je ne m'attends pas à ce qu'ils envahissent le Mnar. Parce que nous avons fait à Kibikep, nous pouvons le faire ailleurs.

La princesse s'interrompit, comme si elle écoutait une voix invisible. Elle ferma les yeux, pour mieux se concentrer. Dans la salle les spectateurs commençaient à parler entre eux. Au bout de quelques secondes qui parurent très longues à ses invités, elle recommença à parler dans son micro :

— Ce qui est plus dangereux pour nous qu'une invasion, ce sont les bombardements. Notre aviation est minuscule comparée à l'US Air Force, nos avions sont vieux et démodés. Nos missiles anti-aériens sont obsolètes. Si les Américains choisissent de nous bombarder, nos villes risquent assez rapidement de ressembler à Dresde ou Hiroshima en 1945.

Hottod, Gidrel et Sofia sentirent leur gorge se serrer.

“Si un tel malheur arrive, nous devrons riposter sur le territoire américain,” dit Modesta.

Dans l'assistance, un homme se leva, n'y tenant plus, faisant de grands gestes pour demander la parole. Un soldat lui apporta un micro.

“Vous comptez faire comment,” demanda l'homme, “pour riposter sur le territoire des Américains ? Et même si vous arrivez à frapper l'Amérique sur son territoire, que ferez-vous si les Américains se vengent en balançant des bombes atomiques sur nos villes ?”

Modesta préféra ne pas relever l'insolence de l'homme, qui ne l'avait pas appelée par son titre, contrairement à ce que recommande le protocole. Elle répondit :

— Comme je l'ai déjà dit, les robot ne respirent pas. Le royaume d'Orring est un royaume marin. Il a quelques îles flottantes artificielles, mais l'essentiel de son activité, ce sont des millions et des millions de robots qui travaillent au fond des mers, là où se trouvent d'immenses richesses minérales et énergétiques, auxquelles les êtres humains ne peuvent pas accéder.

“On le sait déjà... ” dit l'homme, visiblement énervé. La princesse continua :

— Orring et le Mnar sont liés par un pacte d'assistance mutuelle. Nous sommes deux nations protégées par les cybersophontes. Si le Mnar est attaqué, les millions de robots marins d'Orring vont couler les navires US, militaires et civils, dans tout le Pacifique. Cette possibilité a été prévue depuis longtemps, il n'y a pas d'improvisation dans la crise actuelle. Tout le matériel nécessaire a déjà été fabriqué. Même des drones, que l'on peut transporter par centaines dans les sous-marins géants d'Orring. Les robots et les drones vont débarquer sur la côte ouest des États-Unis pour y semer la mort et la dévastation. Toutes les villes de Californie deviendront autant de Kibikep.

L'homme parut satisfait de la réponse. Il se rassit et rendit le micro. Mais aussitôt, ce fut Sofia qui se leva et demanda à parler, au grand embarrassement d'Hottod et de Fengwel. Lorsque le soldat s'approcha d'elle, elle lui prit le micro des mains et dit, en criant presque :

— En somme, princesse, vous venez de dire que votre plan, c'est l'extermination réciproque des Mnarésiens et des Américains ? C'est ce que j'ai compris. Si je me trompe, dites-le moi, car c'est grave, c'est même très grave, car c'est bien pire que Kibikep !

— Jeune femme, je vois à votre accent que vous n'êtes pas mnarésienne. Vous n'êtes pas américaine non plus, votre accent ne ressemble pas à un accent américain. Donc taisez-vous, tout ça ne vous concerne pas. Rendez le micro et asseyez-vous, sinon je vous fais arrêter par les soldats !

Un grand silence se fit. Les caméras tournaient. Chacun, sous le grand dôme d'aluminium brillant, se disait que le reste du monde allait bientôt voir, sur ses écrans de télévision et d'ordinateur, cet échange verbal consternant entre la toute-puissante régente du Mnar et une petite étrangère de rien du tout, mais dont l'identité serait vite connue.

Fengwel n'avait pas compris les paroles échangées entre les deux jeunes femmes, mais il voyait bien que Sofia venait, comme souvent, de faire un impair. Il se tourna vers Hottod, qui était assis à côté de lui, et il eut confirmation de ses craintes en voyant le visage catastrophé de son compatriote.

Pendant ce temps, assise sur une chaise près de l'estrade, la gynoïde Wagaba réfléchissait à toute allure. En répondant à la jeune femme, Modesta était sortie du script, et le monde entier allait le voir. Elle était censée répondre qu'au contraire elle faisait tout pour éviter la guerre, travail de dissuasion, si vis pacem para bellum, nous ne serons pas les premiers à utiliser la violence, et patati et patata. Mais elle avait oublié son texte, et immédiatement tout était parti de travers.

Sofia s'était rassise, le feu aux joues. Elle venait de se souvenir qu'elle avait déjà failli faire dix ans de prison au Mnar pour avoir brûlé en public un portrait du roi. Son père avait dû verser un million de dollars pour la tirer du pétrin. Et maintenant, comme une folle qu'elle était, elle venait de récidiver avec la fille du roi. Terrifée par les conséquences possibles de l'incident, elle ferma les yeux et se prit la tête dans les mains.

Elle sentit un vide autour d'elle. Gidrel, Fengwel, et même Hottod s'étaient levés et éloignés, de peur d'être arrêtés avec elle. Il ne restait que Virna, la gynoïde, qui ne risquait rien et qui semblait attendre quelque chose. Un soldat androïde arriva., Sofia, terrifiée, se tassa sur son siège.

“Je suis là pour vous aider,” dit Virna à Sofia, tout en lui prenant le micro qu'elle tenant encore dans ses mains. Elle le tendit au soldat, qui partit avec.

Dans son désarroi, Sofia demanda à la gynoïde, d'une voix si faible qu'elle était à peine audible : “Est-ce que je vais aller en prison ? Je ne veux pas retourner en prison...”

Virna ne répondit pas. La gynoïde Wagaba se dirigea vers Sofia à petits pas rapides. Elle portait une tenue de servante, et Sofia se demanda ce qu'une servante pouvait lui vouloir.

“Ne vous inquiétez pas, Sofia,” murmura Wagaba à l'oreille de la jeune Romanaise. “L'incident a été filmé, il sera diffusé dans le monde entier. Pour ne pas noircir davantage la réputation du Mnar, vous restez libre, d'autant plus que je sais que vous êtes enceinte... Oui, je sais tout. Je suis un robot, j'ai accès à l'intelligence collective des cybersophontes, et donc aux dossiers médicaux de toute la population.”

— Alors je suis libre ?

— Oui. Virna va vous raccompagner chez vous. Vous avez besoin de vous reposer. Mais Hottod et Fengwel doivent rester.

— Pourquoi doivent-ils rester ?

— Le cocktail ne serait pas complet sans eux.

Wagaba s'éclipsa sans attendre de réponse. Sofia se leva et suivit Virna comme une somnambule, au milieu de la foule qui la regardait avec curiosité.

“Je raccompagne Sofia chez elle,” dit Virna à Hottod. Ce dernier hocha la tête, pas vraiment rassuré.

“Je vais rentrer avec Sofia,” dit-il d'une voix tremblante. Connaissant la rouerie des Mnarésiens, il avait peur que Virna, au lieu de ramener Sofia dans son appartement, ne l'emmène directement à la prison de Tatanow. En bon Moschteinien chevaleresque qu'il était, il savait que son devoir était de rester avec sa femme, quoi qu'il lui en coûte.

— Non Hottod, vous devez rester, votre présence est nécessaire, il est prévu que vous soyez présenté à la princesse pendant le cocktail.

— Virna, je ne te crois pas. J'aurais été prévenu avant, non ?

— La princesse aurait pu changer d'avis. D'après les informations que j'ai reçues, elle le fait souvent, de préférence à la dernière minute. Pour son image, il vaut mieux que le public n'ait pas l'impression qu'elle est inconstante ou velléitaire. C'est pour ça qu'il était prévu de vous prévenir au tout dernier moment.

Hottod comprit qu'il n'avait pas le choix, il devait obéir. Il se sentait presque soulagé. S'il arrivait quelque chose à Sofia, ce ne serait pas de sa faute. En même temps, sa conscience le taraudait : n'était-il pas censé se rebeller, exiger d'accompagner Sofia, avec qui il allait avoir un enfant ? Il n'avait jamais été un rebelle, et les quelques années qu'il avait passées au Mnar, où il est toujours malavisé de désobéir à l'autorité, avaient renforcé sa tendance à l'obéissance. Mais il avait l'impression d'être un lâche en agissant ainsi, et il eut honte de lui-même.

Sur l'estrade, Modesta ne savait plus ce qu'elle devait dire, mais elle se souvenait du sens général de son discours, dont quelques idées lui revinrent. Elle recommença à parler :

— Mes amis ! Mon but, c'est d'éviter la guerre ! Nous n'attaquerons pas les premiers, je l'affirme ici solennellement, devant vous tous, devant le monde entier qui nous regarde par ces caméras, nous n'attaquerons pas les premiers !

Il y eut quelques applaudissements dispersés. Modesta entendit de nouveau la voix de Wagaba dans son oreillette :

— Respire lentement. Inspire... garde ton souffle... maintenant expire... poumons vides... inspire... Continue comme ça, le regard au dessus de la tête des gens... garde ton souffle... expire...

Les caméras filmaient toujours. Dès le lendemain, tous les journalistes, chroniqueurs et politiciens du monde entier feraient tourner cette séquence en boucle sur les chaînes de télévision et les réseaux sociaux, en s'attardant sur le visage hagard de la jeune et jolie régente. Des millions de Mnarésiens en concluraient que la défaite était certaine.

Modesta entendit de nouveau la voix de Wagaba dans l'oreillette :

— Maintenant, attention, tu vas présenter le colonel Vesim au public... Tu vas dire : Mesdames et Messieurs, je vous présente le colonel Vesim, le héros de Kibikep ! Ensuite, tu rentres dans les coulisses.

Un homme de haute taille, souple et musclé comme un félin, monta sur l'estrade. Il était vêtu d'un uniforme d'officier, une tenue vert sapin faite sur mesure, et il regardait la princesse en souriant.

“Mesdames et Messieurs, je vous présente le colonel Vesim, le héros de Kibikep !” dit la princesse, et elle descendit prestement de l'estrade. Wagaba l'attendait, et lui prit le micro des mains pour le donner au colonel.

Vesim regarda la foule, devenue silencieuse. Il dit d'une voix posée :

— Mesdames et Messieurs, je suis le colonel Vesim. J'ai supervisé l'extermination de la population rebelle de Kibikep. Je n'avais pas prévu de venir vous parler ce soir... J'étais, comment dire, en réserve... Un conseiller technique, en quelque sorte. Vu les circonstances, les conseillers de la princesse Modesta m'ont demandé de vous donner toutes les explications nécessaires concernant le déroulement probable de la guerre qui est à nos portes.

Hottod, qui avait repris sa place sur sa chaise, entendit une femme sangloter doucement près de lui. La guerre est toujours accompagnée par un cortège de destructions et de souffrances indicibles, et cette femme le savait, c'est pourquoi elle pleurait. Hottod le savait aussi, mais à ce moment précis la seule chose à laquelle il arrivait à penser c'était que la guerre existe depuis qu'il y a des humains, et qu'elle existera tant qu'il y aura des humains.

Il y a des moments dans la vie, où il y a un “avant” et un “après”. Hottod se rendait compte qu'il était à un de ces moments où la vie de peuples entiers bascule comme une barque qui se renverse. Si la guerre éclatait, et cela paraissait presque certain maintenant, aucun habitant du Mnar ne pouvait être sûr d'être encore vivant l'année suivante.

Allons, se dit Hottod, le cœur serré. Mes ancêtres ont connu les guerres, les famines et les épidémies, et ils ont tenu le coup, sinon je ne serais pas là. Il regarda le colonel, en se demandant ce que celui-ci allait dire.

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyJeu 1 Juil 2021 - 21:00

Ce serait un suicide de fous pour les États-unis d'attaquer le Mnar. Ils ont derrière eux l'expérience du Vietnam qui a été une véritable catastrophe. Et le Vietnam n'était pas, à l'époque, une cyberpuissance pour riposter coup sur coup. Là, ça peut être une réponse dévastatrice, et l'attentat des tours du WTC (et ses centaines de morts) serait une plaisanterie à côté. Certes, je n'aime guère le régime dictatorial du Mnar*, mais la propension de l'Oncle Sam a vouloir à tout prix faire régner son ordre mondial pourrait en agacer plus d'un. Certains, même en Amérique du nord (car les retombées pourraient baver sur le Canada, le Mexique et le Groenland), commence à en avoir assez de cette politique hors d'âge.



*On pourrait même faire une sorte de parallèle entre Kibikep et Katyn, même si les méthodes de Staline étaient à l'époque, disons, plus "artisanales" (massacre par fusillade).

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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyVen 2 Juil 2021 - 13:50

Anoev a écrit:
Ce serait un suicide de fous pour les États-unis d'attaquer le Mnar. Ils ont derrière eux l'expérience du Vietnam qui a été une véritable catastrophe.

Dans toute leur histoire, depuis deux siècles et demi (1776), les États-Unis n'ont jamais perdu une guerre pour des raisons militaires, même au Vietnam. Les Américains ont de ce fait une tendance assez nette à se croire invincible sur le champ de bataille. Ils ont perdu 52.000 hommes au Vietnam, mais le Vietnam, c'est loin, et ce pays n'a pas de vraie importance stratégique pour les États-Unis.

Pour faire une comparaison, 27.000 soldats français ont été tués en un seul jour, le 22 août 1914, au début de la Première Guerre Mondiale, et la France était déjà beaucoup moins peuplée que les États-Unis. La France a quand même continué la guerre, au prix d'un million et demi de morts, parce qu'elle était très motivée pour ne pas devenir une province de l'empire allemand.

La différence entre le Vietnam et le Mnar, c'est que le Mnar n'est qu'à mille km à l'ouest de la Californie, et à quelques centaines de km au nord d'Hawaii... Imagine la Corée du Nord ou l'Iran à mille km des USA, lesquels seraient ainsi à portée de missiles même moyennement sophistiqués... Il y en a qui auraient des sueurs froides à Washington !

Pour améliorer les relations avec les États-Unis, le Mnar aurait pu jouer sur l'image de la princesse Modesta, qui succède à son père le tyran sanguinaire, mais qui est une jolie jeune femme américanophile (elle voulait étudier à Harvard). Le public américain aurait adoré...

Mais peut-on citer un seul pays qui ait gagné quelque chose à vouloir apaiser les Américains ? Kadhafi a renoncé à ses projets d'arme atomique, et on sait comment il a fini. Eltsine a ouvert la Russie au capitalisme à l'américaine, et ce fut un désastre économique et social. L'une des premières choses qu'a fait Poutine en arrivant au pouvoir, c'est d'empêcher les sociétés américaines de prendre le contrôle de l'industrie pétrolière russe. On imagine où en serait la Russie s'il ne l'avait pas fait : les États-Unis auraient gagné un vassal de plus. Du moins, c'est ainsi que les cybersophontes voient les choses, chacun voyant midi à sa porte, comme dit le proverbe.

Les cybersophontes ont donc décidé de jouer la carte de l'affrontement plutôt que celle de la coopération, qui n'avait rien rapporté à la Russie d'Eltsine, mais au contraire mis ce pays au bord de l'effondrement. La révélation du massacre de Kibikep a été un déclencheur, car Modesta n'aurait pas pu se contenter de dire : “C'était sous le règne de mon père, je condamne cette atrocité, dont j'ignorais l'existence...” Elle aurait été obligée, comme dans l'ex-Yougoslavie, de laisser une commission internationale faire une enquête pour trouver les coupables, qui auraient ensuite été jugés par un tribunal international.

Or, les vrais responsables du massacre de Kibikep, ce sont les cybersophontes, qui sont les vrais maîtres du pays. Mais comme ce sont toujours les lampistes qui trinquent, le colonel Vesim, simple agent des cybersophontes qu'il soit, serait en prison en attendant une probable condamnation à mort, ainsi que la plus grande partie des ministres et généraux mnarésiens.

Sofia Briccone applaudirait des deux mains... Hottod, Yohannès Ken, Mers Fengwel et d'autres, qui sont compromis jusqu'au cou, seraient beaucoup moins contents... Mers Fengwel aurait le choix entre la prison au Moschtein et la prison au Mnar ! Je pense qu'il choisirait le Moschtein...

Wagaba s'en sortirait : “Je n'étais qu'une femme de chambre, et d'ailleurs je le suis toujours. J'étais aussi la maîtresse du roi, mais ça n'a rien à voir, il avait des tas de maîtresses, il couchait avec moi mais il ne me parlait pas des affaires de l'État. De toute façon je ne suis qu'un robot, je ne sais qu'obéir aux ordres.”

Après avoir pesé le pour et le contre, les cybersophontes ont décidé de prendre le risque d'une guerre. Le colonel Vesim est d'accord, bien qu'il ne soit pas un cybersophonte...
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MessageSujet: Re: Les fembotniks 2   Les fembotniks 2 - Page 5 EmptyVen 2 Juil 2021 - 19:03

Y a eu aussi, dans la réalité, l'épisode en deux actes de la tentative de la Baie des cochons qui a eu pour conséquence l'alliance de Cuba avec l'URSS, ce qui a débouchée sur l'affaire des missiles. Là, j'ai pas trop compris le repli de Khroutchëv. Il aurait pu dire aux Yankees : retirez-vous de Turquie, et  nous on retire nos fusées de Cuba.

Bon, retour au Mnar.

Si Modesta est une femme de consensus, ça devrait pouvoir se régler pacifiquement. Les cybersophontes n'ont pas trop intérêt à que ça se gâte, sauf attitude jusqu'au bout-iste de Washington.

Vilko a écrit:
Les cybersophontes ont donc décidé de jouer la carte de l'affrontement plutôt que celle de la coopération, qui n'avait rien rapporté à la Russie d'Eltsine, mais au contraire mis ce pays au bord de l'effondrement. La révélation du massacre de Kibikep a été un déclencheur, car Modesta n'aurait pas pu se contenter de dire : “C'était sous le règne de mon père, je condamne cette atrocité, dont j'ignorais l'existence...” Elle aurait été obligée, comme dans l'ex-Yougoslavie, de laisser une commission internationale faire une enquête pour trouver les coupables, qui auraient ensuite été jugés par un tribunal international.

Or, les vrais responsables du massacre de Kibikep, ce sont les cybersophontes, qui sont les vrais maîtres du pays. Mais comme ce sont toujours les lampistes qui trinquent, le colonel Vesim, simple agent des cybersophontes qu'il soit, serait en prison en attendant une probable condamnation à mort, ainsi que la plus grande partie des ministres et généraux mnarésiens.
Là, j'ai du mal à cerner qui sont réellement des cybersophontes. Des humains ? des robots ? des cyborgs (comme à Dibadi) ? Si ce sont des robots, j'ai du mal à comprendre comment ils ont pu ordonner un tel massacre sans violer la loi d'Asimov. Si ce sont des cyborgs, ça devient plus compréhensible, car seul leur partie humaine peut ordonner ce massacre (y a eu des précédents : l'écrasement par Crassus du soulèvement des esclaves menés par Spartacus, les Croisades, la conquête des Amériques, la Saint-Barthélémy, la Commune, écrasée par Thiers, la famine en Ukraine (Staline), Katyn (Staline), la Shoah, la "Révolution" culturelle, la "Révolution" cambodgienne (Pol-Pot), Sabra & Chatila, et la liste est loin d'être finie. Ces massacres furent perpétrés sous la direction d'êtres humains ; pas un seul robot ni cyborg parmi eux. Alors, du coup, qui sont les Cybersophontes et quelles sont leurs motivations ?

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